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Écologie L’environnement arabe en chiffres : des défis énormes et une action lente

Les futurs défis de l’environnement arabe : tel est le titre significatif d’un rapport environnemental portant sur toute la région arabe et sur tous les dossiers écologiques importants. Il a été lancé hier par une organisation panarabe créée au Liban, lors d’une conférence à Bahreïn. L’initiative de publier un rapport environnemental sur toute la région arabe, la première de ce genre, on la doit au Forum arabe pour l’environnement et le développement (AFED), un réseau d’organisations arabes, créé après une conférence initiée récemment à Beyrouth par la revue al-Bi’a wal Tanmia. Le document est édité par Moustapha Tolba et Nagib Saab. Les différents chapitres qui couvrent de nombreux domaines ont été rédigés par des experts arabes. La publication de ce rapport est accompagnée de la sortie d’un documentaire dans lequel un expert égyptien octogénaire, Mohammad Kassas, originaire d’une région du delta du Nil – qui serait la première à disparaître en cas d’élévation du niveau de la mer – explique les changements observés dans les pays arabes. Le narrateur du documentaire, qui s’intitule Environnement arabe : témoignage d’un vieil homme, est Nagib Saab, rédacteur en chef de la revue libanaise al-Bi’a wal Tanmia. Le rapport, « Les futurs défis de l’environnement arabe », a été lancé officiellement hier au cours d’une conférence organisée par l’AFED à Bahreïn et qui poursuit ses travaux aujourd’hui. Il tente, de manière générale, de calculer l’impact sur l’environnement de la croissance démographique (une population qui est passée de 50 millions à plus de 325 millions de personnes en un siècle), du développement et des activités humaines. Il est une somme de toutes les études disponibles sur les sujets écologiques dans la région, et il est abondamment illustré et doté de graphes et de tableaux divers. Le document constate que les problèmes écologiques sont nombreux et qu’ils ne sont pas toujours abordés avec sérieux. L’étude se focalise sur le fait que les considérations environnementales ne sont pas assez bien intégrées aux plans nationaux de développement. Le coût de la dégradation environnementale De 4 à 9 % du PIB de certains pays arabes, avec une moyenne de 5 % du PIB pour l’ensemble de la région arabe : tel est le coût de la dégradation environnementale, suivant les estimations de la Banque mondiale. Ce coût est « réel, significatif et croissant », affirme le texte. Face à cette réalité, le constat est pessimiste : les gouvernements de la région ne traitent pas ce problème de coût économique croissant en ayant recours à des politiques claires et efficaces. Le budget alloué à ce dossier n’atteint même pas 1 % du PIB dans chacun des pays de la région, et les institutions environnementales existantes ne jouissent d’aucun appui ni d’aucun mandat législatif contraignant. Le texte recommande de considérer les dossiers écologiques comme des priorités économiques et politiques, ce qui n’est pas encore le cas aujourd’hui. À cette fin, il appelle au renforcement des législations en relation avec l’environnement et à l’appui aux organisations spécialisées. Il rappelle aussi le rôle du secteur privé, qui doit s’orienter vers le concept de responsabilité sociale. Des terrains de golf insatiables Ce n’est un secret pour personne que l’eau constitue un sérieux problème dans la région arabe, l’une des plus pauvres en ressources hydrauliques au monde : la moyenne d’eau disponible par personne était de 977 mètres cubes en 2001, une moyenne inférieure à celle fixée par les Nations unies, avec des projections catastrophiques de 460 mètres cubes en 2025. De ces ressources, 80 % sont utilisées pour l’irrigation. Les technologies sont souvent inefficaces et les ressources s’amenuisent, ce qui requiert une amélioration de la gestion de l’eau. Le plus grave, c’est la surexploitation de ces maigres ressources. Le rapport donne l’exemple des terrains de golf dans certains pays arabes désertiques, se demandant comment, dans une région aussi aride, on consacre autant d’eau à entretenir du gazon, sachant que les investissements dans la recherche sur les techniques de désalinisation sont maigres. Selon une étude datant de 2007, chaque terrain de golf engloutit 1,3 million de mètres cubes d’eau par an à Dubaï, une quantité d’eau qui aurait desservi 15 000 habitants pour cette même période. Cette rareté des ressources hydrauliques risque de s’aggraver nettement avec le changement climatique, auquel le monde arabe ne contribue qu’à hauteur de 5 % environ, mais qui va le frapper de plein fouet. Ainsi, des périodes de sécheresse sévères commencent à être ressenties dans des pays comme l’Algérie, le Maroc, la Syrie et la Tunisie. Une hausse d’un mètre du niveau de la mer fera perdre de 12 à 15 % des terres agricoles dans le delta du Nil et 2,6 % de la superficie du Qatar ! Or le rapport constate un déficit alarmant dans les capacités scientifiques et technologies pour faire face à de tels problèmes, recommandant que les changements prévus du réchauffement climatique soient inclus dans les plans de développement. Qualité de l’air : plus de 5 milliards de dollars de pertes annuelles La qualité de l’air dans les pays arabes se détériore et le coût de la dégradation de l’état de santé général et de l’environnement augmente, atteignant plus de 5 milliards de dollars de pertes annuelles. La pollution atmosphérique en CO2 dans les pays arabes est causée à 90 % approximativement par le secteur des transports. Les émissions par habitant ont drastiquement augmenté dans la plupart des pays durant ces trois dernières décennies, avec les pays du Golfe responsables de 50 % des émissions du monde arabe et des taux bien supérieurs à la moyenne mondiale (jusqu’à 13 fois plus aux Émirats arabes unis). Le problème essentiel, c’est que très peu de pays arabes surveillent la pollution de l’air et peu de ressources sont utilisées pour la recherche scientifique. Les quelques recherches effectuées, en Égypte, au Liban ou en Syrie, ont montré un taux de pollution jusqu’à 6 % à 8 % supérieur aux limites imposées par la loi. Le rapport conclut par le fait qu’une action doit être entreprise pour utiliser des carburants plus propres, des énergies alternatives… L’état de la mer n’est pas meilleur. Les pays arabes ont, dans leur ensemble, un littoral très important, avec un total de 30 000 kilomètres de côtes sur la Méditerranée, le Golfe arabe et la mer Rouge, dont 18 000 kilomètres de zones habitées. L’environnement marin fragile et côtier est très menacé, de manière générale, par des facteurs comme la pollution, la pêche intensive, la perte de la biodiversité, le changement climatique et d’autres problèmes. La Méditerranée est polluée par des industries chimiques côtières, des résidus agricoles et le trafic intensif de pétroliers. Dans le Golfe, les installations pétrolières offshore sont une menace pour l’environnement : on estime que 2 millions de barils y sont versés lors de fuites routinières. Le tourisme incontrôlé et le développement urbain sauvage sont également à blâmer. Moins de 5 % de déchets recyclés La désertification et les périodes de sécheresse croissantes sont, selon le rapport, le problème le plus urgent auquel les pays arabes doivent faire face. Malgré l’existence d’institutions qui surveillent ce phénomène lié à l’activité humaine et au changement climatique, l’étude recommande de consacrer plus de ressources aux recherches et aux mesures urgentes à prendre. La gestion des déchets dans les pays arabes en général laisse fortement à désirer puisque, selon le rapport, moins de 20 % des 250 000 tonnes de déchets solides produits sont traités de manière satisfaisante, et pas plus de 5 % sont recyclés. Malgré certaines initiatives dans des pays comme l’Égypte, Oman, ou les pays du Golfe, le rapport préconise l’adoption de systèmes de gestion intégrée des déchets dans les pays. L’urbanisation galopante dans les pays arabes est un facteur de tension sur l’environnement, avec une moyenne de 56 % et des taux particulièrement élevés dans des pays comme Bahreïn (97 %) et le Qatar (92 %). Des problèmes liés à l’infrastructure s’ensuivent. Pour ce qui est de la recherche scientifique, le rapport note que le nombre de scientifiques arabes augmente régulièrement de 6 à 7 % chaque année, mais les ressources consacrées à la recherche sont « incroyablement faibles », ce qui laisse ces scientifiques sans moyens suffisants pour travailler. Le rapport s’attarde aussi sur les initiatives en matière d’éducation environnementale, l’action de plus en plus efficace des médias arabes, la faiblesse générale en matière de législations, le financement de programmes qui devrait se faire plus efficace et l’impact désastreux des guerres sur les écosystèmes.
Les futurs défis de l’environnement arabe : tel est le titre significatif d’un rapport environnemental portant sur toute la région arabe et sur tous les dossiers écologiques importants. Il a été lancé hier par une organisation panarabe créée au Liban, lors d’une conférence à Bahreïn.
L’initiative de publier un rapport environnemental sur toute la région arabe, la première de ce genre, on la doit au Forum arabe pour l’environnement et le développement (AFED), un réseau d’organisations arabes, créé après une conférence initiée récemment à Beyrouth par la revue al-Bi’a wal Tanmia. Le document est édité par Moustapha Tolba et Nagib Saab. Les différents chapitres qui couvrent de nombreux domaines ont été rédigés par des experts arabes. La publication de ce rapport est accompagnée de la sortie...