Les marchés européens ont clôturé sur une note indécise hier, alors que Wall Street limitait ses gains après sa chute de la veille en raison des incertitudes persistantes sur le système bancaire et l’état de l’économie mondiale, alors que la Grande-Bretagne est sur le point d’annoncer son entrée en récession.
Les marchés souffrent toujours de l’ampleur de la crise économique mondiale : témoin, le PIB de l’Allemagne, première économie européenne, devrait reculer de 2,25 % cette année, selon les prévisions du gouvernement. En 2008, le PIB avait encore progressé de 1,3 %.
« L’économie allemande se trouve confrontée à son plus grand défi depuis la réunification », estime le gouvernement.
De leur côté, les finances publiques britanniques se sont fortement dégradées en décembre, avec un déficit de 44,2 milliards de livres (48 milliards d’euros) dû notamment à l’entrée du gouvernement au capital de la banque RBS, selon les données communiquées par l’Office des statistiques nationales (ONS).
Ce déficit dépasse de très loin les 17,8 milliards de livres prévus par les économistes, selon une compilation réalisée par la banque Calyon.
Le trou a notamment été agrandi par l’entrée de l’État au capital de Royal Bank of Scotland, dans laquelle il s’est engagé à mettre 25 milliards de livres.
Les statistiques confirmeront demain l’entrée en récession du Royaume-Uni fin 2008, alors que la santé des banques du pays inquiète fortement, et que les entreprises licencient les employés par centaines.
Le taux de chômage britannique au sens du Bureau international du travail est monté à 6,1 % sur les trois mois achevés en novembre, un sommet depuis 1999, après 6,0 % sur les trois mois achevés en octobre.
Le ministre des Finances Alistair Darling a prévenu lundi que les chiffres de croissance du quatrième trimestre montreront l’entrée en récession du pays, après déjà une contraction du produit intérieur brut (PIB) de 0,6 % au troisième trimestre.
Les économistes s’attendent en moyenne à un recul de 1,3 % au quatrième trimestre, selon une compilation réalisée par la banque Calyon, et à une contraction de près de 3 % sur 2009, ce qui en ferait la pire année depuis 1946, et la première récession dans le pays depuis 1991.
Dans la zone euro voisine, la Commission européenne envisage une contraction plus faible de 1,9 % en 2009. Le Royaume-Uni, qui avait la plus belle croissance des grands pays industrialisés européens ces dernières années, va donc se trouver à leur traîne, en grande partie pour la même raison qui avait fait son succès dans les années fastes : le secteur financier.
Aujourd’hui, prises dans la crise engendrée par les excès du crédit, de nombreuses entreprises s’effondrent et licencient.
L’institut économique Item d’Ernst & Young estime que dorénavant tout reposera sur les efforts du gouvernement et de la Banque d’Angleterre (BoE) pour faire repartir la machine, ce qui n’aboutira au mieux selon lui qu’à « une décennie de rééquilibrage » au lieu « d’une décennie de déflation ».
Le gouvernement a présenté lundi son second plan de sauvetage des banques en trois mois, visant à assurer les banques contre les pertes liées à leurs crédits. La BoE, qui n’est plus loin du taux zéro pratiqué désormais aux États-Unis, avec un taux directeur de 1,50 %, se tient prête à des achats d’actifs variés, pour créer de fait de la monnaie, empêcher une déflation lancinante et « graisser les rouages », comme l’a dit mardi le gouverneur Mervyn King.
Celui-ci, réticent au tout début de la crise à pomper de l’argent dans les banques, comme le faisaient la Banque centrale européenne et la Fed américaine, car il estimait que c’était laisser impunis les comportements irresponsables des banquiers, a bien dû s’y mettre.
Mais il insistait encore mardi sur le fait que les mesures annoncées par le gouvernement « n’étaient pas conçues pour protéger les banques, mais pour protéger des banques l’économie ».
Une seule consolation : la crise est telle que la livre s’est effondrée récemment, passant en quelques mois de 1,50 euro et 2,10 dollar à la quasi-parité avec l’euro et à moins de 1,40 dollar. C’est ainsi du commerce extérieur que pourrait repartir l’économie, mais pas avant 2010 selon les analystes.
Dans ce contexte, les marchés doutent du succès du nouveau plan de sauvetage bancaire britannique.
« Le coût du nouveau plan de sauvetage (des banques) entraîne les investisseurs à parier que la Grande-Bretagne perdra sa note maximale “AAA” », a estimé le stratégiste de NAB Capital, John Kyriakopoulos.
Elle serait alors dans la même situation que l’Espagne, à laquelle l’agence Standard and Poor’s a ôté sa note « AAA » lundi. S&P, qui a aussi dégradé la Grèce, passe actuellement en revue les notes du Portugal et de l’Irlande.
En France, pour autant, le gouverneur de la Banque centrale (BdF), M. Christian Noyer, a estimé que les banques restent « globalement rentables » et que la nouvelle tranche de recapitalisation que vient d’annoncer le gouvernement est plutôt destinée à empêcher d’éventuels problèmes.
« Nos banques sont saines et solides et affichent toujours des ratios de solvabilité élevés, au-dessus des seuils prudentiels minimums », a commenté M. Noyer dans un discours prononcé dans le cadre d’une conférence Paris-Europlace aux Émirats arabes unis.
Par ailleurs, le président de la Banque centrale européenne (BCE) Jean-Claude Trichet, s’est voulu plutôt rassurant sur la zone euro qui, selon lui, n’est pas menacée de déflation, à savoir d’une baisse généralisée des prix préjudiciable à l’économie.
« Nous n’avons actuellement aucun risque de déflation. Nous sommes témoins d’une désinflation liée à la forte chute des prix des matières premières. C’est une évolution favorable », a-t-il déclaré lors de son audition régulière devant la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement européen.
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Les marchés souffrent toujours de l’ampleur de la crise économique mondiale : témoin, le PIB de l’Allemagne, première économie européenne, devrait reculer de 2,25 % cette année, selon les prévisions du gouvernement. En 2008, le PIB avait encore progressé de 1,3 %.
« L’économie allemande se trouve confrontée à son plus grand défi depuis la réunification », estime le gouvernement.
De leur côté, les finances publiques britanniques se sont fortement dégradées en décembre, avec un...