Scarlett HADDAD
En harmonie avec les intempéries – qui ont une fois de plus mis en évidence l’irresponsabilité ou l’incompétence des services publics –, le climat politique était hier à l’orage. Des propos incendiaires chez Sleimane Frangié et Omar Karamé, un clash au Conseil des ministres, qui rappelle les crises qui avaient provoqué le boycott puis la démission des ministres de l’opposition au sein du précédent gouvernement, et une tension grandissante entre les divers protagonistes, autant de facteurs qui semblaient soudain augurer du pire.
Mais au Liban, ni les crises ni les solutions ne sont radicales, et hier, des fenêtres ont commencé à s’ouvrir après les portes claquées de la veille.
Au sujet de la réconciliation chrétienne, la Ligue maronite doit reprendre aujourd’hui ses contacts entre les Marada et les Forces libanaises. Selon le responsable des relations politiques au sein du courant, Youssef Saadé, l’ancien ministre Sleimane Frangié a réagi violemment mardi car il a eu le sentiment que les Forces libanaises traitent le sujet avec beaucoup de légèreté, avançant des dates et annonçant des rendez-vous pour mettre en avant leur bonne volonté et présenter les Marada comme la partie qui ne veut pas la réconciliation. Cette attitude a conforté le courant dans sa conviction que les Forces libanaises veulent une réconciliation de pure forme, qui donne lieu à une photo regroupant les trois leaders chrétiens et qui servirait en fait les intérêts électoraux du chef des Forces libanaises. Le courant des Marada a aussi le sentiment que le plan de redorer l’image du chef des FL sur le double plan arabe et international s’accompagne d’un programme pour redorer son blason sur la scène locale. Or, les Marada ne veulent pas lui faire de cadeaux gratuits dans ce domaine.
De leur côté, les Forces libanaises estiment que l’ancien ministre Sleimane Frangié multiplie les conditions, car il ne veut pas de réconciliation. Ou plutôt il n’en veut plus depuis que les Syriens ont fait pression sur lui. Même si Geagea acceptait sa nouvelle condition, il en poserait d’autres...
Mais en dépit de ces positions diamétralement opposées, la Ligue maronite devrait recevoir aujourd’hui les demandes définitives du courant des Marada, qui consistent dans la formation d’une commission regroupant toutes les parties, chargée de préparer la réconciliation et de rédiger un communiqué final qui serait adopté par les parties au cours de leur rencontre officielle. La Ligue maronite devrait ensuite transmettre ces exigences aux Forces libanaises. Les Marada précisent que si les Forces libanaises refusent la formation de la commission préparatoire, il sera toujours possible d’adopter une sorte de charte qui donne à l’État la responsabilité de la sécurité sur le terrain et pousse les parties concernées à un minimum de courtoisie entre elles.
Baabda s’impatiente
Selon des sources bien informées, le président de la République devrait aussi faire pression pour accélérer le processus. Sleiman souhaite que la seconde conférence de dialogue, qui doit se tenir à Baabda le 5 novembre, soit l’occasion de consacrer les réconciliations. Des proches du palais estiment d’ailleurs que cette lenteur dans la réconciliation chrétienne, mais aussi dans la tenue de la fameuse réunion entre Hassan Nasrallah et Saad Hariri ainsi que l’entretien annoncé entre Walid Joumblatt et Mohammad Raad vise à affaiblir la portée du dialogue et l’élan qu’il doit donner à la vie politique. Ainsi, la seconde séance semble devoir se limiter à l’examen de la question de son élargissement à d’autres parties, sans aborder les questions de fond comme la stratégie nationale de défense.
Concernant la polémique au sein du Conseil des ministres sur les prérogatives du vice-président du Conseil, les ministres aounistes souhaitent un règlement à l’amiable et une initiative, même formelle, de la part du Premier ministre. Des sources proches de l’opposition précisent que, là aussi, les portes ne sont pas totalement fermées et qu’il n’est pas question pour l’instant de revenir au scénario du précédent gouvernement. Il est même question d’une intervention du chef de l’État pour aboutir à un compromis, en attendant un règlement plus radical qui ne semble pas être pour bientôt.
Restent les intempéries et les dégâts provoqués par la pluie sur la voie publique et dans les maisons, donnant lieu à des images incroyables de domiciles inondés, d’embouteillages infernaux et de dégâts considérables. À la seule différence que, dans une réaction qui l’honore, le ministre des Travaux publics Ghazi Aridi a réclamé l’ouverture d’une enquête pour déterminer la responsabilité de son ministère dans les dégâts et les dommages subis par la population, et il a affirmé être prêt à présenter sa démission si cette responsabilité est confirmée, ajoutant qu’il devra toutefois consulter ses alliés, avant de prendre une décision définitive.
Les prochains jours devraient donc être mis à profit pour intensifier les contacts entre les protagonistes, par le biais des médiateurs, dans l’espoir d’un résultat même modeste, avant le voyage du Premier ministre au Caire dimanche et celui du président de la République à Rome, jeudi prochain.
Pas de grands espoirs donc, mais une situation qui reste, malgré tout, sous contrôle...
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