Dès que la cherté de vie commande de réviser les salaires à la hausse, les politiciens rivalisent de surenchères pour clamer que les majorations décidées pour les fonctionnaires ne suffisent pas. Pour s’en attirer les bonnes grâces et élargir leur sphère d’influence au sein de l’administration. Surtout quand l’augmentation tombe en période électorale. Sans se soucier des capacités du Trésor, déficientes même à l’âge d’or du Liban économique. Ni se préoccuper du fait que l’aggravation du déficit public obère l’économie nationale, en freine la croissance et produit du chômage. Le regretté président Rachid Karamé, qui assumait fréquemment le département des Finances, a souvent dû lutter contre ce phénomène de clientélisme exacerbé. Il lui était arrivé même, pour briser l’élan des démagogues, de poser la question de confiance à la Chambre. Le président Fouad Siniora, lui aussi grand argentier patenté, et le titulaire actuel, Mohammad Chatah, sont confrontés à la même obligation de lutte pour la protection des deniers publics.
Leur tâche est d’autant plus malaisée que la démocratie, jadis active, se trouve aujourd’hui pratiquement engloutie dans les remous de l’histoire. Plus exactement, elle ne parvient pas vraiment encore à se rétablir de la profonde léthargie dans laquelle la tutelle syrienne l’avait plongée. Et l’accord de Doha, pour apaisant qu’il soit, n’arrange pas vraiment les choses sur ce plan.
Un Trésor exangue
Car il interdit à tout ministre de démissionner, ou de menacer de claquer la porte, et prive de cette arme de pression efficace, par cette anomalie démocratique, les responsables qui tentent de faire entendre raison aux irresponsables, ministres ou députés, qui veulent pressurer un Trésor exsangue. Et précipiter la débâcle socio-économique d’un pays qui n’a pas encore gommé les séquelles de juillet 2006, ou de l’instabilité. Alors que ses chances de redressement se trouvent affaiblies par une crise mondiale sans précédent.
Certains opposants inconscients vont même jusqu’à menacer de recourir à la rue. Et s’en prennent au pouvoir dans les médias avant de l’interpeller à la Chambre, comme le veut la bonne règle démocratique. Tandis que certains majoritaires, craignant sans doute d’être populairement dépassés, se joignent volontiers à une telle campagne. Tout ce petit monde oubliant que l’inflation qu’entraînent forcément des majorations saignant le Trésor à mort, la flambée des prix que cela provoque risque de ruiner encore plus les Libanais et leur pouvoir d’achat. En déclenchant une cascade de faillites et d’entreprises obligées de mettre la clé sous la porte.
Sans compter qu’une ouverture exagérée des robinets dans le secteur public ne peut que s’accompagner d’une déferlante encore plus prononcée dans le secteur privé. Ce serait la déroute totale. Le président Siniora en appelle à la conscience nationale de toutes les parties intéressées. Il souligne que le gouvernement se soucie des droits des citoyens, mais qu’il ne faut pas aller à l’abîme. Il invite les députés à réfléchir posément avant de réclamer un alourdissement du fardeau économique. Pour marteler que « les surenchères ne produisent pas du pain ». Mais sera-t-il entendu ?
E.K.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Dès que la cherté de vie commande de réviser les salaires à la hausse, les politiciens rivalisent de surenchères pour clamer que les majorations décidées pour les fonctionnaires ne suffisent pas. Pour s’en attirer les bonnes grâces et élargir leur sphère d’influence au sein de l’administration. Surtout quand l’augmentation tombe en période électorale. Sans se soucier des capacités du Trésor, déficientes même à l’âge d’or du Liban économique. Ni se préoccuper du fait que l’aggravation du déficit public obère l’économie nationale, en freine la croissance et produit du chômage. Le regretté président Rachid Karamé, qui assumait fréquemment le département des Finances, a souvent dû lutter contre ce phénomène de clientélisme exacerbé. Il lui était arrivé même, pour briser l’élan des...