Le décorateur avait donc, par la force des choses, mis en veilleuse son goût pour la haute couture. Sauf que le hasard, comme souvent dans la vie, est venu titiller chez lui cette fibre encore inexploitée, par le biais d'une commande de... décoration.
Il y a un an, une dame confie à Richard Nassif un fauteuil Louis XV qu'elle veut transformer, et lui donne carte blanche quant au choix du tissu. À cette même occasion, elle lui remet également un vieux manteau de fourrure dont elle veut se débarrasser pour qu'il s'en serve dans ses scénographies. « J'ai alors eu l'idée de remplacer le tissu du fauteuil par cette fourrure et d'en orner le haut du dossier d'une broche de fleurs en soie. » C'est à partir de cette tenue très féminine créée pour un fauteuil que le déclic se produit. Il a alors l'idée de relooker des sièges anciens.
Ce styliste à la vocation contrariée décide dès lors d'« habiller les chaises à défaut d'habiller les femmes », dit-il. Et « d'orner leurs épaules-dossiers de fleurs, de broches, de rubans, de perles rebrodées et de tissus soyeux », ajoute-t-il poétiquement.
Le voilà qui se met à couper dans de belles étoffes des vêtements de gala : une robe volantée de danseuse de flamenco pour une chaise à long dossier, un costume de roi-soleil ou de chasseur (accessoires inclus) pour une chauffeuse carrée, une tenue de squaw indienne brodée et frangée pour une ancienne chaise longue, un costume de clown pour un vieux sofa, des robes de mariée pour des chaises en plastique... « Je conçois chaque pièce unique en m'inspirant aussi de la personnalité de mon client », indique le créateur qui s'est lancé dans ce projet avec tout l'enthousiasme, la créativité et la fantaisie qui le caractérisent. Lui, le professeur qui enseigne à ses étudiants comment laisser parler librement leur imaginaire, leur originalité et leur personnalité, a trouvé là un créneau dans lequel se rejoignent ses trois spécialisations : la décoration, le stylisme et la scénographie.
Car ces chaises, sièges, fauteuils, canapés, etc, qu'il récupère dans les vieux greniers, restaure et habille (avec l'aide d'une couturière et d'un tapissier) sont à mi-chemin entre la pièce mobilière, décorative et artistique.
Certes - comme pour une tenue de soirée -, le côté esthétique, spectaculaire même, prend le dessus dans ses créations sur la fonction utilitaire. Et si on ne peut pas toujours se lover confortablement au creux de ses « sièges en costume d'apparat », ceux-ci introduisent toujours, dans une pièce, un élément d'ambiance.
Propice, suivant les goûts et les couleurs à un plateau de télévision, une scène de théâtre, le décor d'un magasin, un atelier de couture, une chambre d'enfant ou même un salon... original.


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