La visite effectuée par le sénateur démocrate US à Beyrouth s'inscrit dans le cadre d'une tournée régionale qui l'a conduit en Égypte et en Jordanie et qui englobera la Syrie, Israël et les territoires palestiniens.
Notre correspondant diplomatique au palais Bustros, Khalil Fleyhane, rapporte que les responsables libanais qui ont rencontré hier M. Kerry ont déduit de leurs entretiens que « la situation au Liban ne peut faire l'objet d'aucun compromis et les États-Unis appuient le Liban en tant que pays libre, indépendant et souverain, où il ne devrait y avoir d'autre autorité que la légalité politique et sécuritaire ». De même source, on indique que lors de ses discussions avec les dirigeants libanais, M. Kerry a souligné qu'il signifie par « autorité légale sécuritaire » le fait qu'il ne devrait y avoir dans le pays aucune force armée « autre que les forces régulières, comprenant l'armée, les Forces de sécurité intérieure et les autres organismes ». « Cela ne saurait être réalisé sans le désarmement du Hezbollah », estime M. Kerry qui souligne que « les autorités officielles (libanaises) ne sont pas en mesure de réaliser cet objectif », et de ce fait, il demandera l'aide du président syrien Bachar el-Assad lorsqu'il le rencontrera à Damas samedi prochain. Pour M. Berry, cette démarche auprès de Damas ne sera pas facile et nécessitera un long débat.
En ce qui concerne l'évolution des relations libano-syriennes, le sénateur US interrogera les dirigeants syriens sur la date de la nomination d'un ambassadeur syrien à Beyrouth, de même qu'il soulèvera le problème de la délimitation des frontières avec le Liban. Au plan régional, M. Kerry a souligné devant ses interlocuteurs libanais que la nouvelle administration US considère que l'initiative arabe de paix initiée par le roi d'Arabie saoudite constitue toujours une plate-forme valable pour tout dialogue en vue d'aboutir à une paix régionale. En soirée, dans une interview accordée à notre confrère Nadim Koteiche sur les ondes de la Future TV, le sénateur Kerry a déclaré que « le président Bachar el-Assad se trompe s'il considère que l'initiative arabe de paix est morte ».
L'appui au 14 Mars et l'importance des élections
C'est presque au pas de charge que M. Kerry a entrepris hier ses entretiens à Beyrouth. Il a ainsi été reçu vers midi au palais de Baabda par le président Sleiman en présence de l'ambassadrice américaine, Michelle Sison.
Au cours de l'entrevue, le chef de l'État a mis l'accent sur l'importance de la solidarité arabe, exhortant les États-Unis à faire pression sur Israël afin qu'il accepte l'initiative arabe de paix avalisée lors du sommet arabe de Beyrouth en 2002, d'autant, a souligné le président Sleiman, que cette initiative « constitue la dernière chance pour aboutir à la paix ».
À sa sortie du palais de Baabda, M. Kerry a fait une déclaration dans laquelle il a notamment « félicité le gouvernement et le peuple libanais pour leur engagement à organiser les élections en juin prochain », qualifiant ces élections « d'importantes ». « Nous maintenons notre engagement ferme et déterminé envers la souveraineté, l'indépendance et le processus démocratique au Liban », a déclaré M. Kerry, qui a ajouté sur ce plan : « Les discussions que nous avons en Syrie, en Égypte, en Arabie saoudite, en Jordanie ou dans d'autres pays concernant le processus de paix et le problème palestinien s'inscrivent dans le cadre des efforts visant à faire avancer les choses. Mais je suis en mesure d'affirmer que rien ne se fera au détriment de notre relation avec le Liban et de notre appui au gouvernement pluraliste et démocratique. Nous soutenons fermement cette option et nous apprécions à sa juste valeur le courage des leaders libanais qui ont défendu des principes et des valeurs. »
Et d'ajouter : « Nous prévoyons des changements syriens portant sur l'attitude à l'égard de l'Irak et du Liban. Nous voulons que la Syrie respecte l'indépendance du Liban et qu'elle aide au règlement des problèmes en rapport avec le Hezbollah et les Palestiniens et à l'application de la 1701. »
M. Kerry a ensuite tenu une réunion au Grand Sérail avec M. Siniora en présence de Mme Sison. Le Premier ministre devait offrir un déjeuner en l'honneur du sénateur US, à l'issue des entretiens.
M. Kerry a, par ailleurs, conféré avec Saad Hariri en présence du député Ghazi Youssef, de l'ancien député Ghattas Khoury, et de Nader Hariri et Hani Hammoud. À l'issue de la rencontre, M. Kerry a évoqué la mémoire de Rafic Hariri, rendant hommage au chef du Courant du futur. Affirmant que Washington suit de près la situation au Liban, le sénateur US a réitéré que « l'indépendance, la souveraineté et le processus démocratique au Liban sont très importants pour nous ». « Nous rendons hommage à toutes les forces du 14 Mars, car cette alliance a constitué un facteur important pour faire avancer les choses », a déclaré M. Kerry. Et le sénateur US de souligner : « Nous respectons le courage dont ont fait preuve le gouvernement du Liban et le Premier ministre Fouad Siniora qui a adopté des positions fermes et qui est un leader courageux qui a fait face aux difficultés. M. Siniora et le Liban suscitent le respect du monde pour le progrès réalisé et pour les options prises. Nous estimons que l'alliance des forces du 14 Mars représente le début du processus démocratique. D'où l'importance des prochaines élections législatives en juin, et nous sommes attachés au déroulement de ces élections ».
M. Kerry a, d'autre part, souligné que Washington ne se contentera plus de simples déclarations d'intention de la part de la Syrie, mais réclamera des actes concrets.
Avec les FL
Signalons, enfin, que le conseiller du sénateur US a conféré avec le responsable des relations extérieures des Forces libanaises, M. Élie Khoury, en présence de Mme Sison. Le responsable FL a émis l'espoir à cette occasion que les responsables US contribueront aux préparatifs pour assurer le succès du processus électoral.
Notons dans le cadre du rapprochement syro-US que lors d'une entrevue avec une délégation de sénateurs conduite par Benjamin Cardin, le président Assad a exprimé le souhait qu'un « dialogue sérieux » sera entamé entre son pays et les États-Unis. Il s'est réjoui à ce propos des démarches du président Barack Obama en faveur du dialogue.


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