Le conseil des gouverneurs a décidé « de façon consensuelle » de réduire d'un quart de point à 1,25 % son taux de refinancement, qui détermine le niveau du crédit en zone euro.
Depuis octobre, il a été abaissé à six reprises, de 300 points de base au total.
Il n'avait pas atteint un tel niveau depuis la naissance de la BCE il y a dix ans.
Les marchés et l'écrasante majorité des économistes avaient néanmoins parié sur une baisse plus ample d'un demi-point, étant donné les craintes renouvelées de déflation conjuguées à une dégradation persistante de la conjoncture.
« Nous avons pris la décision de baisser le principal taux de 0,25 point à 1,25 % tout en décidant en même temps qu'il ne s'agissait pas du niveau le plus bas », a justifié le Français au cours d'une conférence de presse. Un compromis qui suggère de fortes divergences de vues au sein du conseil, qui a mené jeudi « de très intenses discussions », selon lui.
« Je ne peux pas exclure » que le principal taux directeur « puisse descendre plus bas de façon très mesurée », a précisé le Français, ouvrant la voie à une réduction jusqu'au niveau de 1 %, en mai ou en juin, selon des économistes.
Le taux de la facilité de dépôt, qui a détrôné le taux principal comme référence sur le marché de l'argent au jour le jour, est descendu à 0,25 %, et devrait quant à lui avoir atteint son plancher.
Pour Elga Bartsch, économiste chez Morgan Stanley, ces décisions semblent indiquer que la « BCE se rapproche de la fin de son cycle de baisse de taux ».
L'institution de Francfort (Ouest) « semble très réticente à aller plus bas (que 1 %), à moins que des risques de déflation ne se matérialisent », renchérit Cédric Thellier, économiste chez Natixis.
Or Jean-Claude Trichet a redit qu'à ses yeux, aucune menace substantielle de baisse durable et généralisée des prix ne pesait sur la zone euro, malgré un taux d'inflation sur un an divisé par deux en mars, à 0,6 %.
La conseil a aussi décidé de se donner un mois avant d'annoncer le fruit de ses réflexions sur des actions plus agressives pour stimuler l'économie. « Nous vous dirons ce qui aura été décidé sur des mesures non conventionnelles » lors de la prochaine réunion du conseil dans un mois, a promis M. Trichet.
« La réunion du mois de mai promet d'être intéressante », réagit Aurelio Maccario, économiste chez UniCredit.
La BCE va probablement annoncer de nouvelles mesures visant à faciliter la tâche des banques dans leur quête de liquidités. Elle devrait lancer des opérations de refinancement sur un an, la limite étant actuellement de six mois.
Elle pourrait aussi donner des détails sur des achats de titres de créance privée, pour aider plus directement l'économie comme le font entre autres la Réserve fédérale américaine ou la Banque d'Angleterre.
Le président de la BCE a indiqué dans son discours introductif que l'octroi de crédits n'était pas seulement dû à une baisse de la demande liée à la crise, mais aussi de l'offre, souligne Jörg Krömer, économiste de la Commerzbank. Une façon, selon lui, de souligner que les banques n'assurent plus correctement leur rôle de financement de l'économie et de renforcer l'hypothèse d'achat direct par la BCE de titres de créances d'entreprises.

