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Moyen Orient et Monde - Le Point

Entre guerre et paix

La carotte et le bâton sont toujours là, à une différence près : leur taille a changé, sinon leur effet sur un régime qui a prouvé, tout au long des années Bush, sa totale imperméabilité à l'une et à l'autre. Aux multiples appels du pied émanant de Washington a répondu l'autre jour une première indication sur la détermination des mollahs à ne pas se laisser impressionner par le « saber rattling » en provenance des rives du Potomac. En visite à Erbil, le ministre des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki a laissé entendre qu'un premier pas consisterait pour « le grand Satan » à relâcher les diplomates iraniens enlevés le 11 janvier 2007 dans la capitale du Kurdistan irakien et dont deux seulement devaient être libérés par la suite. Commençons par cela, a-t-il dit, puis on verra... Voir quoi ? S'il n'est pas question, en effet, pour la République islamique de renoncer à son programme nucléaire, pas plus qu'à son aide en matériel militaire et en crédits largement dispensés à nombre d'organisations, il paraît difficile d'imaginer l'ordre du jour d'une réunion entre représentants des deux camps - dont l'un, il importe de le rappeler, continue de figurer en bonne place dans l'« axe du mal », aux côtés de la Corée du Nord et de la Syrie.
Pince-sans-rire, le site prediction market s'est amusé à effectuer un sondage auprès d'un échantillonnage représentatif de la population. Question posée : croyez-vous possible une rencontre Obama-Ahmadinejad avant la fin de l'année en cours ? 67 pour cent des personnes interrogées ont répondu par l'affirmative, contre 15 pour cent qui donnent pour probable l'éclatement une guerre. Cette dernière éventualité, ils sont nombreux à y croire, et pour commencer le nouveau directeur de la National Intelligence, Dennis Cutler Blair. Pour cet ancien amiral à quatre étoiles, reconverti depuis fin janvier dans le contre-espionnage, il ne fait pas de doute que l'État hébreu lancera une attaque d'envergure dans les mois à venir. Il s'empresse cependant de faire siennes les conclusions d'un rapport établi en novembre 2007 par les seize services de renseignements de son pays, formels sur un point : bien sûr que le programme nucléaire existe, mais l'objectif n'est pas militaire. La preuve, c'est que le matériel adéquat n'est toujours pas disponible. Déjà à l'époque, ces conclusions avaient porté la Maison-Blanche à ne pas donner son agrément à une opération qui aurait pu, prévoyaient alors les stratèges, se transformer en détonateur d'une troisième guerre mondiale.
Avec l'avènement, dans les jours à venir, d'un cabinet Netanyahu dominé par les faucons, il serait intéressant de voir qui, des États-Unis ou d'Israël, finira par l'emporter.
Dans ce qui a pris les allures d'un message sur l'état de l'Union avant la lettre - après tout, le successeur de George W. n'est entré fonction qu'il y a trente-cinq jours -, le président US a évoqué, entre autres, la crise économique, l'avenir de l'Irak et celui de l'Afghanistan mais à aucun moment les rapports avec l'Iran. Ceux-ci, avait-il indiqué lors de sa première conférence de presse présidentielle, « seront régis par un sentiment de respect mutuel et le désir d'aller de l'avant ». Plus explicite lors de la présentation de ses lettres de créance au secrétaire général des Nations unies, Susan Rice, nouvelle représentante de son pays auprès de l'organisation internationale, a reconnu que la question du nucléaire iranien figurait en tête des priorités d'une diplomatie yankee « vigoureuse et incluant des contacts directs » avec l'autre partie. Il n'y a là rien de nouveau puisque le dialogue avait été engagé, dans la plus totale discrétion, par la précédente administration. Avec les résultats que l'on connaît, même à l'ombre menaçante des sanctions prises par le Conseil de sécurité. Grâce à l'aide appréciable du Pakistan, obtenue il y a une vingtaine d'années, les Iraniens maîtrisent parfaitement les modalités d'opération des centrifugeuses. Mercredi, Sergueï Kirienko, directeur de l'Agence fédérale russe de l'énergie atomique, a annoncé l'achèvement de la construction de la centrale de Bouchehr, dont la mise en service, après les indispensables tests, pourrait intervenir bientôt. Certes, ce n'est pas là « un pas de géant », mais cela représente malgré tout un net progrès, ce qui signifie que le temps ne travaille pas en faveur de l'Occident.
La tactique que l'on prête au président US consisterait à se montrer suffisamment souple dans son approche du problème pour diviser les rangs de l'adversaire, spécialement en cette période préélectorale. On ne peut qu'en souhaiter le succès. Sinon, il sera toujours possible d'aller de l'avant dans la diplomatie du sport. Les résultats pourraient être probants si l'on en juge par les effets qu'a eus la participation de joueurs de badminton yankees au tournoi international al-Fajr. On est prié de ne pas sourire : après tout,s'agissant de la Chine, le ping-pong avait fort bien réussi à Richard Nixon.
La carotte et le bâton sont toujours là, à une différence près : leur taille a changé, sinon leur effet sur un régime qui a prouvé, tout au long des années Bush, sa totale imperméabilité à l'une et à l'autre. Aux multiples appels du pied émanant de Washington a répondu l'autre jour une première indication sur la détermination des mollahs à ne pas se laisser impressionner par le « saber rattling » en provenance des rives du Potomac. En visite à Erbil, le ministre des Affaires étrangères Manouchehr Mottaki a laissé entendre qu'un premier pas consisterait pour « le grand Satan » à relâcher les diplomates iraniens enlevés...
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