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Actualités - Analyse

La situation Nasrallah-Hariri : priorité à l’apaisement, mais pas d’alliance électorale en vue

Scarlett Haddad Comme cela avait été annoncé, la rencontre tant attendue entre le secrétaire général du Hezbollah et le chef du Courant du futur s’est déroulée dans le plus grand secret et la nouvelle n’a été divulguée qu’après la fin de la réunion. Alors que les Libanais commençaient à avoir des doutes sur le sérieux des réconciliations programmées, Hassan Nasrallah et Saad Hariri se sont donc retrouvés la nuit de dimanche à lundi, dans un lieu anonyme, au décor particulièrement neutre et bien étudié pour ne donner aucune indication permettant de le localiser. La rencontre s’est d’ailleurs déroulée grâce aux bons offices du journaliste Moustapha Nasser qui depuis longtemps joue le rôle de médiateur entre les deux camps, et en présence de l’adjoint politique de Nasrallah, Hussein Khalil, et du directeur de cabinet du chef du Courant du futur, Nader Hariri. Elle est la première entre les deux hommes depuis la séance de dialogue en mars 2006. Mais surtout, elle intervient après les événements de mai dernier qui avaient creusé un profond fossé entre les deux camps et aiguisé l’animosité entre les communautés chiite et sunnite. D’ailleurs, l’un des principaux objectifs de cette rencontre est justement d’éliminer toute possibilité de discorde sunnito-chiite qui, si elle devait éclater, menacerait de s’étendre à d’autres pays de la région. Dans les deux camps, le mot d’ordre était à la discrétion totale et aussi bien le Courant du futur que le Hezbollah ont préféré s’en tenir au communiqué conjoint, dont chaque mot a été bien pesé et, contrairement à la prose qui suit habituellement ce genre de rencontres, il n’utilise pas trop la langue de bois traditionnelle si chère aux Arabes. Mais les photos officielles de la réunion restent mesurées, sans chaleur excessive qui aurait pu choquer les deux rues... D’abord, le communiqué précise que la rencontre a été l’occasion d’évoquer les derniers développements dans la région et surtout de procéder à « une rétrospective de principe de la période précédente pour en absorber les conséquences, dans un climat de franchise et d’ouverture ». En clair, les deux hommes ont parlé des événements du 8 mai et chacun a exposé sa version des faits, ses rancœurs et ses griefs, sans complaisance, mais dans une volonté réelle de dépasser la division. La rencontre a permis aux deux camps « de réaffirmer leur attachement à l’unité nationale et à la paix civile ». Ils prendront « toutes les mesures nécessaires pour empêcher les tensions internes et renforcer le climat de dialogue et de reprise de contact dans le pays, et pour étouffer la discorde, indépendamment des divergences politiques entre les parties ». De même, le communiqué affirme que les deux parties se sont entendues pour renforcer l’action gouvernementale et pour réaffirmer leur attachement à l’accord de Taëf et à l’application de l’accord de Doha, tout en confirmant leur volonté de garder le contact et d’encourager le climat de dialogue à travers des mesures d’apaisement sur le terrain et dans les médias. En clair, l’objectif principal de cette rencontre est de calmer les esprits sur le terrain et de mettre en place un climat d’apaisement médiatique. Mais il n’est pas question d’aller jusqu’à une accalmie politique et encore moins jusqu’à une alliance électorale. C’est sans doute là le point le plus important pour leurs alliés respectifs. D’ailleurs, une fois la réunion annoncée dans les médias, Saad Hariri s’est empressé de contacter le président de la République et le Premier ministre ainsi que les piliers du 14 Mars, avant de recevoir une délégation du secrétariat général de ce mouvement pour l’informer de la teneur de l’entretien avec Hassan Nasrallah. À l’issue de cette rencontre, Farès Souhaid a bien précisé qu’il s’agit de calmer le terrain tout en respectant les divergences politiques. Du côté de l’opposition, il n’y a pas eu de contacts téléphoniques, mais des rencontres bilatérales sont prévues pour clarifier certains points. Toutefois, les sources de l’opposition précisent que la coordination entre ses pôles a précédé la rencontre et tous savent qu’il n’y a aucune possibilité de relancer l’alliance quadripartite (Amal, Hezbollah, Courant du futur et PSP) qui avait dominé les élections législatives de 2005. Cette rencontre ne devrait donc pas avoir la moindre incidence sur la bataille électorale à laquelle toutes les parties se préparent et qui reste le principal enjeu des prochains mois. Mais elle est destinée à apaiser le terrain et à mettre un terme aux incidents qui continuent de se produire régulièrement dans certaines régions du pays et même dans certains quartiers de la capitale. Elle confirme aussi l’attachement des deux camps à l’application de l’accord de Doha et notamment à la disposition relative au fonctionnement du gouvernement. Autrement dit, il n’est pas question pour un ministre de démissionner, ni à ceux de son camp de se solidariser avec lui. On comprend ainsi plus facilement pourquoi la crise des prérogatives du vice-président du Conseil a été vite recadrée pour ne pas dépasser les limites fixées par l’accord de Doha... Le gouvernement continuera donc à assumer ses fonctions, tant bien que mal en dépit de ses divisions, jusqu’aux prochaines élections. Tranquille, le Premier ministre a d’ailleurs entamé une tournée arabe qui le mènera au Koweït et au Caire. L’escale égyptienne est certes la plus importante, d’autant que Le Caire recommence à jouer un rôle au Liban. Non seulement Omar Karamé, Walid Joumblatt et Samir Geagea s’y sont rendus récemment, mais l’adjoint du chef des SR égyptien effectue actuellement une visite au Liban au cours de laquelle il poursuit ses entretiens avec des représentants de toutes les parties. De son côté, le président de la République Michel Sleiman, qui a tenu à féliciter les Libanais pour la rencontre Nasrallah-Hariri, se rendra donc au Vatican avec une réconciliation déjà concrétisée. Il aurait sans doute préféré emporter avec lui l’image d’une réconciliation chrétienne conclue à Baabda. Mais celle-ci ne semble pas imminente. Certes, les Marada ont remis à la Ligue maronite les conditions posées pour la rencontre entre Frangié et Geagea, mais la délégation de la Ligue doit encore se rendre chez Aoun, Gemayel et Geagea avant de revenir chez Frangié. Cela laisse bien peu de temps avant le voyage du président pour le Vatican... Il reste que de l’avis de toutes les parties hier, le plus difficile a été accompli avec la rencontre Nasrallah-Hariri. Le train est bel et bien mis sur les rails, même s’il ne s’arrêtera pas encore à la gare du Nord.
Scarlett Haddad

Comme cela avait été annoncé, la rencontre tant attendue entre le secrétaire général du Hezbollah et le chef du Courant du futur s’est déroulée dans le plus grand secret et la nouvelle n’a été divulguée qu’après la fin de la réunion. Alors que les Libanais commençaient à avoir des doutes sur le sérieux des réconciliations programmées, Hassan Nasrallah et Saad Hariri se sont donc retrouvés la nuit de dimanche à lundi, dans un lieu anonyme, au décor particulièrement neutre et bien étudié pour ne donner aucune indication permettant de le localiser. La rencontre s’est d’ailleurs déroulée grâce aux bons offices du journaliste Moustapha Nasser qui depuis longtemps joue le rôle de médiateur entre les deux camps, et en présence de l’adjoint politique de Nasrallah, Hussein Khalil, et du...