Tout pays du Levant partage inévitablement une partie centrale de son histoire moderne avec le peuple palestinien.
La multiplicité des acteurs et des enjeux qui se sont rattachés de gré ou de force à la Palestine, l’ampleur sans précédent de la tragédie de ce pays « métaphore », le déchaînement de passions effrénées que suscitent les inénarrables souffrances de son peuple spolié, les circonstances de l’exode et l’exil de ce dernier, et la solidité des liens culturels, religieux, économiques et familiaux qui l’unissent au reste de la population levantine font que les chemins de l’histoire de la Syrie, de la Jordanie, de l’Égypte, de l’Irak et surtout du Liban passent et repassent aujourd’hui par Ramallah, Gaza, Jérusalem, Hébron ou Jénine. Par ces localités si proches et si inaccessibles où Yassar Arafat et son OLP ont su rapatrier la confrontation israélo-palestinienne, après de longues années de sanguinaires détours. De macabres incartades qui, au final, qu’on le veuille ou pas, n’ont fait que sceller davantage le sort de la Palestine à celui de ses voisins, le Liban en premier.
Le spectateur libanais ne manquera donc probablement pas de trouver un grand intérêt à suivre L’histoire d’une révolution, feuilleton documentaire diffusé par la chaîne al-Jazira et retraçant, interviews et séquences d’archives à l’appui, l’épopée du conflit israélo-palestinien. D’autant que nombre d’épisodes de ladite révolution ont eu pour scène principale le Liban et que nombre de parties locales, toujours présentes et même incontournables actuellement, n’y ont pas joué que des rôles de second ordre.
Si l’on passe outre à l’aspect mélodramatique, moralisateur et « donneur de leçons » du documentaire fleuve qui sombre souvent dans la guimauve, l’on ne peut que reconnaître à al-Jazira, organe central de l’ambiguïté qatarie, le mérite d’avoir mis en exergue le fait que l’horreur des massacres commis à l’encontre des Palestiniens par les régimes arabes « dépasse celle de la boucherie de Sabra et de Chatila », dont la criminelle ampleur constituera pourtant et pour toujours une ineffaçable souillure dans la mémoire de l’humanité.
Au moment où la bande de Gaza est asphyxiée par le blocus israélo-égyptien et que la surenchère du front du refus syro-iranien dans ce dossier va bon train, L’histoire d’une révolution est venu rappeler, par l’image et le son, à ceux qui seraient tentés de l’oublier, le sinistre épisode de la guerre des camps, livrée par Damas et ses (toujours) affidés locaux aux civils palestiniens au Liban pour obtenir la reddition de Yasser Arafat au Baas des Assad. De ce chapitre pendant lequel le régime de « la patrie arabe unie dont la vocation est immortelle » a multiplié les carnages contre la population palestinienne pour instrumentaliser l’OLP au service de ses propres desseins et tisser la toile de sa tutelle sur le Liban. Plus que tous les accords du Caire, c’est la guerre assadienne contre les camps palestiniens – le racisme rancunier de certaines parties locales aidant – qui a transformé les groupements de réfugiés en ces îlots de sécurité qu’ils sont aujourd’hui, sanctifiés par la misère et la mort. En ces terres fertiles à l’essor des Chaker el-Absi et autres Mohammad Abdel-Rahmane Awad.
Les accusations foisonnent par ces temps de conflit qui courent quant à l’identité de la partie qui a formé Fateh el-Islam, qui l’a financé ou qui a commandité ses actes de terrorisme. La Syrie y aurait, semble-t-il, joué le rôle principal.
Toujours est-il que quels que soient les marionnettistes qui ont sculpté ce pantin ou ceux qui en tirent les ficelles, Fateh el-Islam a germé sur une terre labourée par les guerres des camps non seulement syriennes mais aussi arabes, actives ou passives, qui durent depuis les années 1970. Loin des considérations sécuritaires, ce groupuscule est le fruit politique des dictatures syrienne, jordanienne, égyptienne, saoudienne, qui ont fini par déteindre sur le tissu social palestinien que la barbarie israélienne n’a pas réussi à déchirer. Des tentatives successives et acharnées, entreprises par le système autocratique arabe pour couper l’herbe sous le pied à l’OLP et l’assujettir à sa propre volonté. Et qui ont réussi, après la mort (assassinat ?) de Yasser Arafat, à isoler Gaza de la Cisjordanie et à conjuguer Fateh et Islam salafiste.
De la naissance de la révolution palestinienne à l’avènement de l’intifada pour l’indépendance, Libanais et Palestiniens ont conjointement payé le prix de cette stratégie arabe qui les a (dés)unit dans la catastrophe. Car les deux soulèvements ont ceci de commun, qu’ils ont été mus par une dynamique sociétale avant d’être bridés par les interventions fraternelles des autocraties voisines, et étouffés de l’intérieur. Par ceux-là mêmes qui auraient dû profiter de leurs fruits et qui, à force de se tirer dans les jambes, ont fini par se condamner à la paralysie.
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La multiplicité des acteurs et des enjeux qui se sont rattachés de gré ou de force à la Palestine, l’ampleur sans précédent de la tragédie de ce pays « métaphore », le déchaînement de passions effrénées que suscitent les inénarrables souffrances de son peuple spolié, les circonstances de l’exode et l’exil de ce dernier, et la solidité des liens culturels, religieux, économiques et familiaux qui l’unissent au reste de la population levantine font que les chemins de l’histoire de la Syrie, de la Jordanie, de l’Égypte, de l’Irak et surtout du Liban passent et repassent aujourd’hui par Ramallah, Gaza, Jérusalem, Hébron ou Jénine. Par ces localités si proches et si inaccessibles où...