Les réalisateurs mozambicains n'ont pas d'autre alternative. Malgré un accueil favorable à Cannes ou à Biarritz (sud de la France), leurs films n'arrivent pas à trouver de financement dans ce pays très pauvre d'Afrique australe. « Quitte à être dépendants de l'argent des ONG, autant en profiter pour appliquer nos talents de réalisateurs », justifie Karl Sousa, de la compagnie de production Ebano Multimedia. « Nous ne voulons pas seulement filmer une personne assise qui répond à nos questions devant la caméra », poursuit-il, ajoutant : « On réalise un documentaire, mais ça ressemble à une fiction ! »
À l'indépendance en 1975, le gouvernement marxiste de Samora Machel finançait 10 minutes d'actualité diffusées tous les samedis soirs dans les cinémas de cette ancienne colonie portugaise. Mais après seize ans de repli pendant la guerre civile (1976-1992), le gouvernement a perdu tout intérêt pour l'image, même de propagande, et n'offre plus aucun soutien à l'industrie cinématographique, selon Gabriel Mondlane, de l'Association des réalisateurs mozambicains (Amocine). « Le gouvernement n'est plus intéressé. On souffre encore de ce type de raisonnement qui associe le cinéma à du luxe », estime-t-il.
La principale source de financement provient du Fonds images Afrique, financé par la France. Les films ainsi produits sont présentés au festival cinématographique annuel et au Centre culturel français de Maputo, mais ils finissent trop souvent sur une étagère poussiéreuse, faute de circuit de distribution.
« Le problème, c'est qu'au Mozambique, personne ne s'occupe de l'industrie cinématographique », constate Joao Ribeiro, un producteur local qui travaille sur une adaptation d'un roman de l'écrivain local Mia Couto. Ce projet de 1,3 million d'euros est financé par des Portugais. Selon lui, les réalisateurs étrangers, attirés par les paysages exotiques qui portent encore les cicatrices de la guerre, ne sont pas davantage soutenus par les autorités. « Quand ils ont fait Lord of the War, les studios m'ont contacté pour me demander d'y participer, raconte M. Ribeiro. J'ai dit que je ne pouvais pas, non pas parce que c'était difficile, mais en raison des autorisations à obtenir. C'était un projet trop lourd avec tous ces avions et ces scènes de guerre. » « Ce n'est pas facile de traiter avec les autorités », ajoute M. Ribeiro, qui a collaboré au tournage de Blood Diamond filmé pendant 6 mois au Mozambique avec une équipe de 600 personnes et l'illustre Leonardo DiCaprio. Il concède toutefois qu'il est possible de trouver certains arrangements au cas par cas. « Vous pouvez faire certaines choses interdites ailleurs. Pour Blood Diamond, on a fermé le centre-ville pendant une semaine. Essayez de faire ça à Londres ou ailleurs. Impossible ! »


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