Après 25 jours de bagarre, les huit premiers se tiennent en moins de 185 km.
Ceux qui avaient annoncé une « régate planétaire » ne s’étaient pas trompés : depuis le départ le 9 novembre, les leaders du Vendée Globe se livrent une homérique bataille maritime, mais aussi une guerre psychologique où chacun tente d’impressionner les autres.
À l’entrée de l’océan Indien, après toute la descente de l’Atlantique, les huit premiers se tiennent en moins de 100 milles (185 km). Du jamais-vu. « Je me dis qu’on dispute peut-être la régate du siècle ! » s’exclamait mardi Yann Elies (Generali).
Les uns, comme Roland Jourdain (Veolia Environnement) ou Vincent Riou (PRB), assurent pourtant qu’ils ne sont pas à fond. D’autres, comme Loïck Peyron (Gitana Eighty), ne cachent pas que la fatigue commence à peser. Qui dit vrai ? Qui bluffe ?
Michel Desjoyeaux (Foncia), parti en retard des Sables-d’Olonne (Vendée) à la suite d’une avarie, s’est livré à une poursuite vertigineuse pendant plus de 20 jours, pour revenir presque au contact du groupe de tête. Le « professeur » s’y entend pour mettre la pression sur ses adversaires : « Je ne pensais pas revenir aussi vite sur le paquet de tête, dit-il. Une chose est sûre, mes petits camarades de devant ne sont pas à 100 %. Sinon, je ne serais pas revenu aussi vite. »
« Personne n’est raisonnable »
Comment un skippeur comme Elies, deuxième hier, encaisse-t-il ces propos, lui qui avouait mardi avoir besoin de lever le pied ? « J’étais bien cramé depuis trois jours. Je n’arrivais pas à récupérer un déficit de sommeil accumulé dans le contournement de l’anticyclone de Sainte-Hélène. D’autant plus que derrière, tous se sont mis à attaquer comme des fous. Il y en avait toujours un pour aller plus vite que les autres et il fallait bien répondre du tac au tac. »
Le risque, pour les coureurs, est justement de se prendre au jeu de cette régate au contact. Sur un tour du monde de trois mois, dépenser son énergie pour « gratter » une place au classement ou marquer un adversaire peut être contre-productif, voire fatal.
« Le problème, c’est où tu mets le curseur ? » s’interrogeait hier Jean Le Cam (VM Matériaux). « Être raisonnable par rapport à quoi ? Je ne vais pas dire que je suis raisonnable, mais le problème c’est que personne n’est raisonnable... »
Riou, vainqueur de la dernière édition, en 2005, tente pour sa part d’accréditer l’idée qu’il en garde sous la pédale : « Depuis le début de la course, je navigue à mon propre rythme. J’ai les moyens d’aller plus vite, mais je préfère marcher comme je le fais. Je fais juste attention à ne pas me faire décrocher. »
Même discours, ou presque, de l’expérimenté Roland Jourdain : « Pour l’instant, je préfère continuer de naviguer en souplesse. Une sortie de route est vite arrivée et peut coûter très cher. Je préfère rester attentif. »
Car tous savent ce qui les attend dans le « grand sud », la zone des tempêtes redoutables, des houles géantes et des glaces dérivantes. Après 25 jours de bagarre, la lucidité et la fraîcheur physique vont devenir des qualités décisives.
Josse sous la pression d’Eliès
Le Français Sébastien Josse (BT) est toujours premier du Vendée Globe, talonné par Yann Eliès (Generali), à l’approche de la première porte de sécurité au sud de l’Afrique, selon le point d’hier après-midi.
Les deux skippeurs sont bien positionnés en termes de trajectoire par rapport à la porte, la première à franchir dans ce tour du monde en monocoque en solitaire sans escale ni assistance.
La « porte » est un passage imposé par les organisateurs pour empêcher les skippeurs de descendre trop au sud dans les zones d’icebergs et de glaces dérivantes.
Roland Jourdain (Veolia Environnement), Vincent Riou (PRB) et Jean Le Cam (VM Matériaux), respectivement 5e, 6e et 7e du classement, sont également bien en place pour franchir au mieux cette difficulté artificielle.
Jean-Pierre Dick (Paprec Virbac), troisième, et Loïck Peyron (Gitana Eighty), quatrième, pourtant mieux classés, sont paradoxalement moins bien placés. Ils sont au sud de la porte et doivent remonter pour la franchir.
Par ailleurs, Peyron a indiqué avoir perdu du temps sur une avarie de gennaker, ce qui explique le coup de mou de ces derniers jours.
Enfin, Michel Desjoyeaux (Foncia) est revenu dans les dix premiers, à 193 milles du leader. Le Breton avait été retardé au départ des Sables-d’Olonne par une avarie et a livré une course-poursuite au groupe de tête durant toute la descente de l’Atlantique.
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Ceux qui avaient annoncé une « régate planétaire » ne s’étaient pas trompés : depuis le départ le 9 novembre, les leaders du Vendée Globe se livrent une homérique bataille maritime, mais aussi une guerre psychologique où chacun tente d’impressionner les autres.
À l’entrée de l’océan Indien, après toute la descente de l’Atlantique, les huit premiers se tiennent en moins de 100 milles (185 km). Du jamais-vu. « Je me dis qu’on dispute peut-être la régate du siècle ! » s’exclamait mardi Yann Elies (Generali).
Les uns, comme Roland Jourdain (Veolia Environnement) ou Vincent Riou (PRB), assurent pourtant qu’ils ne sont pas à fond. D’autres, comme Loïck Peyron (Gitana Eighty), ne cachent pas que la fatigue commence à peser....