S'adressant à la délégation, Mgr Sfeir a déploré l'état du pays, soulignant que le Liban ne pourrait se remettre sur ses deux pieds que si tous ses fils resserraient leurs rangs autour de lui. « Hélas, cela n'est pas arrivé jusqu'ici et nous espérons toujours qu'il le sera », a-t-il lancé.
« On dit que plus d'un million de Libanais ont quitté le pays depuis les années soixante-dix. C'est une perte pour tous les Libanais. Au lieu que ce pays ne prospère et ne se développe, nous le voyons dépérir », a-t-il dit.
Interrogé sur les atteintes portées aux symboles religieux chrétiens sur une chaîne de télévision israélienne ainsi que sur la politique de judaïsation de la vieille ville de Jérusalem, le patriarche a souligné que de telles atteintes de la part d'Israël n'étaient pas nouvelles et que si le patriarcat maronite n'avait pas publié une condamnation, cela ne signifie pas qu'il ne condamne pas ces atteintes.
« Si Israël a l'intention de rester là où il se trouve, il lui faudra changer de comportement et de méthode d'action », a-t-il ajouté.
En réponse à une question sur la polémique entre le Premier ministre, Fouad Siniora, et le président de la Chambre, Nabih Berry, autour du budget du Conseil du Liban-Sud, Mgr Sfeir a déclaré déplorer ce désaccord « qui aurait dû ne pas être ».
« Il semble que le montant réclamé (pour le Conseil du Sud) sera donné, mais après les élections. Je ne sais pas. Ce sont eux (MM. Siniora et Berry) qui sont concernés et ils doivent savoir ce qu'ils ont à faire », a-t-il dit.
À la question de savoir pourquoi les réconciliations promises, notamment entre chrétiens, n'ont pu avoir lieu, il a relevé que les Libanais sont « divisés entre orientaux et occidentaux. Comment voulez-vous les rassembler ? Il faudrait qu'ils soient tous au Liban, ni en Orient ni en Occident.
Le parti du centre
« Chacun des deux protagonistes voudrait que je le soutienne, a poursuivi Mgr Sfeir. Nous ne sommes ni pour les uns ni pour les autres, mais avec nous-mêmes. La position de ce siège patriarcal est connue. Nous voulons qu'il y ait au Parlement de bons éléments qui défendent le Liban et ses affaires. Voilà ce que je peux affirmer. Les gens sont libres de dire ce qu'ils veulent, mais cela ne signifie pas qu'ils expriment mon point de vue. »
« Le pays est divisé entre 14 Mars et 8 Mars. J'avais comparé cela à un char tiré par deux chevaux, l'un à l'arrière et l'autre à l'avant. Vous lui ordonnez de rouler, mais comment peut-il faire ? Dans tous les pays, il y a un parti à droite et un parti à gauche. Mais il existe aussi un parti du centre qui penche dans un sens ou dans l'autre en fonction de ce que l'intérêt du pays commande. Cela peut améliorer les choses », a estimé le patriarche.
Pour lui, « le Liban et d'autres pays se sont habitués à ce qu'il y ait au pouvoir une seule équipe dont les membres sont susceptibles de s'entraider et que les gens au pouvoir soient soumis à la critique contradictoire ». « Ainsi, a-t-il ajouté, ceux qui sont au pouvoir ont à assumer les responsabilités de ce pouvoir alors que les opposants doivent s'opposer. Voilà ce que nous avions adopté il y a longtemps. Lorsque la majorité et l'opposition coexistent au sein d'un même gouvernement, rien ne va dans le sens qu'il faut », a-t-il dit.
Et d'insister : « Du temps où il y avait une équipe qui gouvernait et une autre qui s'opposait, la situation était meilleure. Aujourd'hui, ils ont réuni les contraires et nous voyons que le pouvoir n'avance pas, ce qui se répercute négativement sur le pays et sur l'économie. »
Interrogé sur la décision du ministre de l'Intérieur, Ziyad Baroud, d'autoriser que la mention de la confession soit biffée sur les cartes d'identité, le patriarche a répondu : « Nous ne sommes pas contre cela, mais l'essentiel est que les gens s'y conforment réellement. Si le maronite, le sunnite ou le chiite biffent leur confession sur la carte d'identité et la maintiennent dans leur esprit et dans leur comportement, où est l'intérêt de la chose ? » s'est-il interrogé.
Sur un autre plan, le patriarche a reçu l'ancien député Ghattas Khoury avec qui il s'est entretenu notamment de l'ouverture, dimanche prochain, du tribunal international à La Haye.


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