Car si sa pièce s'intitule, avec un certain machisme, Je suis un homme, son propos central en est les femmes...Bien évidemment ! Les femmes libanaises qui, apparemment, lui rendent la vie dure. Enfin, pas lui, son personnage ! Et qu'il n'épargne donc pas dans son monologue d'une quarantaine de minutes, où il passe en revue toutes les raisons qui font de la « condition masculine » une cause désormais à défendre.
Car à l'entendre, il n'y a pas de quoi pavoiser d'être un homme, un un jeune homme surtout, au Liban, aujourd'hui.
« Il est (même) vraiment très difficile d'être... un homme dans notre société orientale », répète Johnny Hage, seul sur une scène nue, au fond de laquelle de longs panneaux de tissus peints par Waël Berjas reprennent les thèmes de son courroux. À savoir, les talons aiguilles et autres dessous affriolants de ces dames, qui « affolent les pauvres créatures que nous sommes », gémit-il. Mais aussi des représentations d'homme faisant la vaisselle, en proie au spleen ou encore dans sa tenue d'Adam, le tout cerné de qualificatifs comme « Gentleman », de mots arabes et de colonne de chiffres.
Eh oui des chiffres, car d'additions en multiplication puis soustractions, le coût d'un rapport... conjugal revient cher pour monsieur. « Au bas mot, dans les 350 dollars par jour. Imaginez ce qu'on peut faire à ce prix en dehors du mariage... »
Contre le machisme ambiant
Mais avant d'en arriver là, le jeune acteur - qui a lui-même écrit ce monologue et signé sa mise en scène - commence par s'insurger contre tous les diktats archaïques du machisme ambiant. Pourquoi une femme peut s'habiller en homme et pas le contraire ? Pourquoi un homme dont le salaire est moins important que celui de sa femme doit quand même subvenir plus qu'elle aux besoins de sa famille ? Pourquoi un homme qui participe aux travaux ménagers ou qui pleure ne se conduit pas en homme ?
Il passe ensuite au registre de l'éternelle incommunicabilité des sexes. « Pourquoi ma copine ne me croit pas si à son insistant "à quoi tu penses" je réponds que je ne pense à rien? C'est pourtant la pure vérité. Les hommes ont une case de plus que les femmes dans leur cerveau et cette case est consacrée à faire le vide. Les hommes sont menteurs, dit-on. Eh bien oui, ils sont menteurs. Mais c'est la faute des femmes qui, de la mère à l'épouse, en passant par la sœur et la petite amie, ne cessent de nous harceler de questions », égrène-t-il dans une longue liste, où il n'omet aucun détail de ce qui l'exaspère, dans ce qui ressemble bien à un réquisitoire misogyne.
Mais une diatribe qui, pour être crue, n'en cultive pas moins un certain humour. Grinçant, un zeste grivois, mais drôle. Et puis, abstraction faite de toute solidarité féminine, en fin de compte, ces propos d'un homme, qui ne sont peut-être pas très fins, ne comportent-ils pas une grande part de vérité ?
C'est, en effet, dur, dur d'être un homme aujourd'hui dans une société où, sous couvert de machisme et d'esprit patriarcal, ce sont ces rouées filles d'Ève qui mènent le jeu...
Et en parlant de jeu, celui de Johnny Hage, qui a à son actif des participations à des pièces comme Yalo ou Les aveugles, est plutôt convaincant. Surtout si l'on considère qu'il s'agit là de la première pièce entièrement réalisée par ce jeune acteur.
* Ce soir samedi 7 et demain dimanche 8 mars, à 20h30. Billets en vente au guichet
du théâtre Tournesol.
Tél. : 01/740291 ou 01/381290.


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