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Économie - Liban - Finance

Quelle crise financière ? Quelles solutions ?

Les crises financières se manifestent de différentes manières : retrait massif d'argent des déposants, faillites, etc. Elles peuvent revêtir deux formes - crise de solvabilité ou de liquidité - qu'il convient de distinguer dans la mesure où les solutions à apporter pour régler chacune d'elles sont différentes. La solvabilité se juge en effet à la capacité d'une banque à répondre à ses échéances financières à moyen et long terme (fonds propres positifs) alors que la liquidité est fonction de la capacité des établissements à répondre aux échéances de court terme.
La perte de confiance des déposants et la méfiance réciproque entre banques créent des crises de liquidité qui peuvent s'autoentretenir. Si un déposant anticipe un risque de liquidité provoqué par un retrait massif des dépôts, il anticipera le mouvement et retirera immédiatement ses propres fonds. Il participera ainsi à l'amplification de la crise et prendra part à la création d'un mouvement de panique bancaire (comme par exemple le cas de la Northern Rock). Cette situation se caractérisera aussi par une thésaurisation improductive de billets dans des coffres-forts et autres matelas.
Pour faire face à ce type de situation, plusieurs solutions sont possibles. La première réponse est de ne pas abandonner une banque. Le cas de Lehman Brothers a sans aucun doute envoyé un signal négatif au marché. La deuxième réponse consiste en prêts de la Banque centrale et des garanties de sécurité des avoirs données aux créanciers. Il s'agit de résoudre le problème de liquidité. L'objectif est louable, mais cette forme d'action peut fausser le jeu de la concurrence internationale. Une régulation concertée est nécessaire. D'où les sommets qui se préparent sur ce sujet. La troisième solution est de régler la question de la solvabilité. Elle réside dans le rachat d'actifs par l'État, comme par exemple le plan Paulson, ou par une structure ad hoc de defeasance pour diminuer le nombre et la valeur de ceux-ci et dans la recapitalisation pour rétablir les fonds propres, comme par exemple le sauvetage des organismes de refinancement hypothécaire Freddi Mac et Fannie Mae. Mais, dans les deux cas, il s'agit de socialiser un risque privatif. Ainsi, il semble normal d'exiger des contreparties comme la limitation des rémunérations des dirigeants, la définition de règles de distribution des dividendes, etc.
À moyen et long terme d'autres solutions existent. La crise ne prendra vraiment fin que lorsque les investisseurs institutionnels auront à nouveau confiance dans les bilans des établissements financiers et leur capacité de solvabilité (ratio de couverture des actifs par des fonds propres) ainsi que dans l'activité hors bilan, notamment dans la sûreté des produits structurés et leur contrôle 1. Cette approche suppose une série d'actions. Ils convient de s'interroger sur les conditions de gouvernance interne et externe des trois grandes agences de notation. C'est actuellement un sujet de réflexion aux USA, au Royaume-Uni et en Europe. Il faut aussi mieux protéger les contrats, ce qui permettra une augmentation de l'offre de crédit et favorisera des prêts à plus long terme et à des taux plus faibles. Ce qui est logique. Mais la formalisation écrite des codes n'est pas la voie unique. Ainsi, l'on peut constater que les pays où la jurisprudence l'emporte (comme au Royaume-Uni) offrent une meilleure protection que les pays où règne une loi écrite (comme la France). La jurisprudence facilite une adaptation plus rapide aux réalités changeantes (comme par exemple le développement des « dark pools »).
Enfin, une diversification des risques. Un accroissement du nombre de créanciers permet de réduire le risque. Cette protection s'avère nécessaire, en particulier, pour favoriser l'implantation de banques étrangères qui, sans cette protection, peuvent voir leur risque plus élevé en raison des asymétries d'information.

Ghada A. Abou Jaoudé, mastère de spécialisation en finance à l'ESA, et le Dr Jean-Paul Louis Minquet, professeur de finance ESCP-EAP à Paris et à l'ESA Beyrouth.

1. Au Liban, les banques appliquent un ratio de solvabilité plus élevé que celui exigé par Bâle II et maintiennent une liquidité forte.

En coopération avec : ESA
Les crises financières se manifestent de différentes manières : retrait massif d'argent des déposants, faillites, etc. Elles peuvent revêtir deux formes - crise de solvabilité ou de liquidité - qu'il convient de distinguer dans la mesure où les solutions à apporter pour régler chacune d'elles sont différentes. La solvabilité se juge en effet à la capacité d'une banque à répondre à ses échéances financières à moyen et long terme (fonds propres positifs) alors que la liquidité est fonction de la capacité des établissements à répondre aux échéances de court terme.La perte de confiance des déposants et la méfiance réciproque...
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