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René Moawad, cette lutte plus que jamais nécessaire… Le commentaire d’Émile Khoury

Cela fait 19 ans qu’une même question lancinante accompagne la célébration de l’Indépendance en ce mois des morts : qui donc a assassiné le président René Moawad, né à l’ombre du cèdre, et pourquoi ? Son fils Michel, pilier du secrétariat général du 14 Mars, se dit persuadé, comme tous les Libanais, selon ses termes, de la culpabilité totale du régime syrien. Il prend cependant sur lui d’imputer une part de responsabilité à la violente hostilité que le général Michel Aoun manifestait à l’encontre de son père en déclarant, lors d’une conférence de presse tenue le mois dernier à Ehden : « Doit-on rappeler à Aoun qu’il avait personnellement accusé le président Moawad d’être un agent stipendié, et même de trahison ? » Il lui avait interdit l’accès des régions Est. De ce fait, selon son fils, il n’avait pu s’installer à Baabda, où il aurait été en sécurité. Et s’était retrouvé dans un quartier général où il ne bénéficiait d’aucune vraie protection. Pour Michel Moawad, « la facilité logistique » ainsi offerte par Aoun aux criminels constituait une « couverture morale de l’assassinat ». Nayla Moawad soutient pour sa part que son époux « est martyr de Taëf. Celui qui a tenté d’entraver ce processus assume une grande responsabilité, pénale ou politique, peu importe, dans l’assassinat ». Elle précise que René Moawad a payé de sa vie sa détermination à imprimer un sceau purement libanais à l’application du pacte, « pour qu’il ne devienne pas un Taëf syrien ou un Taëf syrianisé ». De plus, il avait fait front aux efforts de torpillage déployés par l’Iran, le Hezbollah et par l’axe irako-palestinien de l’époque. Pour elle, « si le président Moawad était resté en vie, nous aurions épargné aux chrétiens les divisions, le sang et les destructions. L’instance de la présidence de la République n’aurait pas été affaiblie dans l’équation nationale. Sans compter cette guerre dite d’élimination (contre les Forces libanaises) qui a dévasté la région chrétienne sous prétexte d’unifier le fusil sous l’égide de la soi-disant légalité. Ces déchirures, ces divisions intestines, les chrétiens continuent aujourd’hui à en payer le prix. Pourquoi donc le général Aoun ne s’était-il pas avisé, à l’époque, de signer un document d’entente avec les Forces libanaises, comme il l’a fait avec le Hezbollah ? Pourquoi n’a-t-il pas voulu considérer le fusil des FL comme étant légal, comme il le fait pour l’armement du Hezb ? Il aurait épargné de la sorte aux chrétiens les calamités effroyables de cette guerre ». Les annales confortent les indications de la famille du président Moawad concernant sa volonté de dégager Taëf de l’emprise syrienne. Lors d’une réunion avec Khaddam à Ehden, il avait réclamé, comme geste de bonne intention, un retrait des troupes syriennes des cazas chrétiens du Nord. En relevant qu’une telle initiative faciliterait les tractations en cours avec le général Aoun, par le biais de médiateurs, pour qu’il ouvre les portes du palais de Baabda au président élu. Et pour qu’il se rallie ainsi à la légalité républicaine, sauvant les régions chrétiennes du danger destructeur qui allait se concrétiser lors du coup de balai syrien du 13 octobre. D’ailleurs, l’une des raisons pour lesquelles le président Moawad a été assassiné pourrait être sa ferme opposition à toute intervention militaire pour déloger Aoun. Il affirmait en effet qu’il était impératif, vital, de privilégier la voie de la raison, du dialogue avec le général. Dans son discours d’investiture, René Moawad déclarait : « Il n’est ni patrie, ni État, ni entité sans unité du peuple. Comme il n’y a pas d’union sans entente, ni d’entente sans réconciliation, ni réconciliation sans tolérance et sacrifices. Et rien de tout cela sans foi et sans amour du prochain. Mon appel premier est dès lors à la réconciliation. » Message aujourd’hui relayé par le président Sleiman.
Cela fait 19 ans qu’une même question lancinante accompagne la célébration de l’Indépendance en ce mois des morts : qui donc a assassiné le président René Moawad, né à l’ombre du cèdre, et pourquoi ?
Son fils Michel, pilier du secrétariat général du 14 Mars, se dit persuadé, comme tous les Libanais, selon ses termes, de la culpabilité totale du régime syrien.
Il prend cependant sur lui d’imputer une part de responsabilité à la violente hostilité que le général Michel Aoun manifestait à l’encontre de son père en déclarant, lors d’une conférence de presse tenue le mois dernier à Ehden : « Doit-on rappeler à Aoun qu’il avait personnellement accusé le président Moawad d’être un agent stipendié, et même de trahison ? » Il lui avait interdit l’accès des régions Est. De ce fait,...