Ferme un œil, ouvre un œil, dit l’adage libanais correspondant au clin français du même organe. Le président Sleiman aura eu à peine le temps de défaire ses valises et de compenser l’effet du décalage horaire entre Québec et Beyrouth que le voilà reparti à la chasse au trésor. C’est-à-dire à ces réconciliations interchrétiennes qui restent, n’est-ce pas regrettable, les dernières sur la liste du processus national. Idem pour Joseph Tarabay, président de la Ligue maronite, retour pour sa part de Washington où il a participé aux travaux annuels de la Banque mondiale.
En tête du programme des conciliateurs : organiser un shake-hand entre l’ancien ministre Sleimane Frangié, chef des Marada, et le Dr Samir Geagea, leader des Forces libanaises. Les incidents sanglants de Bsarma justifient la priorité donnée à cette rencontre par les chargés de mission de Baabda ainsi que par la Ligue, observée et soutenue par les quatre évêques, c’est-à-dire par Bkerké.
La célérité est également requise du fait qu’on est à deux pas, à deux doigts, pour ainsi dire, du 5 novembre, deuxième rendez-vous du dialogue national initié par, et à, Baabda. Ces palabres prendraient une tout autre dimension, ou signification, s’ils redémarraient sur une réconciliation interchrétienne.
Étant entendu qu’elle devrait être, comme le soulignent du reste tous les intéressés, les protagonistes comme les médiateurs, politique et pas seulement personnelle ou protocolaire. C’est-à-dire qu’elle devrait induire un accord sur des dénominateurs communs minimaux découlant des constantes nationales. Coexistence en tête, ce qui implique un pacte de non-agression politico-médiatique autant que physique. Un pacte renouvelé, en fait, car les leaders maronites avaient déjà signé naguère une charte d’honneur établie par les évêques.
Resteraient, bien entendu, des convictions globales ou pointues difficilement conciliables. Autrement dit des divergences de lignes, l’opposition de deux projets, plus ou moins graves ou accentuées mais qui resteraient sous contrôle éthique. Chacun continuant à défendre ses vues dans un cadre démocratique. Ce qui ne se vérifie pas dans les récents échanges acerbes entre le général Michel Aoun, leader du CPL, et le Dr Geagea.
Bref, le but clinique ponctuel des médecins traitants est de faire baisser la tension. Condition préliminaire indispensable pour une bonne reprise du dialogue national. Pour le moment, cependant, les sources de la Ligue indiquent que le fruit n’est pas encore assez mûr pour que l’on puisse préciser la date à laquelle M. Frangié et le Dr Geagea accepteraient de se rencontrer à Baabda. Avant ou en même temps qu’une réunion à quatre rajoutant le président Gemayel et le général Aoun. Pour une bénédiction ultérieure à Bkerké. Ce à quoi tout le monde, y compris le général Aoun, a consenti. Ces sources précisent que les difficultés rencontrées se rapportent, en premier lieu, à des considérations de terrain sécuritaires. Façon sans doute de souligner que les chefs ne souhaiteraient pas se réconcilier avant que leurs militants respectifs n’aient mutuellement consenti à passer l’éponge.
Un détail : certains préfèrent ne pas lier les réconciliations au rendez-vous du 5 novembre. À leur avis, il ne faut pas précipiter les choses, mais bien les peaufiner, pour éviter des malentendus qui provoqueraient de néfastes contre-effets au niveau de la rue. D’aucuns estiment également qu’il faudrait instituer un comité spécial pour préparer la rencontre des pôles et rédiger le communiqué qui en sortirait. Mais les médiateurs, dont les proches de Baabda, préfèrent qu’il y ait d’abord une rencontre Frangié-Geagea. Autre scénario envisagé : Frangié et Aoun partiraient de Rabieh vers Baabda, tandis que Gemayel et Geagea s’y rendraient à partir de Sin el-Fil, à la nuit tombée, loin des feux de la rampe. Essentiellement par mesure de précaution sécuritaire renforcée, car les terroristes sont à l’affût. Mais aussi, pour éviter que certaines parties que les réconciliations indisposent ne brouillent les cartes.
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