Même si la cause palestinienne a été par trop galvaudée par les discours populistes et les fréquentes et criminelles erreurs de ses acteurs et de ses partisans ;
Même si nos partenaires palestiniens – convergence d’intérêts oblige – ne sont pas toujours ceux que nous voulons ;
Même si l’échec lamentable des paradigmes nationalistes a rendu quelque peu ringarde l’histoire de ce peuple spolié de ses droits les plus élémentaires ;
Même si la montée en puissance de l’islamisme obscurantiste et vindicatif est rébarbative pour tout citoyen qui se réclame des Lumières et aspire à une démocratie digne du XXIe siècle ;
Même si le refus obstiné des Arabes de reconnaître leurs défaites passées leur rend pratiquement impossible toute victoire future ;
Même si le premier ennemi des Arabes est à chercher en eux-mêmes, dans leurs propres rangs, au sein de leurs sociétés déconstruites et désarticulées, derrière les paravents de leurs cultures déchues ;
Même si le poids de six décennies de défaites continues peut écraser inexorablement toute velléité d’espoir d’un quelconque réveil ;
Même si la fossilisation des autocraties arabes est apte à décourager les plus fervents partisans d’une nouvelle nahda ;
Même si les Libanais tremblent pour eux-mêmes et que nombre d’entre eux n’aspirent qu’à voir l’actuelle agression israélienne prendre fin au plus vite, de crainte d’en devoir payer le prix, comme d’habitude ;
Rien, absolument rien ne justifie le massacre génocidaire, industriel, délibéré – à grands crimes, grands épithètes – commis par Israël dans la misérable bande de Gaza.
Toutes les explications sont vaines face à l’ampleur de la boucherie. Aucun prétexte ne peut la rendre moins intolérable. Ni les dérisoires roquettes du Hamas qui relèvent des feux d’artifice bien plus que de la balistique moderne. Ni les invérifiables allégations selon lesquelles les combattants du Hamas trouveraient refuge dans les rangs de la population civile ou placeraient leurs lance-roquettes à proximité des centres de réfugiés sur leur propre terre. Et encore moins le coup d’État du Hamas dans la bande de Gaza.
Il est d’ailleurs inadmissible d’arguer du 7 mai palestinien qui a précédé celui du Liban pour lésiner sur la condamnation du massacre. Les onéreuses erreurs d’analyse commises par certaines forces libanaises en juillet 2006 ne sont plus à répéter.
Nonobstant tout parallélisme avec la situation locale qui peut être dérangeant pour d’aucuns quoique non moins véridique, force est de reconnaître que quelque peu sympathiques et compétents qu’ils soient, quelque déplorables et contestables que soient leurs choix et leur doctrine, les militants du Hamas appartiennent à cette population palestinienne qui lutte pour son droit à vivre dans la dignité face à la machine de guerre israélienne. Pour son droit naturel à jouir de son indépendance, à manger à sa faim, à prospérer, à se déplacer librement et à respirer un air qui ne soit pas filtré par les soldats occupants.
Le Hamas est un phénomène social né – dans les rangs des classes populaires – de l’occupation et de l’échec arabe d’y apporter des solutions satisfaisantes. Seules la paix et une véritable indépendance palestinienne pourraient rendre ce mouvement de facto exsangue. Les solutions musclées, les faits d’armes, les bombardements massifs ne réussiront jamais à l’anéantir ; bien au contraire, ils ne feront que le renforcer.
Tout Palestinien qui a perdu ses maigres biens ou un proche cher dans cette guerre est désormais un combattant latent du Hamas, un candidat potentiel à un attentat-suicide. Chaque missile qui explose à Gaza porte un coup létal à l’Autorité palestinienne et à tout partisan arabe du processus de paix. Chaque nouvelle victime palestinienne d’Israël provoque une radicalisation supplémentaire de la rue palestinienne et arabe. Prétendre évincer le Hamas de Gaza manu militari relève de la pure absurdité. Si la formation intégriste perd du fait des bombardements le contrôle du terrain, elle n’en dominera que davantage les cœurs et les esprits des Palestiniens et des Arabes horrifiés par l’ampleur du massacre. Les missiles haineux d’Israël ne font que labourer la terre pour les semences de l’islamisme intégriste et préparer la moisson des fruits de l’obscurantisme.
C’est dire que l’agression contre Gaza ébranle avant tout les frêles fondements des sociétés arabes, la plus démocratique et pluraliste d’entre elles – en l’occurrence la société libanaise – en premier. Quand bien même le Hezbollah ne devait pas se lancer dans une nouvelle guerre divine avec l’État hébreu, ou ce dernier ne devait pas s’attaquer à son voisin de son propre chef ou pour riposter aux tirs suspects de katiouchas, le Liban ne sera jamais à l’abri des retombées néfastes de la folie meurtrière et préélectorale d’Israël.
Comment en effet protéger la coexistence, la diversité culturelle, les valeurs démocratiques, la spécificité du Liban et les particularités de son système face à la déferlante du fondamentalisme alimentée quotidiennement en malheurs et en martyrs par Israël ? Comment préserver un espace citoyen minimal reposant sur le droit à une vie paisible et prospère face à la banalisation de la mort, à l’essor de la culture morbide, au prosélytisme du culte du martyre ? Comment voter en toute liberté lorsque les autres meurent dans l’injustice ?
La surenchère médiatique et sociale est inutile à ce niveau et ne convainc personne. La seule solution est de constituer un filet de sécurité politico-sociale face à la montée de l’intégrisme nourri par le double sentiment de l’injustice et de l’impuissance, en conjuguant la lutte contre l’occupation avec le projet de l’État. En tirant les leçons adéquates de la guerre de juillet 2006 pour rejeter les agissements de l’ennemi voisin au même titre que ceux du frère autocrate. En plaçant la dénonciation des massacres de Gaza sous le signe de la liberté, de la souveraineté et de l’indépendance.
Il appartient aujourd’hui au mouvement souverainiste libanais d’approfondir son discours anti-israélien tout comme il a développé un système de constantes rejetant toute forme de tutelle sur le Liban. Afin de proposer une vision alternative du conflit israélo-palestinien et de ne plus laisser le monopole de la contestation du massacre de Gaza aux épanchements antidémocratiques des autres ; de concilier opposition à Israël et édification d’un État de droit ; de montrer que la résistance citoyenne est une et indivisible, qu’elle demeure orientée contre toute sorte d’injustice ; de prouver par la parole et les actes que la démocratie est la meilleure arme contre Israël et non les mini-États, les périmètres de sécurité et l’armement extraétatique.
Si le 14 Mars et particulièrement le Courant du futur n’ont pas suffisamment mobilisé leur base populaire à ce niveau, l’occasion idéale de se rattraper se présentera le 14 février prochain. D’ailleurs, au début du mois prochain, deux Liban devraient descendre dans la rue, à une journée d’intervalle, pour rendre respectivement hommage à deux hommes que rien ne réunit et que tout oppose. Les uns ne devraient pas manquer d’arborer l’étendard palestinien aux côtés des drapeaux partisans. Les autres sauront-ils conjuguer les couleurs de la Palestine avec celles de la République libanaise ?
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Même si nos partenaires palestiniens – convergence d’intérêts oblige – ne sont pas toujours ceux que nous voulons ;
Même si l’échec lamentable des paradigmes nationalistes a rendu quelque peu ringarde l’histoire de ce peuple spolié de ses droits les plus élémentaires ;
Même si la montée en puissance de l’islamisme obscurantiste et vindicatif est rébarbative pour tout citoyen qui se réclame des Lumières et aspire à une démocratie digne du XXIe siècle ;
Même si le refus obstiné des Arabes de reconnaître leurs défaites passées leur rend pratiquement impossible toute victoire future ;
Même si le premier ennemi des Arabes est à...