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Environnement Les « géo-ingénieurs », visionnaires ou dangereux ?

Placer de gigantesques miroirs dans le ciel, fertiliser les océans avec du fer : les scientifiques qui veulent manipuler le climat fascinent, intriguent et inquiètent. Évoquées depuis plus d’un demi-siècle, les techniques visant à « rafraîchir la planète » font l’objet d’une attention croissante à mesure que l’urgence du réchauffement climatique se précise. Principal argument de leurs promoteurs, emmenés par le Néerlandais Paul Crutzen, prix Nobel de chimie : elles s’imposeront peut-être un jour comme la seule solution si l’homme n’est pas capable de limiter rapidement et de manière drastique ses émissions de gaz à effet de serre. Preuve de l’intérêt que suscite cette « discipline », la très sérieuse Royal Society, basée à Londres, a lancé fin octobre une étude sur le sujet pour tenter de « séparer la science de la science-fiction » et déterminer quelles options méritent d’être étudiées sérieusement. Crutzen propose de lâcher du dioxyde de soufre (SO2) dans l’atmosphère pour atténuer la force des rayons solaires touchant terre, ce qui revient à reproduire ce qui se passe lors d’une éruption volcanique de grande ampleur. Mais le phénomène, complexe, reste très mal connu. Déployer une sorte de « bouclier solaire », qui permettrait de renvoyer de la Terre vers l’espace une partie du rayonnement solaire, constitue une autre piste qui se heurte, entre autres, à des coûts exorbitants pour placer ces « miroirs » dans l’espace. Autre idée avancée : la « fertilisation » artificielle des océans. Elle consiste à épandre du fer dans l’océan pour stimuler la production de phytoplancton, microalgue marine qui fixe le dioxyde de carbone, principal gaz à effet de serre. Dans la communauté scientifique, les réticences restent fortes, très fortes. « Manipuler le climat, moi, intuitivement, je suis réticent. Je pense qu’il sera toujours très difficile de prévoir l’ensemble des conséquences », explique à l’AFP le climatologue français Jean Jouzel, jugeant pour autant que le sujet ne doit « pas être tabou ». « Pour être honnête, la plupart de ces propositions sont complètement absurdes », tranche de son côté l’Indien Rajendra Pachauri, président du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Pour le climatologue américain Stephen Schneider, la recherche sur le sujet est « nécessaire », mais l’ordre des priorités ne doit en aucun cas être inversé. « Plutôt que de faire le pari que la géo-ingénierie se révélera peu coûteuse, sans conséquences imprévisibles et politiquement gérable pendant des siècles – conditions qui sont très loin d’être remplies à ce jour –, je préfère commencer par diminuer l’impact humain sur la Terre par des moyens plus conventionnels », estime-t-il dans un article publié dans le journal de la Royal Society.
Placer de gigantesques miroirs dans le ciel, fertiliser les océans avec du fer : les scientifiques qui veulent manipuler le climat fascinent, intriguent et inquiètent.
Évoquées depuis plus d’un
demi-siècle, les techniques visant à « rafraîchir la planète » font l’objet d’une attention croissante à mesure que l’urgence du réchauffement climatique se précise. Principal argument de leurs promoteurs, emmenés par le Néerlandais Paul Crutzen, prix Nobel de chimie : elles s’imposeront peut-être un jour comme la seule solution si l’homme n’est pas capable de limiter rapidement et de manière drastique ses émissions de gaz à effet de serre.
Preuve de l’intérêt que suscite cette « discipline », la très sérieuse Royal Society, basée à Londres, a lancé fin octobre une étude sur le sujet pour tenter...