d’Émile Khoury
Des participants à la prochaine séance du dialogue national, prévue lundi 26 janvier au palais présidentiel à Baabda, ont d’ores et déjà l’intention de susciter la question du démantèlement des armes palestiniennes hors des camps, à la suite des tirs de roquettes à deux reprises sur le territoire israélien à partir du Liban-Sud lors de la guerre de Gaza.
Ces tirs auraient pu, en effet, rallumer le front du sud et exposer le Liban à de nouvelles destructions dont il n’est plus en état d’en supporter les conséquences, notamment dans les conditions économiques et sociales actuelles.
Aux yeux de ces participants au dialogue, tout comme la Syrie a accepté de mettre en œuvre la décision d’établir des relations diplomatiques avec le Liban, le gouvernement libanais devrait aussi demander à Damas d’aider à appliquer la résolution adoptée également à l’unanimité lors de la conférence de dialogue de 2006, à savoir le démantèlement des armes palestiniennes hors des camps, c’est-à-dire en clair les bases des organisations palestiniennes prosyriennes, telles que le FPLP-CG d’Ahmad Jibril.
Bien entendu, il semble que ni la Syrie ni l’Iran ne soient prêts pour le moment à favoriser un tel démantèlement, car ces armes constituent pour ces deux États une carte de pression non négligeable dont ils peuvent disposer à leur gré et au moment voulu face à Israël, aux États arabes modérés, aux États-Unis et, naturellement, face à l’État libanais lorsque ce dernier s’avise de prendre ses distances vis-à-vis de l’axe syro-iranien.
Or cela vient justement de se produire avec la position prise par le président de la République, Michel Sleiman, lors de la réunion de Doha, lorsqu’il a pris le contre-pied de la proposition de son homologue syrien, Bachar el-Assad, d’enterrer l’initiative arabe de paix.
C’est la première prise de position exprimant une volonté libanaise libre et indépendante tenant compte de l’intérêt du Liban avant tout autre intérêt.
Il est clair que cette position du président Sleiman a irrité la Syrie qui s’était accoutumée à voir le Liban s’aligner sans réserve sur ses positions, même lorsque celles-ci contrecarraient l’intérêt libanais, de crainte d’une destabilisation.
Ainsi, comme des pressions ont été exercées par le biais des manifestations pour amener le chef de l’État à se rendre à la réunion de Doha, rien n’empêcherait que les armes palestiniennes hors des camps soient remises en service afin de faire pression sur le pouvoir libanais et de l’inciter à ne pas trop s’habituer à des prises de position éloignées de l’axe syro-iranien, du type de celle de Doha. On sait d’ailleurs que la Syrie réclame toujours du Liban une « coordination » en matière de politique étrangère, ce qui, dans le vocabulaire syrien, signifie alignement du Liban sur les positions syriennes.
On se rappelle qu’à l’époque où la question du démantèlement des armes palestiniennes hors des camps a été suscitée en force au Liban, Damas avait dépêché à Beyrouth le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Mechaal, pour avertir les Libanais que le sort des armes hors des camps était lié à l’armement à l’intérieur des camps et qu’il n’était pas question de les dissocier.
Plus globalement, on a pu constater ces derniers jours, dans les milieux officiels et politiques du pays qu’un certain nombre de médias exprimant généralement le point de vue de la Syrie et de l’Iran ont montré une dose de scepticisme à la suite des réconciliations interarabes du sommet de Koweït, en début de semaine.
Ces médias ont estimé que ces réconciliations ne reposaient pas sur des fondements solides.
Cela signifie, estime-t-on dans les mêmes milieux, que l’axe syro-iranien n’est pas prêt d’entériner dans les faits ces réconciliations tant qu’il n’y aura pas d’accord interarabe sur les questions essentielles, à savoir le droit de la résistance à agir librement ou non, le processus de paix, les relations avec l’Autorité palestinienne et le dossier du nucléaire iranien.
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