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Les germes d’une guerre civile rampante, selon le père René Chamussy

Le recteur de l’Université Saint-Joseph, le père René Chamussy, fait part de sa forte inquiétude concernant la violence verbale des étudiants qui peut rapidement dégénérer. Une violence qui s’exacerbe à l’issue des élections estudiantines, qui se réveille à chaque événement à caractère politique et qui pousse le recteur à évoquer le danger d’une guerre civile rampante. « La violence entre étudiants est la répercussion sur les campus du conflit qui existe au niveau national », observe le père René Chamussy, précisant que les campus de l’USJ ont toujours été un terrain favorable à l’engagement politique. « La figure que prend cet engagement est telle que ce qui est haine et violence l’emporte sur le rationnel, le sensé et l’approche de l’autre », constate-t-il. S’il estime normal que les gens soient différents politiquement, le recteur remarque qu’il ne s’agit plus aujourd’hui de différences politiques, mais « de partis fermés sur eux-mêmes et de partisans manipulés par leurs mandants ». Il explique alors que « c’est à l’occasion des élections estudiantines, lors de l’attente des résultats, que les groupes se chauffent et que les affrontements éclatent ». « Les coups de fil que les étudiants reçoivent de l’extérieur de la part des petits chefs de partis ne sont pas étrangers à ces débordements », note le recteur. Comme cela se déroule dans le climat politique actuel, que le recteur qualifie de catastrophique, « les universitaires s’affrontent pour s’affronter, parce qu’ils ne se supportent pas, parce qu’il y a des résurgences confessionnelles qui ressortent », observe le père Chamussy. Et de constater que « la violence verbale se développe et se manifeste sur le plan de l’appartenance clanique politique ou sur le plan confessionnel ». « Cela est intolérable. On ne peut l’admettre, car cela va contre les valeurs profondes de l’université », estime-t-il. Le père Chamussy indique à ce propos que l’USJ accueille des étudiants de toutes les confessions et de toutes les communautés religieuses. Il précise que durant l’année universitaire 2007-2008, 67,2 % de ses 10 000 étudiants étaient de confession chrétienne et 32,7 % de confession musulmane. Il ajoute que le tableau est presque identique cette année, même si les dernières statistiques n’ont pas encore été publiées. Le recteur insiste aussi sur le fait que l’université est le lieu où les étudiants doivent apprendre à vivre « en citoyens et en démocratie ». C’est d’ailleurs dans cette optique que sont organisées les activités d’engagement social ou culturel, comme l’Opération 7e jour, dans lesquelles les étudiants ont la possibilité de s’impliquer. Conscient que l’interdiction des activités à caractère politique n’est pas la solution idéale, il affirme qu’ « il n’est pas question d’autoriser, au sein des campus, des manifestations à la gloire de tel ou tel homme politique ». « D’ailleurs, il y a quelques années, lorsque les débats politiques ont été autorisés, les choses se sont mal passées et, au lieu de dialoguer, les étudiants s’invectivaient et se battaient », se souvient le recteur. S’interrogeant sur les raisons de cette « grave violence verbale » entre les étudiants, « qui peut facilement dégénérer en violence physique », le père Chamussy pointe du doigt les partis, les mouvements, ainsi que les chefs politiques, de même que les familles où l’on s’excite dès que la discussion tourne autour de la politique. Il dénonce aussi « les médias qui jettent de l’huile sur le feu », ainsi que les établissements scolaires dont le rôle est, au même titre que les parents, d’enseigner aux enfants le sens de la parole et du dialogue. C’est d’ailleurs dans l’objectif de créer une cellule de dialogue que l’USJ a mis en place le Centre de médiation ainsi qu’un système pour canaliser la violence. Aujourd’hui, c’est d’un œil inquiet que le père recteur regarde la violence s’installer dans les universités du pays. « C’est inquiétant. C’est une guerre civile rampante », conclut-il, refusant toutefois de perdre espoir. A.-M. H.
Le recteur de l’Université Saint-Joseph, le père René Chamussy, fait part de sa forte inquiétude concernant la violence verbale des étudiants qui peut rapidement dégénérer. Une violence qui s’exacerbe à l’issue des élections estudiantines, qui se réveille à chaque événement à caractère politique et qui pousse le recteur à évoquer le danger d’une guerre civile rampante.
« La violence entre étudiants est la répercussion sur les campus du conflit qui existe au niveau national », observe le père René Chamussy, précisant que les campus de l’USJ ont toujours été un terrain favorable à l’engagement politique. « La figure que prend cet engagement est telle que ce qui est haine et violence l’emporte sur le rationnel, le sensé et l’approche de l’autre », constate-t-il.
S’il estime normal que...