L’ampleur du génocide du peuple palestinien commis par Israël à Gaza, au vu et au su de la planète entière, amène inéluctablement à s’interroger sur la nature et les règles régissant les rapports politiques entre les pays proche-orientaux et cette puissance mondiale à la fois montante et établie qu’est l’Union européenne. Entre ces deux mondes quelque peu rapprochés par la géographie méditerranéenne et fatalement unis par la globalisation, mais séparés par un abysse de civilisations et de cultures, par deux perceptions différentes du temps, de l’histoire et de l’homme.
Si, au-delà de toute conception caricaturale des rapports internationaux, l’appui inconditionnel des États-Unis à Israël n’étonne quasiment plus de ce côté de la Méditerranée, la tiédeur officielle de l’UE face à l’horreur des massacres perpétrés par l’État hébreu à Gaza ne laisse pas indifférent un observateur acquis aux valeurs de la modernité et de la culture européenne. Dans ses réactions aux récents évènements, l’Europe a en effet souvent mis sur un pied d’égalité les roquettes dérisoires des Palestiniens et les bombes au phosphore blanc lancées par Israël contre un territoire surpeuplé, les erreurs du Hamas et les crimes de l’État hébreu, les souffrances infligées à une population civile sur sa propre terre et les tribulations de la force colonisatrice, aveugle et obstinée. Ce qui ne manquerait pas de réveiller un sentiment d’humiliation, d’offense et de rancune dans la rue arabe.
L’on ne sait que trop que l’Europe reste hantée par les images inqualifiables de l’Holocauste, par cette barbarie folle et déchaînée qui a raflé des millions de juifs, du fait de leur simple identité religieuse. Et que, faute de pouvoir rendre la vie aux victimes du génocide nazi, le Vieux Continent tente de se rattraper en faisant preuve de complaisance à l’égard d’Israël. Il reste qu’une Shoah n’en justifie pas une autre ; que la paix constitue la meilleure réparation faite aux civils massacrés en temps de guerre ; que tout génocide passé sous silence ne fait qu’ouvrir une voie sournoise à une autre extermination de plus grande envergure.
La mondialisation effrénée qui a laissé de nombreux laissés-pour-compte – dont les Arabes – a entraîné dans son sillage une globalisation du crime politique. Les attentats terroristes du 11 septembre et l’exacerbation des tensions entre les communautés juives et musulmanes en Europe sur fond des évènements à Gaza montrent que le conflit israélo-palestinien peut frapper de plein fouet l’Occident sur son propre territoire et de la plus odieuse des façons. Ni la distribution d’armes et de réacteurs nucléaires à tour de bras, ni les dérives sécuritaires contre les touristes et les émigrés, ni le soutien aux dictatures arabes et encore moins les relations d’amitié avec des tristes personnages, tels que Benjamin Netanyahu dont ne cesse de se vanter un chef d’État européen, ne pourront protéger l’UE face aux retombées néfastes de la guerre entre Israéliens et Palestiniens.
L’élaboration d’une vision juste et équilibrée du conflit proche-orientale s’impose aujourd’hui pour permettre à l’Europe de réoccuper la place qui devrait être la sienne dans la région, tout en se défendant face à la barbarie des uns et des autres. De rejouer un rôle que les Arabes, et surtout les Libanais, appellent de leurs vœux pour catalyser la modernité dans la région et favoriser la montée de forces politiques modérées face à l’essor de l’obscurantisme.
Toujours est-il que les Arabes assument une lourde responsabilité dans ce domaine, du fait de leur incapacité à présenter décemment leurs causes, leurs malheurs et leurs aspirations au public européen. Scander des slogans antisémites en plein cœur de Paris ou de Londres, invectiver l’Occident à chaque occasion, multiplier les actes de violence, les attentats-suicide, les violations des droits de l’homme, accepter la dictature et la répression des libertés, s’allier avec les mollahs iraniens, imposer des interlocuteurs à l’Europe tels que Khaled Mechaal ou sa version libanaise, mêler religion et politique, dénigrer les acquis de la modernité, s’enfermer dans la culture de l’isolation ou préférer le langage des armes au dialogue ne font que déformer les causes justes que sont celles de la Palestine, du Liban, de l’Irak ou d’ailleurs. L’on verrait alors mal pourquoi l’Europe prodiguerait son appui à ceux qui rejettent volontairement ses valeurs, son système, son progrès.
Le monde arabe doit donc réaliser d’urgence qu’un livre d’Édouard Saïd, qu’un discours de Yasser Arafat à l’ONU, qu’un poème de Mahmoud Darwiche, qu’un article de Samir Kassir, qu’un roman de Ghassan Kanafani, que le dynamisme d’un Georges Haoui servent ses intérêts bien plus qu’un attentat-suicide à Tel-Aviv, qu’une explosion à Bagdad ou qu’un tir de roquettes Qassam, Raad ou Zelzal bénis par les ayatollahs d’Iran. Ironiquement, tous ces hommes ne sont plus. Et la rareté de leurs dignes successeurs fait que nos causes sont aujourd’hui privées de visas d’entrée en Europe. Faute d’ambassadeurs appropriés.
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Si, au-delà de toute conception caricaturale des rapports internationaux, l’appui inconditionnel des États-Unis à Israël n’étonne quasiment plus de ce côté de la Méditerranée, la tiédeur officielle de l’UE face à...