La porte-parole de l'ambassade américaine à Douchanbe, Jackie McKennan, a quelque peu modéré les propos du militaire américain : « Les Tadjiks étudient la possibilité (du transit), ils sont ouverts. En gros, ils discutent. » En Ouzbékistan, le ministère ouzbek des Affaires étrangères et l'ambassade américaine, contactés par l'AFP, se sont refusés à tout commentaire. Si le Tadjikistan avait déjà donné début février son accord de principe au transit, l'Ouzbékistan ne s'est jamais exprimé sur le sujet. Mais le général David Petraeus, chef des opérations américaines en Irak et en Afghanistan, était à Tachkent cette semaine pour des pourparlers sur lesquels rien n'a filtré. Le transit par ces deux pays d'Asie centrale frontaliers de l'Afghanistan est essentiel au ravitaillement de la coalition internationale luttant contre les talibans, alors que le Kirghizstan a demandé la fermeture d'une base américaine, installation-clé pour ces approvisionnements. Le président kirghize, Kourmanbek Bakiev, a signé hier la loi votée la veille ordonnant le démantèlement de cette installation militaire américaine ouverte en 2001. Le ministère des Affaires étrangères du Kirghizstan a ensuite notifié officiellement aux États-Unis cette décision. À compter de la date de réception du document, Washington aura 180 jours pour quitter la base.
Pourtant, Washington espérait toujours convaincre Bichkek de changer d'avis. « Je continue de croire que l'affaire n'est pas close, et qu'il reste possible au moins de rouvrir le dossier avec le gouvernement kirghize et de parvenir à un accord », a lancé hier le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, à la fin d'une réunion avec ses collègues de l'OTAN à Cracovie (sud de la Pologne). Il a en outre affirmé qu'autour de 20 pays avaient annoncé une augmentation de leur contribution civile ou militaire en Afghanistan, parlant d'un « bon début » avant le sommet de l'OTAN en avril. « Je m'attends à des contributions significatives », a-t-il insisté. M. Gates, qui était venu demander à ses alliés occidentaux des « contreparties » à l'envoi annoncé mardi par les États-Unis de 17 000 soldats de plus en Afghanistan, n'a pas précisé à quel niveau Washington plaçait la barre.
La Russie, que les observateurs soupçonnent d'avoir poussé le Kirghizstan à fermer la base, a aussi donné son accord de principe au transit par son territoire des convois destinés à l'Afghanistan.
Le règlement de la question du transit vers l'Afghanistan est un dossier-clé pour les États-Unis, le président Barack Obama ayant fait de la lutte contre les talibans sa priorité. Actuellement, environ 80 % de l'approvisionnement des troupes en Afghanistan (carburant, équipements lourds, etc.) est effectué à travers la passe de Khyber reliant ce pays au Pakistan. Mais les convois américains et de l'OTAN sont régulièrement attaqués sur cette route par les insurgés talibans. Moscou cherche pour sa part à regagner le terrain perdu sur les États-Unis depuis la chute de l'URSS et s'efforce d'imposer son influence en Asie centrale ex-soviétique.

