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Actualités - Opinion

Le commentaire d’Émile Khoury L’armement, les mini-États ? Tout semble bloqué jusqu’aux législatives

Tous les indices, les comportements et les déclarations donnent à penser que les protagonistes-interlocuteurs ne vont pas, ne comptent pas, pourrait-on même dire, ouvrir vraiment le débat sur la stratégie défensive. Ils se rabattent plutôt sur des manœuvres tactiques pour exploiter, sans trop de casse, le temps mort qui nous sépare des législatives. Pour laisser donc les urnes décider de ce qu’il faudra faire de l’armement hors légalité, et du (grave) corollaire de mini-États qu’il induit. Car il est douteux que les fractions en présence, les communautés comme les partis, acceptent de continuer à laisser à une seule d’entre elles le double monopole des armes et du contrôle souverain de larges pans du territoire national. La loi de la jungle reprenant alors le pas sur la loi tout court. Pour l’heure, le 14 Mars ne se résigne pas à se laisser entraîner dans une spirale milicienne de fractionnement, sinon de dislocation, de l’entité Liban. Il bataille pour une stratégie de défense permettant de placer l’arsenal du Hezbollah, comme toutes les armes désormais répandues ailleurs, sous l’autorité de l’État. Mais le 8 Mars ne l’entend pas de cette oreille. Sa logique propre reste qu’il faut garder une cloison entre l’armement de la légalité et le potentiel de la Résistance. Au titre que ce dernier atout n’est utile que s’il reste autonome, libre de ses mouvements et de ses initiatives. Au mieux, affirment les opposants, on peut envisager une coordination élastique pour prévenir d’éventuels accidents sur le terrain. Bien entendu, c’est globalement cette ligne que défend le projet exposé par le général Michel Aoun lors de la dernière séance de dialogue national. Il répercute du reste le document d’entente conclu par son courant avec le Hezbollah. En répétant que « la détention d’armes n’est pas une fin en soi. Mais un moyen honorable, sacré même, qu’emprunte toute collectivité dont la terre est occupée. Dans ce cadre, l’armement du Hezbollah doit s’inscrire dans une approche globale qui présente deux limites. La première est qu’il faut s’appuyer, pour garder l’armement, sur les motivations cristallisant une unanimité nationale et qui sont une source de force pour le Liban et les Libanais. La deuxième limite est qu’il faut déterminer les circonstances objectives menant aux raisons justifiant l’armement ». On remarquera que l’unanimité nationale évoquée n’est pas, ou n’est plus assurée. Et, de même, que la détermination de circonstances objectives justifiant l’armement fait l’objet d’un conflit interne certain. Pour le général Aoun, la stratégie de défense, et la régulation de l’armement du Hezb impliquent la mise en place d’un réseau de protection sol-air ou air-air. Il sait pourtant que la facture serait de plusieurs milliards de dollars. Et que si d’aventure le Liban devait trouver un État prêteur ou fournisseur, il serait à sa merci. Il prévoit également que les Libanais se transforment en société de résistance armée, pour que cette valeur ne soit plus l’apanage du Hezbollah. Or en supposant que cela soit réalisable, économiquement et socialement, cela voudrait dire que le Liban passerait définitivement de son statut arabe officiel de pays de soutien à celui de pays de confrontation. Et qu’il serait sans doute voué à la guerre civile, car l’armement généralisé est évidemment synonyme, à la fois, de milices et d’anarchie. Le document CPL-Hezbollah lie le désarmement à la libération de Chebaa. Ce qui équivaudrait à un visa pour l’éternité. Car ni Israël ne semble disposé à rétrocéder cette enclave ni la Syrie ne semble prête à en permettre l’homologation comme territoire libanais, par un tracé officialisé de la frontière dans cette zone. Les deux voisins du Liban bloquent donc la récupération de Chebaa via une période onusienne transitoire. De plus, l’entente entre les deux formations précise que la question de l’arsenal du Hezbollah est également conditionnée par un dialogue national aboutissant à une stratégie de défense « à laquelle les Libanais adhéreraient, pour en assumer ensemble les charges, tout comme pour profiter ensemble de ses résultats ». La voie est donc barrée. La seule façon, indiquent les prosyriens, d’intégrer l’armement du Hezbollah à la légalité consiste, pour les Libanais, à donner le pouvoir à la présente opposition à travers les législatives. À les en croire, l’État deviendrait alors véritablement fort, fiable, et le Hezb n’aurait plus aucun problème à lui livrer son potentiel.
Tous les indices, les comportements et les déclarations donnent à penser que les protagonistes-interlocuteurs ne vont pas, ne comptent pas, pourrait-on même dire, ouvrir vraiment le débat sur la stratégie défensive. Ils se rabattent plutôt sur des manœuvres tactiques pour exploiter, sans trop de casse, le temps mort qui nous sépare des législatives. Pour laisser donc les urnes décider de ce qu’il faudra faire de l’armement hors légalité, et du (grave) corollaire de mini-États qu’il induit. Car il est douteux que les fractions en présence, les communautés comme les partis, acceptent de continuer à laisser à une seule d’entre elles le double monopole des armes et du contrôle souverain de larges pans du territoire national. La loi de la jungle reprenant alors le pas sur la loi tout court.
Pour l’heure, le 14...