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Agriculture L’élevage d’autruches peine à redécoller après la guerre de juillet 2006 Mahmoud HARB

Faute de financement et en l’absence de dédommagement, cette activité « à rentabilité élevée » n’arrive pas à retrouver son niveau de production d’avant 2006. Rares sont ceux qui savent que des élevages d’autruches existent au Liban. Or cette activité, très lucrative au dire de ses professionnels, est pratiquée dans plusieurs fermes dans le sud du pays, selon le représentant de l’Association des agriculteurs dans cette région, Ramez Osseirane. Cette concentration dans le Sud n’a pas été une aubaine pour ce secteur. En effet, tout comme plusieurs activités économiques de cette région, l’élevage d’autruches a été ravagé par la guerre de juillet et peine toujours à s’en remettre. « Middle-East Ostrich », ferme d’élevage située à Maaroube, dans le Liban-Sud, a perdu les trois quarts de sa population d’autruches, du fait de la guerre de juillet, indique son propriétaire, Mohammad Yassine. L’entreprise que Ramez Osseirane qualifie de « plus grande de son type au Liban » a également vu sa production annuelle d’oiseaux chuter de 85 %, au lendemain de l’été 2006. « Nos dommages se chiffrent à plus de 3 millions de dollars, sans compter le manque à gagner, souligne Mohammad Yassine. Nous avions quelque 1 200 mères pondeuses. Nous avons été incapables d’accéder à nos locaux pendant toute la durée de la guerre. Beaucoup sont mortes de faim. Les bombardements, les bombes à sous-munitions ainsi que la pollution du sol et de la flore provoquée par les missiles chargés au phosphore en ont fauché de nombreuses autres. Je n’en possède plus que 300. Notre production annuelle se limite désormais à 1 500 autruches, contre 10 000 avant la guerre de juillet. » La ferme n’arrive pas à retrouver son niveau de production d’avant 2006 car elle « manque de liquidités pour financer de nouveaux investissements ». Le cycle d’exploitation d’un élevage d’autruches est en effet de l’ordre de 1 an, ce qui réduit la capacité d’autofinancement de l’entreprise. « Sans ressources extérieures, il est impossible de développer nos capacités de production », souligne Mohammad Yassine. Selon lui, chaque mère pondeuse produit 60 œufs par an. Certaines sont vendues 15 dollars pièce pour être mangées ou 50 dollars par unité, si elles contiennent un oisillon. D’autres sont conservées par la ferme jusqu’à l’éclosion. Au bout d’un an, l’autruche pèse 100 kilogrammes et peut être envoyée à l’abattoir. Plusieurs produits en sont dérivés : la viande, vendue 25 000 LL le kilogramme, la peau, vendue entre 100 et 300 dollars, les plumes dont le prix peut atteindre les 300 dollars par kilogramme et les matières grasses transformées en « huile », facturée 15 dollars le flacon. « Nos charges s’élèvent à 350 000 dollars par an, précise l’éleveur. Nous devons engager ces dépenses tout au long du cycle d’exploitation avant de pouvoir commencer à tirer des recettes un an plus tard. Comment investir dans ce cas ? Je n’ai pu atteindre une capacité de production décente qu’au bout de 13 ans de travail et avec l’aide d’un prêt “Kafalat”. Personne ne nous a dédommagés de nos pertes et nous ne sommes pas en mesure d’emprunter pour investir. » L’agriculteur estime que l’État « a tort » de ne pas soutenir les élevages d’autruches, « activité très rentable et génératrice de produits compétitifs à l’export ». D’après lui, le ratio de transformation des fourrages en viande est de 1/2 pour une autruche contre 1/8 pour une vache. C’est-à-dire que l’autruche grossit de 1 kilogramme pour chaque 2 kilogrammes de fourrage qu’elle absorbe, alors qu’un bovin en demande 8. « L’élevage d’autruches est donc bien plus rentable que celui des vaches, sachant que cet oiseau est utilisé pour fabriquer de nombreux produits dérivés pour lesquels la demande est très forte au niveau de l’industrie locale et étrangère », souligne-t-il. Selon l’agriculteur, tout volume de production peut être facilement écoulé, quitte à avoir des capacités de production suffisantes pour satisfaire les besoins des clients étrangers. « Avant 2006, j’exportais beaucoup vers le Golfe. Actuellement, je ne produis plus assez pour exporter et toute ma production est écoulée sur le marché local, sachant que je ne possède qu’un seul magasin à Hadath, conclut-il. L’élevage d’autruches peut être un moyen d’éradiquer la misère en milieu rural. Quitte à ce que l’État développe les investissements dans ce secteur. »
Faute de financement et en l’absence de dédommagement, cette activité « à rentabilité élevée » n’arrive pas à retrouver son niveau de production d’avant 2006.
Rares sont ceux qui savent que des élevages d’autruches existent au Liban. Or cette activité, très lucrative au dire de ses professionnels, est pratiquée dans plusieurs fermes dans le sud du pays, selon le représentant de l’Association des agriculteurs dans cette région, Ramez Osseirane. Cette concentration dans le Sud n’a pas été une aubaine pour ce secteur. En effet, tout comme plusieurs activités économiques de cette région, l’élevage d’autruches a été ravagé par la guerre de juillet et peine toujours à s’en remettre.
« Middle-East Ostrich », ferme d’élevage située à Maaroube, dans le Liban-Sud, a perdu les trois quarts de...