À la veille de son départ, hier, pour Téhéran, Michel Aoun a affirmé, au cours du meeting commémorant l’offensive syrienne du 13 octobre 1990, que les événements du printemps 2005 n’étaient en fait que l’abolition de la dimension sécuritaire d’un condominium imposé au Liban et le maintien de « l’inféodation » à Riyad et Washington.
Le général Michel Aoun a entamé hier après-midi une visite à Téhéran à l’invitation des autorités iraniennes. Dans une déclaration au salon d’honneur de l’aéroport de Beyrouth, le chef du CPL, qui est accompagné du député Edgar Maalouf et de M. Pierre Raffoul, a mis l’accent sur la nécessité de renforcer les relations avec les pays du Moyen-Orient, soulignant que la République islamique iranienne est « la plus grande puissance régionale », et que de ce fait, l’établissement de liens « amicaux » avec elle est un impératif. En réponse à une question sur les informations selon lesquelles il se rend à Téhéran afin de s’y procurer des armes et des fonds, le général a répondu : « Pourquoi pas, si cela constitue un pendant à ce que reçoit l’autre partie. »
Les derniers préparatifs de cette visite avaient été discutés au cours d’un entretien que l’ambassadeur de la République islamique, Mohammad Rida Chibani, avait eu samedi à Rabieh avec le général Aoun. À l’issue de l’entrevue, qui a eu lieu en présence du ministre Gebran Bassile, M. Chibani a rendu un vibrant hommage au général Aoun, soulignant « la place prépondérante qu’il occupe au plan chrétien ». « La place particulière dont jouissent les frères chrétiens dans la République islamique et dans la région est au centre des préoccupations du député (Michel) Aoun, a souligné l’ambassadeur d’Iran. Divers programmes ont été prévus pour cette visite (du général Aoun à Téhéran) de manière à lui permettre d’être informé de la place qu’occupent les chrétiens iraniens ». En réponse à une question, M. Chibani a d’autre part déclaré : « La République islamique a réussi à imposer sa présence en tant qu’acteur essentiel et efficace sur le plan international. Elle représente aujourd’hui une grande puissance régionale. Il est naturel que nous accordions un intérêt au renforcement des relations entre la République islamique iranienne et les pays du Moyen-Orient, et dans ce cadre, cette visite pourrait contribuer à renforcer les liens avec la République libanaise. »
Interrogé sur les raisons de l’intérêt particulier que porte la République islamique au général Aoun, l’ambassadeur iranien a déclaré : « La République islamique iranienne accorde une importance particulière au général Aoun, aussi bien sur le plan libanais que sur le plan politique chrétien ou au niveau des chrétiens d’Orient. Nous avons beaucoup d’estime et de respect pour sa vision stratégique profonde qui, à notre avis, est la bonne. »
La commémoration
du 13 octobre 1990
À la veille de son départ pour Téhéran, le général Aoun a farouchement défendu, samedi, son alliance avec le Hezbollah – et donc son option iranienne – au cours d’un meeting oratoire organisé par le CPL au Palais des Congrès Émile Lahoud de Dbayé pour marquer la commémoration de l’offensive syrienne du 13 octobre 1990 contre les troupes restées fidèles au général Aoun. Seuls les cadres et les responsables du CPL étaient présents à ce meeting auquel n’étaient pas conviés les (nouveaux) alliés (tous proches de Damas) du courant aouniste.
Dans son discours, le général Aoun a commencé par souligner que « les conséquences militaires et juridiques de la funeste journée du 13 octobre 1990 ont disparu ». Évoquant son rapprochement avec Damas, le chef du CPL a déclaré qu’il avait maintes fois affirmé par le passé qu’il souhait « établir les meilleures relations avec la Syrie, mais après son retrait du Liban ». Adoptant une attitude critique à l’égard de la situation à laquelle est parvenu le pays, le général Aoun a souligné que « depuis 18 ans, le Liban est sur la pente raide pour tout ce qui a trait à la vie publique, dans les différents domaines ». « Il est difficile de percevoir des points positifs au niveau de la prestation des divers gouvernements qui se sont succédé, et ce qui nous paraît comme des acquis n’est en réalité que des projets très coûteux qui ont constitué une source d’enrichissement illicite pour leurs promoteurs », a-t-il affirmé.
Abordant ensuite la période du printemps 2005, le chef du CPL a déclaré : « Les Libanais ont cru que la souveraineté avait été recouvrée à la lumière de l’intifada populaire qui a suivi l’assassinat de Rafic Hariri et ils ont cru que l’ère de la tutelle était révolue avec le retrait syrien. Mais la réalité était tout autre. L’accord de Taëf avait établi au Liban un condominium syro-saoudien sous l’égide américaine. Ce qui s’est produit en 2005 n’était que l’abolition de la dimension sécuritaire de cette équation et le maintien de l’inféodation à l’Arabie saoudite et à l’administration américaine. Il s’en est suivi un grave déséquilibre qui a porté atteinte à nouveau à la stabilité du Liban. »
Le refus de se joindre au front anti-Hezbollah
Défendant son alliance avec le Hezbollah, le général Aoun a souligné que « les forces du 14 Mars ont tenté de nous attirer afin de former un front contre le Hezbollah de manière à l’isoler pour ensuite lui faire face ». « Mais nous avons refusé de nous rejoindre un tel front en raison de la gravité d’une telle démarche et de ses conséquences conflictuelles », a déclaré le général Aoun. Nous avons alors proposé une solution préservant les droits du Liban et de la Résistance. Mais il s’est avéré que la voie suivie par les forces de la majorité était en contradiction avec ce que nous avions proposé, et de ce fait, nous nous sommes séparés. »
Le général Aoun a ajouté qu’« en dépit des mises en garde qui nous avaient été adressées par les instances internationales, nous pressant de ne pas nous rapprocher du Hezbollah, nous avons quand même décidé d’aller de l’avant dans le projet d’entente que nous avons annoncé le 6 février 2006 ». Le chef du CPL a affirmé sur ce plan que ce document d’entente avec le parti chiite a constitué « un prélude au dialogue interlibanais ». « L’accord quadripartite (conclu lors des élections de 2005 entre le PSP, le Courant du futur, le Hezbollah et Amal) a éclaté en morceaux en raison du fait que les promesses qui avaient été faites au Hezbollah au sujet de son arsenal militaire et de la non application de la 1559 n’ont pas été tenues. » En conclusion, le général Aoun a affirmé que « la société libanaise, en général, et chrétienne, en particulier, sont la cible d’une vaste opération visant à les soudoyer, sous l’effet de l’abondance des pétrodollars ».
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Le général Michel Aoun a entamé hier après-midi une visite à Téhéran à l’invitation des autorités iraniennes. Dans une déclaration au salon d’honneur de l’aéroport de Beyrouth, le chef du CPL, qui est accompagné du député Edgar Maalouf et de M. Pierre Raffoul, a mis l’accent sur la nécessité de renforcer les relations avec les pays du Moyen-Orient, soulignant que la République islamique iranienne est « la plus grande puissance régionale », et que de ce...