d'un ? » s'interroge Souheil Sleiman en tentant d'expliquer les réactions étonnées des gens quant au lieu de l'exposition.
Souheil Sleiman vit à Londres, là où Mai Ghossoub avait trouvé un sanctuaire propice à sa liberté d'action et d'expression. Ils étaient amis et avaient établi « un dialogue personnel et artistique », ayant organisé en tandem plusieurs événements. Sleiman a été donc, en quelque sorte, le collaborateur artistique de Mai Ghossoub. « Ce n'était pas facile de travailler avec elle, dit-il avec le sourire. Mai avait des idées très précises sur ce qu'elle voulait et elle n'est pas du genre à faire des compromis tous azimuts. Mais, par contre, elle savait très bien intégrer les éléments des autres dans son discours artistique. »
Sleiman et Ghossoub ont collaboré notamment, comme curateurs et exposants, à « Beirut Out of War » qui s'est tenu à Liverpool en novembre 2005. « Je venais de rencontrer Ara Azad à Berlin où nous avons participé à une exposition collective. D'autres artistes étaient également invités. »
Même si Souheil Sleiman reprend ici le thème de la construction dans ses sculptures cinétiques et même si le trio d'artistes est le même (Ghossoub, Sleiman, Azad), l'exposition de l'Unesco n'est pas une reproduction de « Beirut Out of War ». « Mai avait présenté des bouches d'égout transformées en faux plafond. Ara avait envoyé des toiles par mail. » Aujourd'hui, à Beyrouth, Ara réalise des peintures in situ et donne à voir une installation géante reproduisant une phrase de Ghossoub et ce sont les « Divas » de cette dernière qui retrouvent le chemin de la capitale libanaise, un chemin emprunté en 2001 où elles ont été exposées pour la première fois à Zico House ». Il s'agit de la série de sculptures en fer qu'elle a créée en hommage à 5... divas : Joséphine Baker, Oum Kalsoum, Billie Holiday, Janis Joplin et Édith Piaf.
Quant à Sleiman, il expose pour sa part ses « chantiers de construction », des sculptures cinétiques réalisées pour l'exposition « Continuum ». Des machines extraordinaires qui cliquent et qui claquent, déplacent le sable et tournent inlassablement.
Sleiman exprime ses idées à travers une certaine esthétique industrielle.
« Mon art n'est rien sans le public : mes machines n'ont pas de fonctions pratiques, elles produisent des pensées. Et mon but est de faire réfléchir. »
Il voudrait de la sorte apporter une vision prospective et non passéiste à l'art, qui devrait aider l'homme d'aujourd'hui à évoluer en prise directe avec « les véritables possibilités créatrices et libératrices de son époque ».
Tour de Babel en plastique
Ara Azad, artiste libanais vivant à Boston, a choisi une phrase tirée d'un des ouvrages de Ghossoub, « Me revoici aujourd'hui à Beyrouth », pour la reproduire à l'infini sur les quatre façades en plastique coloré d'une tour qui trône au milieu de la salle. « Tout Libanais revenant à son pays natal se retrouve dans cette phrase, note l'artiste. Et puis ce sont également les sculptures, les livres et les œuvres de Mai Ghossoub qui reviennent à Beyrouth aujourd'hui. »
La répétition des mots, notamment ce « Beyrouth » dessiné maintes fois en lettres arabes sur le plastique transparent, provoque comme un état de transe. Cette œuvre inspire également la nostalgie, la mémoire, les références. Comme le dit si bien Ara Azad : « On peut aller aux quatre coins du monde, mais on vient d'un seul endroit. »
Azad participe également à « Continuum » avec une série de dessins qu'il réalise in situ. Une performance chargée de sens, un rituel que l'artiste accomplit dans l'urgence et qu'il ne faudrait pas rater. Rendez-vous demain samedi, 21 février, à partir de 18h00.
La séance de clôture comprend également des lectures de poèmes et de morceaux littéraires de et par Abbas Baydoun, Rachid el-Daïf, Antoine Abou Zeid (en arabe) ; Antoine Boulad (en français), Roseanne Saad Khalaf (en anglais) et Michka Mourani (anglais et français). Ara Azad fera également une démonstration de dessins in situ, accompagné de Arek Dakessian à la contrebasse.
Côté musique, sont prévus des intermèdes par Ziad Sahab au oud, Ramzi Khattar aux percussions, Alina Dakessian (carillon éolien et bâton de pluie), Hratch Tokatlian présente une vidéo.
Une exposition collective et éphémère des œuvres de Gilbert Hage, Rita Saadé, Caroline Tabet, Rafik Majzoub, Walid Siti, Kiki Bokassa, Nadine Ghanem et Anna Ogden Smith. Sans oublier une danse performance de Capoeira Sobreviventes.
La militante intellectuelle Mai Ghossoub avait cette particularité d'englober toutes sortes de représentations artistiques. Et cet hommage, où peinture, sculpture, musique, poèmes et proses se mêlent en toute harmonie, lui ressemble bien finalement.


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