Rechercher
Rechercher

Économie

Le FMI réforme ses prêts

Par Dominique STRAUSS-KAHN
Par Dominique STRAUSS-KAHN

Le Fonds monétaire international devrait être une escale indispensable pour les marchés émergents et les pays en développement qui connaissent des difficultés. Sa capacité à mobiliser des fonds considérables et à renforcer toute crédibilité permet au FMI d'aider à amortir les coûts économiques et sociaux qui pèsent souvent lourd en temps de crise. Sur cette toile de fond, les acteurs planétaires se sont rassemblés dans la tourmente pour réviser radicalement la ligne de prêt du FMI.
À compter d'aujourd'hui, le FMI doit réagir avec souplesse et efficacité aux besoins du monde entier. Avant toute chose, pour être efficace, son dispositif de financement devait être élargi et adapté à l'envergure des problèmes. En outre, l'absence d'une assurance aux conditions acceptables au sein du FMI a creusé un important fossé dans l'architecture financière mondiale, notamment pour les économies émergentes les plus dynamiques. Cela allait à l'encontre du fait qu'il est préférable d'obtenir un financement du FMI avant qu'une situation épineuse ne se détériore.
Aussi, même s'il demeure essentiel de poser des conditions aux programmes soutenus par le FMI, ces derniers doivent être purement axés sur la résolution d'une situation critique afin que ses conditions soient pertinentes et non intrusives.
Avec le soutien de nos membres, nous avons complètement remanié notre panoplie d'instruments de prêt pour encourager les pays à aborder le FMI avant qu'une crise ne devienne trop grave ou inextricable. La réforme se compose des trois points fondamentaux suivants :
Premièrement, les conditions appliquées aux futurs prêts du FMI seront mieux adaptées à la conjoncture d'un pays. Une nouvelle ligne de crédit modulable (LCM) permet aux pays admissibles ayant un cadre institutionnel et des fondamentaux économiques solides d'obtenir d'emblée un montant élevé de ressources - même avant le déclenchement de la crise - sans conditions permanentes (ou conditionnalité rétrospective). D'aucuns ont surnommé ce nouveau dispositif le prêt « EZ » même si peu de pays possédant les critères pour l'obtenir s'imagineraient être assez à l'aise pour réussir à maintenir le cap de leur engagement. Pour d'autres, la conditionnalité sera axée plus nettement sur les domaines fondamentaux, et les conditions structurelles exigeant des mesures législatives difficiles à programmer seront jugées de manière moins formelle.
Deuxièmement, pour les pays ne pouvant bénéficier de la LCM, l'accord de confirmation, cheville ouvrière des concours financiers du Fonds, sera assoupli à plusieurs titres. Cela permettra notamment un accès à des ressources élevées avant même que la crise ne se matérialise ainsi que des décaissements plus directs.
Troisièmement, le FMI augmente sensiblement le montant de son concours financier. Les limites normales d'accès aux ressources du FMI sont doublées. Ce changement va de pair avec le consensus croissant que la capacité de prêt du FMI doit au moins être doublée étant donné la gravité de la crise. C'est aussi d'une importance capitale, puisqu'un financement insuffisant peut véritablement détériorer la crédibilité d'un arsenal de mesures.
L'ensemble de ces mesures répond aux problèmes fondamentaux du FMI. Stigmatisé pour ses conditions, son manque de financement à l'orée d'une crise ou encore pour la dimension globale de ses dispositifs de sauvetage, le FMI a vu diminuer l'efficacité de son rôle de prêteur en période de crise. Les marchés émergents se tournant vers le FMI pour obtenir un financement précoce à l'aube d'une crise se trouveront ainsi protégés du retour de manivelle mondial, ce qui permettra d'autre part d'endiguer la propagation des crises.
Le FMI évolue rapidement pour soutenir certains de ses états membres en ces temps de crise, y compris en appuyant des dépenses sociales en vue d'amortir le choc de la crise dans les pays les plus vulnérables. Cette refonte des instruments de prêts adoptée cette semaine nous laisse une marge de manœuvre plus souple et plus réactive pour assister encore plus de pays.
Enfin, ces réformes font partie d'un grand projet de rénovation du FMI. Nous avons d'autres initiatives en perspective pour augmenter les prêts concessionnels aux pays à faibles revenus touchés par la crise, pour renforcer la surveillance du Fonds et sa capacité à déclencher la sonnette d'alarme plus tôt et pour améliorer sa gouvernance de sorte à ménager davantage de place aux pays émergents dans l'économie mondiale.
J'espère sincèrement que d'autres actions seront prises dans les mois à venir. Conjuguées les unes aux autres, ces réformes représentent un véritable tournant pour le FMI et lui permettront de bien mieux servir ses membres de par le monde.

© Project Syndicate, 2009.
Traduit de l'anglais par Aude Fondard.
Par Dominique STRAUSS-KAHN Le Fonds monétaire international devrait être une escale indispensable pour les marchés émergents et les pays en développement qui connaissent des difficultés. Sa capacité à mobiliser des fonds considérables et à renforcer toute crédibilité permet au FMI d'aider à amortir les coûts économiques et sociaux qui pèsent souvent lourd en temps de crise. Sur cette toile de fond, les acteurs planétaires se sont rassemblés dans la tourmente pour réviser radicalement la ligne de prêt du FMI.À compter d'aujourd'hui, le FMI doit réagir avec souplesse et efficacité aux besoins du monde entier. Avant toute chose, pour être efficace, son dispositif de financement...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut