Point de départ, étape zéro : la cour du Collège franco-libanais Élite, organisateur de l'événement. Contrôle d'identité, directives précises, badges passés autour du cou, enveloppes contenant l'énigme de la première étape : tout était prévu, préparé et distribué. Le rallye pouvait démarrer. À 9 heures, ils s'envolèrent à grand bruit de vélo, de moteurs ou encore de baskets.
Cheveux en broussaille, joues rouges à cause de la chaleur, de la fatigue et de la concentration, ils surprirent les passants beyrouthins qui les virent frapper aux portes, poser des questions à de vieux passants, défiler à toute vitesse, revenir sur leurs pas, puis s'affaler dans certains endroits pour reprendre leur souffle avant de continuer leur périple.
Ils envahirent d'abord le Musée national, dont la direction avait aimablement, et dans le plus grand secret, accepté de les recevoir. Ils firent ensuite irruption à l'Hôtel-Dieu de France, à la place de l'Étoile puis à l'USJ. Les contrôleurs d'étape les reçurent, de connivence avec les responsables des lieux. Ils envahirent plus tard l'ABC, où les commerçants, affolés par ce raz-de-marée, durent faire appel aux membres de la sécurité, redoutant une invasion d'un autre ordre. Mais loin des préoccupations des adultes et soucieux uniquement de « gagner », ces jeunes lycéens n'hésitèrent pas à se servir des ressources de la Librairie Antoine pour trouver les réponses aux questions posées.
On les vit également se servir des trottoirs pour écrire, résoudre et cocher, lire des noms de rue, remonter dans le taxi, aller vers le quartier Sursock, revenir vers Gemmayzé, réaliser qu'ils s'étaient trompés, reprendre leur course vers le centre-ville ou encore repérer la voie ferrée du tramway datant de 1920 qui devait les conduire à l'ancienne station de tramway Daouk, avant d'arriver au Lycée Verdun où les attendait une épreuve sportive.
Un itinéraire assez « zigzagant », difficile à dessiner, ardu à poursuivre, mais qui les mena, en fin de parcours, à la reconnaissance du lieu qui, un siècle auparavant, vit naître et grandir le premier établissement de la Mission laïque française au Liban, le Grand Lycée franco-libanais, symbolisé, pour l'occasion, par un personnage créé, « fabriqué main », et baptisé « Laïcitus ». C'est alors que Laïcitus, d'une pirouette de sa tête en vrilles, leur expliqua le sens de ces quelques heures mouvementées qu'ils venaient de vivre. Il leur livra un message vieux de cent ans, ce même idéal transmis par son ancêtre Pierre Deschamps lorsqu'il débarqua, en 1909, dans un Liban qui n'était pas encore un État indépendant. Un idéal dont l'éducation laïque se fondait sur les valeurs humanistes de tolérance, respect de l'Autre et respect des différences. Mais aussi un enseignement dont le vecteur principal n'est autre que la langue française, cette langue qui véhicule de nombreuses traditions : formation de l'esprit critique, refus des préjugés de toutes sortes, rejet des idées toutes faites, liberté de pensée et d'expression.
Étape ultime de cette « course au trésor » : l'amphithéâtre du Grand Lycée où ils se virent remettre de nombreux prix qui les récompensèrent de leurs efforts. Et pendant que les uns se prenaient en photo et que les autres se félicitaient, Laïcitus, tout heureux de sa victoire, adressa aux jeunes cette ultime prière :
Puissent toutes les générations, élevées sous ma bannière,
N'ériger entre elles aucune barrière
Et préserver la paix de la nation entière !
Nicole HADAYA
Pour le comité organisateur


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