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Actualités - Opinion

Migrations et transports publics G. SÉROF

Souraya habite aujourd’hui la banlieue de montagne appelée Broummana. Elle a passé avec ses amis un agréable réveillon 2015. Son déplacement vers cette localité s’est fait en 2008 lorsque sa maison familiale de Beyrouth fut rachetée par des promoteurs. Ses parents ont mal vécu cette inutile migration. Le père de Souraya lui avait donné ce prénom en hommage au combat qu’avait livré un pays voisin appelé par certains « pays sœeur » contre les visées impérialistes sur le Proche-Orient d’un pays plus lointain appelé par d’autres « mère câline ». Maintenant que les relations diplomatiques avec le premier nommé sont établies, Souraya accepte mieux son prénom. Le Liban de son côté a eu le temps de se moderniser. Il a compris l’urgence de mettre fin à la dégradation de l’environnement, conséquence de la priorité donnée par les dirigeants de notre pays à l’utilisation de la voiture particulière au détriment du transport collectif. Quand elle habitait Beyrouth, Souraya profitait de tout ce qu’offrait la ville : voisins, amis, services, etc. N’utilisant plus sa voiture que les dimanches et les jours de fête à cause des embouteillages, elle dépérissait dans sa montagne, ne voyait plus personne. Son sourire n’était plus aussi lumineux et cela ne lui plaisait pas du tout. Elle avait donc décidé de revoir son dentiste de Beyrouth pour qu’il s’en occupe. Il n’y a pas longtemps encore, c’était son fils Fayçal qui la prenait en ville, dans son énorme 4x4. Il n’arrêtait pas de pester contre les bouchons de la circulation qui lui faisaient perdre la journée entière. Les taxes qu’imposait l’État aux grosses cylindrées et l’interdiction qui leur était faite de ne circuler dans Beyrouth que trois jours sur sept ont fini par le convaincre de le remplacer par une voiture indienne fonctionnant aux piles rechargeables. Silencieuse, suffisamment puissante pour affronter les routes de montagne, c’était une berline compacte, et donc démocratique. Mais la mentalité de Fayçal n’avait pas évolué au point d’apprécier cette qualité. Cependant, en conduisant sa nouvelle voiture, il contribuait au succès d’une résolution des Nations unies qui exigeait de tous les pays d’appliquer une politique de décroissance, seule en mesure de rééquilibrer sur terre la production et la consommation en même temps que réduire l’émission des gaz à effet de serre. Contrairement à toute prévision, l’Amérique était redevenue le pays d’avant-garde du modernisme. Après la dérive des grosses voitures particulières, très prisées hélas, mais exagérément puissantes et gourmandes d’essence, General Motors, seul survivant du naufrage de Detroit, s’était reconverti au transport collectif. Toute la panoplie nécessaire à la réalisation de ce but fut mise en place : exécution des infrastructures spécifiques et fabrication du matériel roulant, des véhicules, des moteurs des systèmes de guidage, etc. Le nouveau président US a bien compris que l’enjeu cette fois était le sauvetage de la planète. À son tour il dit : « I have a dream » et se consacra à relever le défi de l’environnement. Sa promesse de lancer chez lui une campagne de construction d’autoroutes s’avéra n’être qu’un slogan électoral. Aujourd’hui, Souraya utilise les transports publics. C’est un système coordonné qui fait intervenir tout un ensemble de moyens susceptibles de satisfaire le besoin de déplacement des personnes. Comme par hasard, des réformes concernant l’urbanisme et l’environnement se réalisèrent au cours de son installation, On peut citer l’émergence de nouveaux pôles dans les secteurs de banlieue, une centralité retrouvée de Beyrouth, la réduction de la pollution et des nuisances de toutes sortes et surtout la diminution du gaspillage de l’espace. En 2008, élargir les routes était encore la solution privilégiée pour résoudre les problèmes de circulation, alors que l’on savait déjà en 1995, qu’une voie ferrée (12m d’emprise) peut notamment transporter à l’heure de pointe autant de passagers que 5 autoroutes à 2x3voies (135m d’emprise) (*) .Ce n’est qu’en 2009 que l’on en tint compte et que l’on a vu les chaussées asphaltées se convertir en espaces verts . Pour aller chez son dentiste, Souraya se rend à pied jusqu’à la station de bus Grand Hills Hotel située à quelques mètres de sa maison. Elle s’installe dans un compact bus très adapté aux routes de la montagne. Celui-ci s’engage sur une voie qui lui est réservée lui permettant de rouler sans ralentissement aucun. Après quelques arrêts, le bus arrive à Sin el-Fil où se trouve une station du métro desservant la région métropolitaine de Beyrouth. Souraya le prend et quelques minutes plus tard en sort à la station Banque centrale à Hamra. Après sa visite chez son dentiste, elle retrouve ses anciennes amies dans un café du quartier, comme au bon vieux temps. Ce sont Salwa, directrice de banque à Jounieh, qui est arrivée par train jusqu’à la station Saint-Michel pour prendre ensuite le métro, et Siham, prof de philo, qui habite Hadeth, laquelle, après un court trajet en bus, a pris le métro aussi, mais à la station Cité universitaire. Pendant leurs voyages, les trois amies ont apprécié la rapidité, la régularité, la propreté et la sécurité des nouveaux modes de transport que l’État a mis à leur disposition. Elles en sont devenues les irréductibles défenseurs. * CDR. Plan de transport du Grand Beyrouth. Plan à long terme (2015). Rapport n° 12, juin 1995 Article paru le vendredi 9 janvier 2009
Souraya habite aujourd’hui la banlieue de montagne appelée Broummana. Elle a passé avec ses amis un agréable réveillon 2015. Son déplacement vers cette localité s’est fait en 2008 lorsque sa maison familiale de Beyrouth fut rachetée par des promoteurs. Ses parents ont mal vécu cette inutile migration. Le père de Souraya lui avait donné ce prénom en hommage au combat qu’avait livré un pays voisin appelé par certains « pays sœeur » contre les visées impérialistes sur le Proche-Orient d’un pays plus lointain appelé par d’autres « mère câline ». Maintenant que les relations diplomatiques avec le premier nommé sont établies, Souraya accepte mieux son prénom. Le Liban de son côté a eu le temps de se moderniser. Il a compris l’urgence de mettre fin à la dégradation de l’environnement, conséquence...