Les États-Unis reconnaissent être en difficulté, mais espèrent un
redressement, alors que les Européens sont à la recherche d’un front commun.
Les places financières ont replongé hier, passant de l’euphorie à la déprime, devant les nombreux signes avant-coureurs de récession, alors que les dirigeants européens s’efforçaient à Bruxelles de consolider leur front uni.
La liesse boursière engendrée par les sommes colossales débloquées par les Européens et les Américains pour soutenir leur secteur bancaire n’aura duré que deux jours. Les craintes de récession ont pris le relais de la panique déclenchée par la crise financière.
« On a un déplacement de la crise financière vers l’économie réelle. Il y a un mouvement de balancier, quand on semble avoir réglé un problème bancaire, le marché se reporte sur l’impact sur les entreprises et les ménages », relève, désabusé, un vendeur d’actions à Paris.
Après deux jours de fortes hausses, les Bourses européennes se sont enfoncées dans le rouge : Londres a perdu 7,16 % en clôture, Francfort 6,49 % et Paris 6,82 %. La Bourse de New York, minée par les craintes de récession, creusait également ses pertes hier. La Bourse de São Paulo, première place financière d’Amérique du Sud, plongeait de 11 % à mi-séance. Plus tôt dans la journée, en Asie, Tokyo avait clôturé sur un gain de 1,06 %, mais Hong Kong avait terminé en recul de 4,96 % et Shanghai de 1,12 %.
Sous pression, les dirigeants du G8 (l’Allemagne, le Canada, les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie, le Japon et la Russie) se sont prononcés pour la tenue dans « un avenir proche » d’un sommet consacré à une réforme du système financier international, associant des pays émergents, une idée chère au président français Nicolas Sarkozy. Un communiqué commun en ce sens a été rendu public par la Maison-Blanche.
Des deux côtés de l’Atlantique, le spectre de la récession cristallise désormais toutes les craintes : la reprise de l’économie américaine n’est pas pour « tout de suite », a averti le président de la Banque centrale des États-Unis (Fed), Ben Bernanke. Les autorités américaines ont reconnu hier que l’économie des États-Unis va affronter des temps difficiles, mais elles comptent sur le plan de sauvetage bancaire pour réamorcer la pompe du crédit et éviter une récession prolongée de l’économie. « Nous allons devoir affronter un certain nombre de défis pendant un certain nombre de mois. Cela va prendre du temps pour surmonter cette phase », a admis le secrétaire au Trésor Henry Paulson. Sans prononcer le terme de récession, il a reconnu qu’il y aurait des « cahots sur la route, des défis », mais il a affirmé que les États-Unis ont, grâce au plan de sauvetage bancaire de 700 milliards de dollars adopté début octobre par le Congrès, « les instruments nécessaires » pour redresser la barre.
En dépit des nuages qui s’accumulent à l’horizon, le président George W. Bush s’est voulu optimiste : « J’ai confiance qu’à long terme, l’économie américaine se redressera. » M. Bush a défendu le plan de stabilisation bancaire, qui prévoit depuis mardi l’entrée de l’État dans le capital de dizaines de banques. Pour le président, il s’agit de « mesures exceptionnelles » et il a nié que ce plan puisse aboutir à un interventionnisme exagéré sur l’économie.
Les signes de détérioration de la conjoncture qui se multiplient en Europe étaient aussi au menu du sommet de crise des dirigeants européens, qui s’est ouvert hier pour deux jours à Bruxelles.
L’économie allemande, la première d’Europe, est « au bord de la récession », selon les instituts allemands de conjoncture, et l’Irlande y est déjà.
Le sommet européen doit permettre de rallier l’ensemble des 27 membres de l’UE aux plans de sauvetage des banques de 2 000 milliards d’euros des 15 pays de la zone euro et du Royaume-Uni. Reste à convaincre onze pays membres et notamment le plus réticent, la République tchèque.
Les Européens s’apprêtaient à entériner la création d’une « cellule de crise financière » regroupant les présidents de la Banque centrale européenne (BCE), de la Commission européenne, de l’Eurogroupe et du Conseil européen.
L’Europe a modifié hier les normes comptables applicables à ses banques, afin de les soulager face à la crise financière, le système existant étant jugé pénalisant, notamment face aux établissements américains. La Commission européenne a indiqué avoir adopté ces modifications de règles comptables, « avec le soutien unanime des États membres », selon un communiqué. Un porte-parole de l’Exécutif européen avait indiqué plus tôt dans la journée que les régulateurs comptables de l’Union européenne avaient « voté à l’unanimité » en faveur de ces changements des normes.
La Commission européenne a en outre proposé de relever de 20 000 à au moins 100 000 euros, d’ici à un an, le montant minimum de garantie bancaire des particuliers dans l’UE. Cette proposition va au-delà de la garantie de 50 000 euros décidée la semaine dernière.
Parallèlement, une avalanche de mauvais indicateurs a avivé les craintes sur la santé de l’économie mondiale.
L’activité économique américaine « a faibli en septembre » et « les conditions d’obtention de crédits se sont durcies », a constaté le Livre beige de la Fed. Les ventes de détail aux États-Unis ont reculé en septembre de 1,2 % par rapport à août, une baisse nettement plus importante que prévu. « L’économie américaine semble en récession », a jugé une responsable de la Fed, Janet Yellen.
Les ventes de voitures neuves ont plongé en Europe de 8,2 % sur un an en septembre, atteignant leur niveau le plus bas depuis 10 ans. Le Royaume-Uni se rapproche à grande vitesse de la barre des deux millions de chômeurs et son taux de chômage a atteint 5,7 %, un sommet depuis mars 2000. Le Premier ministre français François Fillon, évoquant une crise « profonde » et « exceptionnelle », craint « une panne de croissance » pour la France l’an prochain, avec des « conséquences » sur l’emploi.
En outre, en Asie, le Japon a vu son excédent courant chuter de moitié en août, et sa production industrielle a baissé de 6,9 %.
Les appels à réformer la finance mondiale se multiplient et les États-Unis, jugés responsables de la crise, sont plus que jamais montrés du doigt.
Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le Premier ministre britannique Gordon Brown ont exhorté Washington à s’impliquer davantage pour améliorer la surveillance du système financier. Et à l’ouverture du sommet à Bruxelles, Nicolas Sarkozy a appelé l’UE à soutenir sa proposition d’un sommet international, avant la fin 2008, pour une « refondation » du système financier mondial. « De préférence à New York, là où tout a commencé », a-t-il ajouté.
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