Au menu de la deuxième rencontre de « L’Orient-Le Jour » pour la saison : « Le tourisme culturel, un nouvel humanisme ».
Tourisme et culture sont des mots qui vont si bien ensemble. Le voyage n’est-il pas par essence un vecteur d’enrichissement culturel? Ne dit-on pas qu’il forme la jeunesse? Qu’entend-on alors par tourisme culturel ? En quoi serait-il un nouvel humanisme ? Qu’en est-il du tourisme culturel au Liban et quelles en sont ses particularités ?
Ces interrogations, sans avoir été explicitement formulées, ont dominé la rencontre, qui s’est tenue jeudi soir sur le thème du « Tourisme culturel, un nouvel humanisme », dirigée par le Pr Antoine Courban, chirurgien, professeur d’histoire et philosophie des sciences médicales et chef du département de culture générale à l’USJ. Lequel a défini et situé historiquement les notions de culture humaniste et de tourisme culturel, avant de passer la parole, successivement, à Maud Khayat, membre et organisatrice des voyages des Amis du Musée de l’AUB; Liliane Buccianti-Barakat, responsable du département d’aménagement touristique et culturel de l’USJ, rédactrice en chef de la revue Géosphères de cette même université et cheville ouvrière de l’Atlas du Liban ; Michel Moufarrège, fondateur de Liban Treck, et Antonia Kanaan, guide touristique.
Partage des
connaissances
«La culture sert non pas à emmagasiner des connaissances qui peuvent faire l’objet de compétitions, mais à sculpter la nature humaine. (...) C’est-à-dire permettre à l’homme de “devenir plus humain”, selon l’expression consacrée par les penseurs de la Renaissance », a indiqué en introduction le Pr Courban.
Réfutant l’assimilation du «tourisme culturel à une agitation mondaine ou, pire, à une simple animation », il a indiqué que ce genre de voyage s’apparenterait plus aujourd’hui à ce que «Morris Berman appelle, dans Twilight of the American Culture, l’option monastique». Précisant que «l’option monastique contemporaine ne consiste pas à se réfugier dans un monastère, mais à ne pas se laisser absorber par la masse. Ce moine culturel contemporain est un homme qui décide seul de découvrir, de connaître, de donner toute la mesure de son talent», a soutenu le Pr Courban, avant d’affirmer qu’«aujourd’hui, avec la facilité des voyages et des communications, l’humanisme le plus authentique consiste à ce que ceux qui savent partagent le plaisir de leur connaissance avec d’autres avides d’apprendre ».
Accès privilégiés
C’est justement cet esprit de partage des connaissances qui prédomine dans les voyages organisés depuis plus d’une trentaine d’années par les Amis du Musée de l’AUB. Des déplacements culturels qui ont été entamés d’abord dans les pays de la région, avant de s’étendre à des destinations plus lointaines, comme le Yémen, la Chine, le Mexique ou encore le Vietnam, etc. Axés autour des visites guidées (le plus souvent par d’éminents archéologues, responsables des chantiers de fouilles), des sites archéologiques et historiques, la particularité de ces voyages, comme l’a expliqué Maud Khayat, est d’offrir, grâce aux relations du conservateur du Musée de l’AUB, le Dr Leyla Badr, le privilège d’explorer des lieux difficilement accessibles au grand public, comme le couvent de Sainte-Catherine dans le Sinaï, ou encore l’accès privé à une galerie d’un musée normalement interdite au public et qui sera spécialement ouverte pour le groupe...?Mais le tourisme culturel des Amis du Musée de l’AUB n’est pas exclusivement tourné vers l’étranger. «Notre territoire national n’a pas été oublié», signale encore Maud Khayat, rappellant que le comité du Musée de l’AUB organise également des sorties qui explorent des sites locaux (des temples dans la Békaa, d’anciennes demeures à Douma ou à Amchit, etc.) et des circuits sur les traces de la faune et de la flore libanaises.
« Voyages intelligents »
Ce concept de « voyages intelligents» est régulièrement proposé par Liliane Barakat aux étudiants de l’USJ, durant les vacances pascales. Et cela depuis 1992. Des destinations de proximités (la Jordanie, la Turquie, Le Caire et la remontée du Nil, la Syrie et, en particulier, Lattaquié, Elba, Palmyre et Damas) «afin de les familiariser avec les cultures des pays arabes environnants », puis, pour répondre à leurs attentes, des destinations européennes comme la Hongrie, Prague, Vienne, Rome et la Toscane?
En raison de la crise économique, le coût de ces voyages étant devenu trop élevé pour nombre d’étudiants, et à la demande du Pr Sélim Catafago, président de la Fédération des anciens de l’USJ, elle se trouve obligée de se tourner – avec des destinations plus inhabituelles, notamment «des lieux qui résistent encore à la mondialisation, comme le Yémen ou le Sri Lanka» – vers une nouvelle «clientèle»: les anciens de l’USJ. Des adultes auxquels il faut coller au plus près des attentes : celles, notamment, d’avoir le sentiment qu’en se faisant plaisir, le voyageur contribue au développement local et pratique du tourisme solidaire.
Randonnées humanistes
En définissant le tourisme culturel dans son sens humaniste de « partage des connaissances », les randonnées, organisées par Michel Mouffarège, fondateur du Club des vieux sentiers et de Liban Trek, prennent tous leurs sens. Car ces voyages à travers les sentiers du Liban, mais aussi de la région, en Turquie par exemple, dans le désert du Sinaï ou encore en suivant la trajectoire des éclipses solaires, apportent, outre une activité pédestre, leurs lots de connaissances écologiques et scientifiques, mais participent aussi de l’écotourisme et du développement durable (nuitée chez l’habitant)...
«Malheureusement, relève Mouffarège, les Libanais ne sont pas encore très portés sur ce genre de voyages qui sont par contre très prisés des étrangers. »
Le guide conférencier
Discuter de tourisme culturel sans évoquer l’un de ses maillons essentiels, le guide touristique, est impensable. Un témoignage apporté par Antonia Kanaan, Bulgare mariée à un Libanais, qui a embrassée cette profession «par amour du pays », a résumé les attentes culturelles des touristes et les qualités requises pour un bon guide.
Les touristes qui ont recours à un guide cherchent, non seulement à mieux appréhender les lieux et sites qu’ils visitent, mais veulent aussi enrichir leurs connaissances générales sur le pays, s’intéressent à la manière d’y vivre au quotidien, à la guerre qui s’y est déroulée, à la situation sociale et politique, aux diverses religions, notamment dans le cas des groupes de pèlerinage, a indiqué, en substance, Kanaan. Elle a, par conséquent, énuméré les capacités requises d’un guide conférencier. À savoir, outre la connaissance des langues, de l’histoire et de l’archéologie, des notions de santé et de premiers soins, un sens de l’initiative, des relations humaines et de l’animation !
Des chiffres surprenants
À l’issue de ces diverses interventions, prenant la parole à son tour, Nada Sardouk, directrice générale du ministère du Tourisme, a révélé que «les sentiers de la foi seront lancés au Liban cette année», signalant avec à-propos que «le tourisme culturel est aussi dans la découverte de l’autre, qu’il ne s’attache pas uniquement à la pierre et à l’histoire, mais vise également la rencontre de l’humain».
Toujours est-il que pour promouvoir et développer le tourisme culturel au Liban, qu’il soit historique, religieux, écologique ou lié à des festivals et événements, il faut consentir encore davantage d’efforts, notamment dans la diffusion d’informations, en matière d’édition de brochures, de mise en place de signalétiques, d’ouverture de tous les musées – et non seulement le Musée national – les dimanches.?Car si, comme l’a indiqué Nada Sardouk, « le tourisme contribue à hauteur de 70% dans l’économie libanaise, avec l’arrivée, cette année, d’un million et demi de visiteurs dans un pays de 4 millions d’habitants », une plus grande prise en charge par l’État du tourisme culturel (qui n’est au Liban que le fruit d’initiatives privées) pourrait augmenter « qualitativement » cet apport financier.
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Tourisme et culture sont des mots qui vont si bien ensemble. Le voyage n’est-il pas par essence un vecteur d’enrichissement culturel? Ne dit-on pas qu’il forme la jeunesse? Qu’entend-on alors par tourisme culturel ? En quoi serait-il un nouvel humanisme ? Qu’en est-il du tourisme culturel au Liban et quelles en sont ses particularités ?
Ces interrogations, sans avoir été explicitement formulées, ont dominé la rencontre, qui s’est tenue jeudi soir sur le thème du « Tourisme culturel, un nouvel humanisme », dirigée par le Pr Antoine Courban, chirurgien, professeur d’histoire et philosophie des sciences médicales et chef du département de culture générale à l’USJ. Lequel a défini...