Ukraine, Hongrie, Pakistan... La liste des pays émergents frappés par l’assèchement du crédit et forcés de faire appel à l’aide du Fonds monétaire international (FMI) s’allonge, avec le risque d’un effet boomerang sur des pays riches déjà pour beaucoup en récession.
Née dans le secteur immobilier américain, la crise financière a contaminé toute la finance mondiale, avant de frapper l’économie réelle des pays riches. Elle atteint aujourd’hui les pays émergents, « victimes en bout de chaîne de la crise », écrivait le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn dans Les Échos lundi.
« L’impact de la crise sur eux est assez récent et dément le discours sur le fameux découplage », renchérit Jérôme Sgard, chercheur au CERI.
Selon cette théorie, les pays émergents suivaient une dynamique de croissance propre et n’allaient pas souffrir du ralentissement dans les pays développés, mais au contraire le contrebalancer.
Mais nombre d’entre eux ont été contraints de se tourner ces dernières semaines vers le FMI, comme l’Ukraine, qui va bénéficier d’un prêt de 16,4 milliards de dollars du Fonds, la Hongrie (12,3 milliards) ou le Pakistan (7,6 milliards).
La liste pourrait s’allonger : Turquie, Corée, Vietnam, Afrique du Sud et Pologne voient leur balance des paiements s’enfoncer dangereusement dans le rouge.
« En raison du net ralentissement des pays développés et de leurs investissements à l’étranger, ces pays, jusqu’alors en forte expansion, vont eux aussi enregistrer une décélération de croissance marquée par le biais de leurs exportations », note Henri Sterdyniak, de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE).
La Chine voit déjà sa production industrielle chuter lourdement, l’Inde sa croissance amputée de deux points de croissance, et le Brésil son excédent commercial fondre. Sans parler du plongeon de leurs marchés boursiers.
Un scénario qui rappelle la « crise asiatique, avec un risque d’effet retour et d’accélération de la crise chez les pays riches », note Jérôme Sgard.
L’Allemagne par exemple a fondé sa croissance des dernières années sur l’exportation de machines-outils destinées à accompagner le spectaculaire développement de la Chine ou de l’Inde.
Les pays riches en ont conscience, comme l’a démontré la réunion du G20 à Washington le week-end dernier, à laquelle ont participé les représentants de 10 grandes économies émergentes : Afrique du Sud, Arabie saoudite, Argentine, Brésil, Chine, Corée du Sud, Inde, Indonésie, Mexique et Turquie.
Le G20 a admis qu’il fallait aider les pays émergents à affronter la crise, notamment en augmentant les fonds disponibles du FMI et de la Banque mondiale.
Mais pour Henri Sterdyniak, si « le G20 a acté que le FMI allait aider beaucoup plus largement les pays en difficulté comme la Hongrie ou le Pakistan sans trop demander de contreparties, il n’a pas été jusqu’à répartir les efforts de relance ».
D’après lui, la crise peut être « l’occasion pour la Chine de remettre en cause son modèle de croissance en distribuant plus de salaires et en assurant une protection sociale, tandis que les pays européens comme l’Allemagne, les Pays-Bas et les pays scandinaves, qui en ont les moyens, doivent faire des plans de soutien », avance-t-il.
Alors que le secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson, refuse de débloquer la totalité de son plan de soutien aux banques, M. Sgard rappelle que « si ces 700 milliards de dollars et la dynamique du G20 ne parviennent pas » à relancer la confiance et le marché du crédit, « ceux qui sont en situation limite vont être obligés à faire appel au FMI ».
Avec à prévoir une forte augmentation du chômage et des tensions sociales dans un certain nombre de ces pays, conclut M. Sterdyniak.
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Née dans le secteur immobilier américain, la crise financière a contaminé toute la finance mondiale, avant de frapper l’économie réelle des pays riches. Elle atteint aujourd’hui les pays émergents, « victimes en bout de chaîne de la crise », écrivait le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn dans Les Échos lundi.
« L’impact de la crise sur eux est assez récent et dément le discours sur le fameux découplage », renchérit Jérôme Sgard, chercheur au CERI.
Selon cette théorie, les pays émergents suivaient une...