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Les lecteurs ont voix au chapitre

L’intérêt général, seul fondement du service public Ahurissant! À un grand carrefour de la capitale, j’ai surpris deux agents de la circulation s’interpellant à tue-tête d’un angle de rue à l’autre. Le premier policier tenant un cahier de procès-verbaux demande à son collègue quels sont les derniers chiffres d’une plaque de voiture dont le propriétaire venait de brûler le feu rouge. Le collègue en question lui hurle les trois derniers chiffres et lui indique ensuite un autre véhicule garé celui-ci en zone interdite, plus précisément en double file sur le carrefour. « Et celui-ci, tu ne veux pas lui en dresser un ? » L’homme aux PV, pointant son index sur son propre torse, répond négativement par un hochement de la tête. Comprenant qu’il n’était pas compris, il crie à travers le vrombissement des moteurs et la cacophonie des klaxons : « Celui-là, c’est mon cousin. » L’envie m’a démangé de mettre pied à terre et de lui demander s’il avait la conscience tranquille d’exercer sa fonction d’une manière aussi discriminatoire. Mais j’avais hâte d’arriver à mon rendez-vous. Pourtant, en tant que citoyenne, j’étais concernée par cette scène : la police étant un service public, elle se doit de garantir la sécurité et l’ordre publics en traitant également tous les individus sans tenir compte de considérations personnelles, familiales ou amicales, et plus généralement sans agir d’une façon arbitraire. Elle doit se baser uniquement sur le critère de l’intérêt général, c’est-à-dire de la communauté dans son ensemble. C’est en effet seul ce critère qui confère la légitimité à l’action de la police et justifie ses prérogatives exorbitantes du droit commun. Claude ASSAF
L’intérêt général, seul fondement du service
public
Ahurissant! À un grand carrefour de la capitale, j’ai surpris deux agents de la circulation s’interpellant à tue-tête d’un angle de rue à l’autre. Le premier policier tenant un cahier de procès-verbaux demande à son collègue quels sont les derniers chiffres d’une plaque de voiture dont le propriétaire venait de brûler le feu rouge. Le collègue en question lui hurle les trois derniers chiffres et lui indique ensuite un autre véhicule garé celui-ci en zone interdite, plus précisément en double file sur le carrefour. « Et celui-ci, tu ne veux pas lui en dresser un ? » L’homme aux PV, pointant son index sur son propre torse, répond négativement par un hochement de la tête. Comprenant qu’il n’était pas compris, il crie à travers le...