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Moyen Orient et Monde - Le Point

Premiers cahots

« Demolition man » est de retour, qu'on se le dise. Dix ans après l'effritement de son précédent cabinet - en partie dû au projet d'accord de Wye River Plantation, en octobre 1998, suivi de la poignée de main avec Yasser Arafat à la Maison-Blanche -, Benjamin Netanyahu est de retour. Le verbe toujours aussi haut, le menton plus que jamais en avant, prêt à s'allier au diable ainsi qu'il vient de le prouver, et toujours cette tendance à escamoter les véritables problèmes en braquant l'attention sur des sujets tangents, il sera parvenu dès le départ à battre un record, celui du nombre de membres de son équipe : trente au total, contre 25 pour le gouvernement sortant et 18 lors de son précédent passage. Plus ahurissant, pour qui ignore sa capacité à marier la carpe et le lapin pourvu que le fauteuil lui revienne, le voici qui préside une formation regroupant des représentants de la droite la plus extrême (Likoud, Israël Beiteinou, Shass et Foyer juif, auxquels s'est joint hier le Parti du judaïsme unifié de la Torah), des travaillistes et quelques indépendants plus soucieux de maroquins que de principes.
Seuls quelques candides incorrigibles s'interrogeront sur les motivations qui ont poussé « Bibi » à faire cause commune avec Ehud Barak alors que tout les sépare. En effet, l'un ne veut pas entendre parler d'un État palestinien tandis que l'autre prône la coexistence avec l'ennemi. Commentaire lapidaire du Yediot Aharonot : « Ils ont choisi d'oublier leurs promesses. » Ben Caspit, un commentateur de renom, est tout aussi catégorique, estimant que le parti de Shimon Peres « vient de célébrer ses obsèques ». En clair : tous les renoncements plutôt que de rater le coche gouvernemental. Certains vont jusqu'à se hasarder à pronostiquer une fronde au sein de ce centre gauche bon teint, comme semblait l'annoncer l'abstention de cinq de ses 13 représentants lors du vote de mardi soir, prélude à leur passage probable dans les rangs de l'opposition.
La grogne est audible aussi parmi les Likoudniks, mécontents de voir leurs nouveaux alliés s'approprier un nombre jugé excessif de ministères-clés, dont celui des Affaires étrangères, qui échoit à Avigdor Lieberman. Ce choix a déjà suscité nombre de froncements de sourcils, et pas seulement à Tel-Aviv. Imaginez comment un ancien gros bras reconverti dans la politique plutôt mafieuse (à moins qu'il ne s'agisse de l'inverse...), qui avait envoyé Moubarak au diable et voulait rayer Gaza de la carte régionale, va diriger la diplomatie israélienne face à une Hillary Clinton, pour ne citer que la nouvelle dame de fer US. Variante : imaginez comment il pourrait se résigner à laisser au Premier ministre le soin de s'occuper des dossiers chauds.
Dans son discours devant la Knesset, le successeur d'Ehud Olmert a laissé entendre qu'il donnait la priorité, dans d'éventuelles discussions avec Mahmoud Abbas, au volet économique. Khalil Shikaki lui a aussitôt rétorqué que les intifadas de 1987 et 2000 avaient éclaté à des époques où le niveau de vie des Palestiniens était plus qu'honorable.
Et donc que ce ne sont pas l'accroissement des échanges, l'ouverture des frontières devant la main-d'œuvre arabe et l'aide à l'amélioration de l'infrastructure qui accéléreront l'instauration de la paix, mais bien l'arrêt des implantations, sauvages ou planifiées, l'abolition du « mur de la honte », la restitution de Jérusalem-Est et l'ouverture de pourparlers pour définir le statut des Palestiniens.
Plutôt que de répondre aux attentes d'interlocuteurs dont, à l'évidence, il ne sollicite que l'acquiescement à ses vues, Netanyahu a choisi d'attaquer par la bande, son arme de prédilection. On l'attendait sur le dossier palestinien ? Il choisit de s'en prendre à l'Iran, sous prétexte qu'il ne saurait être question de voir « les partisans d'un culte messianique apocalyptique posséder la bombe atomique ». Ce point, il compte l'aborder dans la capitale fédérale si, ainsi qu'il vient de le souhaiter, il venait à y être invité. Encore un sujet épineux à débattre avec un président qui n'a pas les manières enveloppantes de Bill Clinton, ni les sympathies sionistes prononcées d'un George W. Bush, mais qui se montrera, sinon hostile, à tout le moins sceptique sur les visées de son visiteur et qui serait prêt, dit-on, à recourir à l'arme financière, comme jadis Bush père.
Une situation intérieure qui s'annonce chaotique, dans un monde soumis à une série de séismes économiques ; un climat polaire dans les rapports avec l'OLP, et encore plus le Hamas, augurant au mieux d'un statu quo appelé à se prolonger ; enfin un homme à la barre dont la dernière prestation n'avait guère été convaincante : il n'y a pas de quoi inspirer l'optimisme, si de plus l'on s'en tient au langage officiel des uns et des autres. Mais il est vrai, n'est-ce pas, que nul n'irait jusqu'à prétendre que rhétorique rime avec politique.
« Demolition man » est de retour, qu'on se le dise. Dix ans après l'effritement de son précédent cabinet - en partie dû au projet d'accord de Wye River Plantation, en octobre 1998, suivi de la poignée de main avec Yasser Arafat à la Maison-Blanche -, Benjamin Netanyahu est de retour. Le verbe toujours aussi haut, le menton plus que jamais en avant, prêt à s'allier au diable ainsi qu'il vient de le prouver, et toujours cette tendance à escamoter les véritables problèmes en braquant l'attention sur des sujets tangents, il sera parvenu dès le départ à battre un record, celui du nombre de membres de son équipe : trente au total, contre 25 pour le gouvernement sortant et 18 lors de son précédent...
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