Mais les bévues de civilité restent bénignes en regard des atteintes au civisme. Ses contempteurs veulent priver Mgr Sfeir d'avoir une opinion sur les questions nationales, politiques, socio-économiques ou sécuritaires. Alors qu'ils reconnaissent à d'autres dignitaires religieux jusqu'au droit d'être armés. Et de guider des formations politico-miliciennes, ou de prendre leurs directives de l'axe d'acier. Oubliant un peu trop que sans Bkerké il n'y aurait pas de Liban. De sa naissance à ce jour, le patriarcat maronite en a reflété la vérité, en défendant toujours l'intérêt national et rien d'autre. Les positions du siège patriarcal peuvent être désapprouvées par des chrétiens, et ils ont tout le droit de les critiquer. Mais sans se permettre de proférer menaces d'intimidation et insultes. Ainsi, quand les évêques maronites ont lancé le fameux communiqué numéro un appelant au retrait des troupes syriennes, bien des chrétiens proches de Damas ont protesté, mais sans aller jusqu'à l'outrage. Ni jusqu'à dénier aux prélats le droit de s'exprimer sur une question nationale. Cela étant, les prosyriens n'ont jamais cessé d'accuser l'Église maronite de parti pris, de se ranger aux côtés d'une fraction libanaise déterminée.
Même réaction lorsque Bkerké s'était dressé contre les reconductions et prorogations abusives. Ou pour l'envoi de l'armée au Sud. Ainsi que lorsqu'il avait désapprouvé le recours à la rue pour renverser le gouvernement, en soulignant la nécessité pour les contestataires d'user des moyens politiques légaux. Idem pour l'occupation du centre-ville.
Mgr Sfeir a d'ailleurs utilisé le même argument du respect de la loi et de l'ordre public pour empêcher la foule de marcher sur Baabda afin d'en déloger Lahoud. Les loyalistes se sont alors soumis à ses prescriptions, sans marmonner qu'à cette occasion, il se tenait aux côtés des prosyriens. De même lorsque le patriarcat s'était opposé à l'élection d'un président à la moitié plus un, comme certains majoritaires le souhaitaient. Le patriarcat a toujours précisé que ses positions lui sont inspirées par la conscience nationale telle qu'il la conçoit. Et nul, à l'époque, n'y voyait là une contrevérité. En revanche, les prosyriens de la veille ne pardonnent pas à Mgr Sfeir d'avoir approuvé la promulgation de la 1559 puis de la 1701, affirmant que de la sorte il se dresse contre la résistance. Les prosyriens d'aujourd'hui, fer de lance des attaques qu'il subit, s'inquiètent de son approbation de l'idée d'un bloc centriste. Comme de sa mise en garde au sujet d'une victoire électorale du 8 Mars qui susciterait, selon ses termes, un grave danger, une possibilité de fautes pouvant historiquement peser sur le sort de la patrie. Enfin, les amis de Damas ne voient pas d'un bon œil le soutien de Bkerké au tribunal international. Et ils ne sont toujours pas prêts à suivre le conseil permanent de Bkerké : Liban d'abord.

