Ce pays, qui a souffert et qui souffre encore, a besoin de sentir que les nations du monde s'intéressent à son sort et qu'elles essaient de lui redonner espoir en un avenir plus serein.
Ce qui me gène et me chagrine, c'est que cette aide humanitaire s'est concentrée sur une seule région, le Sud, et que le reste du Liban est complètement ignoré. Je ne conteste pas que des malheurs se sont abattus sur ce mohafazat déshérité, mais il est certains faits que je tiens à signaler.
Cette région est actuellement sous le contrôle d'un seul parti qui reçoit d'importants subsides qu'il distribue à ses membres et amis sans en prévoir pour des groupes qui sont partis et qui sont en majorité chrétiens. De gros villages comme Damour ou Naameh, qui étaient exclusivement chrétiens, sont aujourd'hui délaissés par leurs habitants. Le même sort attend Jezzine et ses environs qui n'arrivent pas à accepter le diktat de ces nouveaux maîtres. Où se trouvent ces réfugiés libanais ? Bien entendu, dans d'autres régions plus clémentes et moins hostiles à leur mode de vie.
J'ai posé la question à plusieurs responsables de ONG qui disent : « Ces populations n'ont qu'à retourner vivre dans leurs régions et nous sommes prêts à les aider. » Or, c'est là que le bât blesse. Ces populations ne peuvent s'adapter aux nouvelles conditions dont les partisans imposent leur façon de vivre et de penser avec rigueur. Celui qui ne pense pas comme eux est immédiatement traité de traître et d'agent israélien, et souvent il disparaît sans laisser de traces.
Ce que je demande aux ONG amies, c'est qu'elles répartissent leurs dons dans d'autres régions que le Sud, là où les réfugiés chrétiens et musulmans qui ne peuvent pas, sans danger, retourner dans leurs terres ancestrales, continuent à vivoter. Les vrais bénéficiaires de ces dons et de ces aides ne devraient être que les personnes déplacées qui vivent en réfugiés dans leur propre pays et qui n'ont pas le courage de réclamer leurs droits. Je connais plusieurs familles qui attendent un geste de générosité pour continuer à tenir, en espérant une situation stabilisée et un pouvoir gouvernemental assez fort pour contenir les bandes armées qui dictent leurs ordres sans aucun contrôle.
Savez-vous que le Sud a reçu de l'Iran plusieurs centaines de millions de dollars, alors que les ONG spécialement européennes dépensent des fortunes pour alléger leur misère ? Les vrais bénéficiaires de l'aide européenne, qui devient pour eux un « plus », sont les partisans qui vivent encore dans ces régions et qui, malgré tout ce qu'ils reçoivent, continuent à exiger toujours davantage.
Tous les Libanais sincères remercient de tout cœur les ONG amies pour l'aide offerte avec tellement de générosité et de désintérêt. Mais de grâce, ne canalisons pas cette aide vers une seule région. La misère est partout et il est malheureux de voir que tant de gens vraiment miséreux sont ignorés, parce qu'ils habitent d'autres régions que le Sud.
La charité n'a pas de frontières et ne laissons pas les réfugiés libanais dans leur propre pays devenir les émigrés libanais de demain.


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