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Moyen Orient et Monde - Le point

Lendemains de guerre

Avec une lucidité que nombre de ses pairs pourraient lui envier, le prince Saoud el-Fayçal a défini en quelques mots, hier à Charm el-Cheikh, le mal dont souffre la cause palestinienne. Le programme d'aide, a-t-il dit, n'aura pas d'impact sans un programme de réforme de la politique car « la paix, la stabilité et le développement sont interdépendants ». À l'heure où les représentants de 90 nations et organisations internationales se retrouvaient au chevet de Gaza menacée d'une mort point si lente, il fallait bien du courage pour appeler les choses par leur nom. Pour qualifier aussi de « barbare et brutale » l'agression de décembre-janvier derniers et souligner que « l'initiative arabe (lancée par le prince héritier Abdallah ben Abdel Aziz, devenu roi depuis, lors du sommet arabe tenu à Beyrouth en 2002) ne restera pas sur la table pour l'éternité ».
Pendant ce temps, Hillary Clinton multipliait les contacts pour éviter le risque de voir les 900 millions de dollars promis par son pays aller au Hamas. Question que l'on pourrait adresser à l'honorable secrétaire d'État : qu'adviendrait-il si, à l'issue de contacts qui doivent être entamés dans les jours à venir, ces peu fréquentables Palestiniens venaient à faire partie d'un gouvernement d'union nationale, aux côtés des hommes de Mahmoud Abbas ? Il faut croire que, du coup, ils cesseraient de constituer une organisation terroriste pour se parer de tous les atours de la dignité. Le triple problème qui se pose est toutefois représenté par l'absence, à la conférence tenue hier à la station balnéaire égyptienne, du Mouvement de la résistance islamique, par l'insistance des pays donateurs à cantonner celui-ci dans le rôle du méchant loup, enfin par les menaces répétées, ces derniers temps, d'Ehud Olmert et de Tzipi Livni de lancer contre l'enclave une nouvelle offensive, tout aussi meurtrière que la précédente.
S'il n'y avait que cela... Le cabinet sortant israélien, vient de révéler la Paix maintenant, a dressé des plans prévoyant de doubler le nombre de colons sur la rive occidentale du Jourdain, avec l'aménagement dans les prochaines années de 73 000 logements, dont 5 700 dans les quartiers de la partie arabe de Jérusalem, celle-là même que le Premier ministre sortant se proposait il n'y a pas longtemps de restituer en échange d'un règlement du conflit. Le projet viendra s'ajouter au système de sécurité en cours d'achèvement et qui vise à venir à bout par suffocation des habitants de cette Cisjordanie annexée à la suite de la guerre de juin 1967. C'est ainsi qu'au cœur de la localité de Hébron, où vivent quelque 160 000 Palestiniens, l'État hébreu a commencé à créer dès 2001 une colonie de 800 membres protégés par une chaîne de postes de garde, de points de contrôle et de routes étroitement surveillées, empruntées uniquement par les kibboutzniks. Le résultat est qu'en sept ans, 1 800 échoppes ont été abandonnées par leur propriétaires, imités par les orfèvres du marché de l'or, jadis célèbre dans la région. Aux yeux de ces gens-là, affirme le groupe de défense des droits de l'homme B'Tselem, nous sommes les oppresseurs qui ont détruit toute activité économique et bouté hors de leurs foyers des familles entières.
Dans ces conditions, parler d'unité des rangs pour aboutir à une solution négociée d'un problème vieux de quarante-deux ans relève de l'utopie. Le résultat du sauvage pilonnage que la bande de Gaza a subi trois semaines durant au début de cet hiver ? On le trouve dans un sondage, combien édifiant, du Jerusalem Media and Communication Center. On apprend là, en effet, que 46,7 pour cent des personnes interrogées se disent convaincues que le Hamas est sorti victorieux de l'affrontement, contre 9,8 pour cent qui pensent le contraire ; que 28,6 pour cent voteraient pour les islamistes, si des élections venaient à être organisées aujourd'hui, alors que la proportion n'était que de 19,6 pour cent auparavant ; enfin que l'indice de confiance dont jouit le groupe de Khaled Mechaal est passé d'un taux de 16,6 pour cent à 27,7 pour cent, des proportions que l'on retrouve à peu de chose près au sein de la population cisjordanienne. On notera avec quelque amusement que ces chiffres sont inversés dans une étude élaborée, elle, par le Palestinian Center for Public Opinion.
L'extraordinaire mobilisation en faveur de la reconstruction de Gaza, et plus généralement d'une relance de l'économie palestinienne, concrétisée en ce début de semaine sous la houlette de l'Égypte, ne doit pas occulter la gravité des divergences entre les deux grandes ailes d'un monde palestinien orphelin de père depuis la mort de Yasser Arafat. La sagesse imposerait une indispensable unité, et qui ne serait pas seulement de façade, à l'heure où l'Amérique de Barack Obama s'apprête à entamer un virage en douceur après les années d'errements bushiens. On ne peut que regretter cependant qu'une fois de plus bon sens et bon timing ne coïncident pas. Mais aussi, objectera-t-on, le moment propice, c'est quand ?

Avec une lucidité que nombre de ses pairs pourraient lui envier, le prince Saoud el-Fayçal a défini en quelques mots, hier à Charm el-Cheikh, le mal dont souffre la cause palestinienne. Le programme d'aide, a-t-il dit, n'aura pas d'impact sans un programme de réforme de la politique car « la paix, la stabilité et le développement sont...

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