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Moyen Orient et Monde - Le Point

Le soleil de Josué

Le but à atteindre et la manière dont la puissance militaire peut être utilisée sur le champ de bataille : quel chef aurait pensé qu'un jour, ces deux questions feraient l'objet de négociations entre le commandement et une partie de la troupe ? Eh bien, en Israël on en est là et les révélations du quotidien Haaretz, la semaine dernière, sur le comportement des soldats lors du pilonnage, trois semaines durant, de Gaza la martyre ne constituent qu'un témoignage « à chaud » (on n'ose écrire sur le vif...) de ce qu'une certaine presse qualifie, par un délicat euphémisme, de « recours excessif à la force ».
Si le rôle pédagogique des jeunes recrues est pratiquement assumé depuis un an par le rabbinat, à travers un Département de prise de conscience, les origines de cette véritable mainmise remontent à bien plus loin. Dès 1973, un ouvrage extrêmement fouillé* se proposait de faire la lumière sur le sujet en s'attaquant au rôle des aumôniers, aux conditions d'enrôlement, aux multiples tentatives de « laïcisation » initiées par David Ben Gourion. Sur ce dernier thème par exemple, l'autorité religieuse avait menacé, à l'époque : « Plutôt remplir les prisons avec nos filles que de les voir s'acquitter de missions, même humanitaires. » En octobre déjà, le journal par lequel le scandale vient d'éclater citait un officier ayant requis l'anonymat qui évoquait un « lavage de cerveau » par les hommes de religion, entamé dans les rangs des kibboutznikis de Hébron. À partir de là, le mal s'était propagé parmi les recrues, au point de toucher un bon tiers d'entre eux et près de 40 % des officiers. Comment en est-on arrivé à ce stade d'endoctrinement ? Parce que, répond un observateur, la classe moyenne qui constituait le gros des effectifs avait été progressivement remplacée par des jeunes venus des « hesder yeshivas », ou séminaires dans lesquels les jeunes, avec la bénédiction du ministère de la Défense, peuvent accomplir leur service militaire tout en poursuivant des études bibliques. La révélation du résultat de ce drôle de couplage a de quoi effrayer. Cueilli au hasard de la lecture de la littérature rabbinique citée par « Rahm », un pseudonyme utilisé par un commandant de la brigade Guivati : « Nous sommes le peuple juif, venu grâce à un miracle sur cette terre (la Palestine). Dieu nous a ramenés sur cette terre ; maintenant, nous devons nous battre pour en chasser les non-juifs. » Un autre texte, portant la signature d'un rabbin d'extrême droite, Shlomo Aviner, compare les Palestiniens aux Philistins, adversaires historiques des juifs, et conseille : «ÊÊtre clément à l'égard d'un ennemi cruel, c'est être cruel envers des soldats purs et honnêtes. Nous menons une guerre contre des assassins. » L'auteur rappelle en outre un interdit édicté par la Bible concernant « l'abandon du moindre millimètre du Grand Israël ». Approuvé par le général Avichai Rontsky, grand rabbin militaire (accusé il y a quelque temps par un député de gauche, Avshalom Vilan, de vouloir décréter une guerre sainte), ce manuel se propose, dit-on, d'améliorer « la capacité combative » des hommes après l'échec de la guerre de juillet-août 2006 contre le Liban.
Témoignant devant les cadets de l'académie d'Oranoim, le « Rahm » cité plus haut relève encore que la vie d'un Palestinien est bien moins importante que celle d'un Israélien et se battre à Gaza représentait une mission religieuse. On notera, sans trop d'illusions, que toute l'affaire fait désormais l'objet d'une enquête, mais qu'il s'agit d'un incident isolé, ainsi que s'est empressé de le souligner le porte-parole de Tsahal, Elie Isaacson ; enfin que mêler religion et politique constitue un interdit que l'on ne peut transgresser et que les rabbins militaires ne déterminent pas la politique. Benjamin Netanyahu devrait tenir compte de cette précision dans ses concertations en vue de la formation d'un gouvernement...
D'ailleurs, le sujet n'a pas tardé à déborder le cadre étroit qui était le sien jusqu'aux révélations largement médiatisées de ces derniers jours pour s'inscrire dans celui, tout aussi explosif, de la politique. On parle maintenant d'un clash entre libéraux laïcs et adeptes de cette nouvelle version des « moines-soldats » du Moyen-Âge. On parle aussi des divergences entre deux tendances sur des sujets comme le rapport entre la terre et la vie, la place des « goys » dans l'État hébreu, l'interprétation des thèses du sionisme, le droit de tuer. Il est clair, malgré toutes les protestations de bonne foi d'un officiel de l'ambassade israélienne à Washington, que l'interprétation des règles éthiques donnée par l'Occident et l'État hébreu n'est pas la même.
Toujours ces maudites Pyrénées...

* « The Coming Crisis in Israel - Private Faith and Public Policy », MIT Press
Le but à atteindre et la manière dont la puissance militaire peut être utilisée sur le champ de bataille : quel chef aurait pensé qu'un jour, ces deux questions feraient l'objet de négociations entre le commandement et une partie de la troupe ? Eh bien, en Israël on en est là et les révélations du quotidien Haaretz, la semaine dernière, sur le comportement des soldats lors du pilonnage, trois semaines durant, de Gaza la martyre ne constituent qu'un témoignage « à chaud » (on n'ose écrire sur le vif...) de ce qu'une certaine presse qualifie, par un délicat euphémisme, de « recours excessif à la force ».Si le rôle pédagogique des jeunes recrues est...
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