Dans un communiqué, le Hezbollah a affirmé qu'il « espérait que la justice puisse rester loin de l'exploitation politique. Or les permutations judiciaires ont été bel et bien politisées », a précisé le parti chiite qui a également critiqué le « timing ambigu» de ces nominations « qui ont été finalisées en milieu d'année », précise le texte du communiqué.
Revenant à la charge, le parti chiite a indiqué que « nul n'a besoin de méditer longtemps pour comprendre que ceux qui ont été désignés à des postes importants ne cachent pas leur allégeance politique à un camp déterminé ». Et le communiqué de conclure en s'interrogeant : « La justice n'a-t-elle donc pas suffisamment souffert jusque-là d'un manque d'indépendance et de l'absence d'équité au niveau de ses prestations ? »
Pour sa part, le député du Bloc du changement et de la réforme, Nehmetallah Abi Nasr, qui a avoué dès le départ n'avoir pas pris connaissance des détails du décret des nominations, a « regretté que la justice libanaise soit devenue politisée à un point tel que chaque magistrat a désormais son titre et son allégeance politique ». M. Abi Nasr a cependant fait remarquer que la responsabilité de cette déviation « incombe aux politiques eux-mêmes qui s'immiscent dans la sphère judiciaire ». Bien qu'ayant qualifié l'annonce des permutations judiciaires de « positive », car « elles auraient dû avoir lieu depuis bien longtemps », le député a estimé qu'il est naturel qu'elles comportent certaines failles, « vu la nature même de la politique au Liban et de l'affiliation politique des juges ». « Par conséquent, a ajouté le député, certains (magistrats ) vont s'estimer heureux et d'autres lésés ».
Le député d'Amal, Ali Bazzi, s'est contenté pour sa part d'affirmer qu'il n'a pas pris connaissance des nominations, soulignant que son parti « n'a d'ailleurs pas interféré à ce niveau ». « Mais quelle que soit notre opinion à ce propos, il semble toutefois que tous les dossiers ne font pas l'objet d'une entente préalable », a-t-il dit, signifiant que l'opposition n'a pas eu son mot à dire.
Parmi ceux qui ont salué la décision des permutations, le chef de l'État, Michel Sleiman, qui a indiqué que les désignations judiciaires, « prises à l'unanimité par le CSM, constituent un pas important sur la voie de la consolidation de l'indépendance du pouvoir judiciaire ».
Réagissant aux critiques qu'il a qualifiées de « hâtives », le ministre de la Justice, Ibrahim Najjar, a estimé que celles-ci étaient de nature « politique ». M. Najjar a tenu à préciser que son devoir de ministre lui dictait « d'accorder la priorité au secteur judiciaire ». Dans un entretien télévisé, il a rappelé au passage que la question des permutations judiciaires, « qui traîne depuis des années sans qu'elle ne soit résolue, a suscité des remous aussi bien dans les rangs des avocats et des magistrats que parmi les Libanais ». Ainsi, « il était évident que le CSM planche en premier lieu sur une proposition globale et complète en termes de permutations qu'il a fini par adopter à l'unanimité », a expliqué M. Najjar qui a démenti par ailleurs les propos selon lesquels il y aurait eu des voix discordantes au sein du CSM. « L'adoption du décret avec cette unanimité et cette rapidité reflète une urgence qui consiste à accorder à la justice toute sa crédibilité. »
Affirmant avoir respecté jusqu'au bout l'indépendance du CSM sans jamais se mêler du travail de cette instance, le ministre a indiqué que son objectif était « d'accorder à la justice toute la priorité et de la doter de l'efficacité dont elle a besoin, afin qu'elle puisse passer de la phase du déséquilibre à celle de la stabilité dans la fonction ». « Car, a-t-il ajouté, il n'est pas possible d'entamer l'échéance électorale sans une justice fiable. »


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