Le directeur général du Fonds monétaire international Dominique Strauss-Kahn s’est alarmé hier de la lenteur à laquelle les gouvernements agissent contre la crise financière mondiale, en dépit des engagements forts trompetés il y a deux mois.
Lors du sommet des grands pays industrialisés et en développement du G20, à la mi-novembre, nous avions dit que « nous allions recapitaliser les banques, révéler leurs pertes, mettre en place des plans de relance », a-t-il rappelé lors d’une conférence à l’université de Georgetown à Washington.
« Très peu a été fait. Je ne dis pas que rien n’a été fait. Mais cela bouge très, très lentement », a-t-il regretté.
Cet avertissement devrait être rendu plus sévère encore par la publication demain des nouvelles « Perspectives économiques mondiales » du FMI et de son « Rapport sur la stabilité financière mondiale » réactualisé.
En novembre, le FMI tablait sur une croissance mondiale de 2,2 % en 2009, et sur une contraction de 0,3 % du produit intérieur brut des pays développés. La brutale révision, jeudi, du chiffre pour l’Allemagne (-2,5 % contre -0,8 % envisagés en novembre) laisse entrevoir le pessimisme des prévisions à venir.
Depuis le sommet de Washington, M. Strauss-Kahn a plaidé sans relâche pour des solutions coordonnées à la crise.
« Au FMI, nous avons l’expérience de 22 crises bancaires dans le monde. (...) Mais il y a une constante : tant que toutes les pertes n’ont pas été révélées (...), tant que toutes les banques n’ont pas été nettoyées, on ne peut pas trouver un chemin de sortie » à la crise, a-t-il expliqué.
« Ce qui a été bien géré, je pense, au niveau mondial est la question de la liquidité, avec la coordination mondiale entre les banques centrales », a poursuivi M. Strauss-Kahn.
« Concernant la restructuration du secteur financier et la politique de relance, cela a soulevé beaucoup de passion en faveur d’une coordination. Mais parfois, vous avez vu exactement le contraire », selon le dirigeant de l’institution multilatérale.
Il a estimé qu’un pays agissant pour protéger ses nationaux était « politiquement compréhensible, mais à l’évidence ne contribue pas à résoudre la crise ».
« Souvenez-vous de ce qui s’est passé avec les Irlandais il y a quelques mois (quand l’Irlande a décidé fin septembre de garantir sans limite les dépôts dans ses banques, NDLR) : ce type de politique est exactement le contraire de ce dont nous avons besoin. Donc il n’est pas exact de dire que la coopération et la coordination sont au mieux », a précisé M. Strauss-Kahn.
Concernant le Vieux Continent, M. Strauss-Kahn avait également déploré, dans un entretien avec la BBC mercredi, qu’« en Europe en particulier, on soit encore en retrait » dans la mise en place des plans de relance.
Les autres critiques de M. Strauss-Kahn sont allées à la Chine et aux États-Unis.
« Nous avons dit de manière répétée que le yuan était sous-évalué, et je pense qu’il n’y a pas de discussion au sein du FMI pour contester ce fait », a estimé le dirigeant du FMI, ajoutant que « ce qu’il faut, c’est que les Chinois changent leur politique et tentent d’avoir une croissance moins tirée par les exportations, pour se tourner vers une croissance plus tirée par la demande intérieure ».
« Il y a des déséquilibres immenses dans l’économie américaine aujourd’hui. Le très faible taux d’épargne aux États-Unis est quelque chose qui va au-delà de la crise. Et il faudra s’attaquer à ce problème à un moment ou à un autre », a enfin considéré M. Strauss-Kahn.
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Lors du sommet des grands pays industrialisés et en développement du G20, à la mi-novembre, nous avions dit que « nous allions recapitaliser les banques, révéler leurs pertes, mettre en place des plans de relance », a-t-il rappelé lors d’une conférence à l’université de Georgetown à Washington.
« Très peu a été fait. Je ne dis pas que rien n’a été fait. Mais cela bouge très, très lentement », a-t-il regretté.
Cet avertissement devrait être rendu plus sévère encore par la publication demain des nouvelles « Perspectives économiques mondiales » du FMI et...