Les résultats d’une étude sur les abus sexuels envers les enfants ont été publiés hier. Les chiffres sont effarants dans une société où la sexualité est encore un sujet tabou et les données officielles sur le sujet quasi inexistantes.
Près de 16,1 % des enfants ont vécu au moins une forme d’abus sexuels et 12,5 % ont été victimes d’actes sexuels. Les attouchements sont les actes les plus fréquents à l’égard des jeunes victimes. Quant à l’âge moyen au cours duquel les enfants ont été victimes de ces actes, il est de 10,3 ans. C’est la terrible constatation d’une étude sur les abus sexuels envers les enfants menée conjointement au Liban par Kafa Violence and Exploitation, par le Conseil supérieur pour l’enfance du ministère des Affaires sociales et par Save the Children Sweden. Cette étude, qui a couvert toutes les régions libanaises, a été réalisée en deux étapes. Un questionnaire a été soumis à un échantillon de 1 025 enfants de 8 à 17 ans, pour la période avant et après la guerre de juillet 2006. De plus, des groupes de discussion ont été organisés avec des enfants, des mères de famille et des éducateurs. L’étude sur les abus sexuels envers les enfants au Liban, qui porte les noms des chercheurs Jinan Usta, Ziyad Mahfoud, Gisèle Abi Chahine et Ghida Anani, a également vu la participation des Centres de développement communautaire, de la Société arabe internationale pour la prévention des abus contre l’enfance et de la négligence, de la Fondation René Moawad, de l’organisation World Vision et de la société civile.
La publication des résultats de cette étude a pour objectifs d’examiner impartialement un problème considéré comme tabou au Liban et de mettre en place une stratégie nationale à l’égard des abus sexuels envers les enfants.
Existence de facteurs
de risque
Les résultats de l’étude montrent également que 8,7 % des enfants ont été victimes de tentatives d’abus sexuels et que 4,9 % d’entre eux ont été exposés à des photos ou des films ayant un contenu sexuel. Le sexe de l’enfant, sa religion, son lieu de scolarisation, l’éducation de son père et le sexe de la personne qui partage la chambre de l’enfant n’ont aucune incidence sur l’acte d’abus. L’abus sexuel n’est pas non plus lié à la culture ou au statut socio-
économique et peut avoir lieu indifféremment dans les régions urbaines ou rurales. L’étude montre toutefois que les abus sexuels envers les enfants sont moins importants à Beyrouth que dans la Békaa ou dans la région de Nabatiyé. Quant au taux le plus important d’abus sexuels envers les enfants, il se situe au Nord, au Sud et dans le Mont-Liban. L’étude montre également que la majorité des abus sexuels (55,8 %) est perpétrée au domicile de l’enfant par un homme qu ’il connaît et qui a sa confiance, mais dont l’enfant refuse de révéler l’identité. Cet homme est un étranger à la famille dans 27 % des cas et un ami dans 21,6 % des cas. Il peut être aussi un membre de la famille, notamment un oncle, dans 8,4 % des cas, ou un frère, dans 8,1 % des cas.
Il existe cependant des facteurs de risque. Les fillettes ayant peu d’amis, des parents absents, non disponibles ou en conflit, ont plus de risques d’être victimes d’abus sexuels, de même celles qui ont un beau-père ou qui habitent loin de leurs parents biologiques. De plus, les abus sexuels sont plus fréquents dans les familles où les enfants ont été témoins de violence, ou ont été soumis à des abus physiques et psychologiques, ou même parmi les enfants qui perçoivent un manque d’affection au sein de la cellule familiale. Le handicap physique ou mental représente aussi un facteur de risque, de même que l’abus d’alcool ou de drogue dans la famille.
Avant et après la guerre
Par ailleurs, 54,1 % des enfants victimes d’abus ont rapporté qu’ils ont raconté ce qui leur est arrivé à quelqu’un de proche, dans 36,4 % des cas à leur mère, mais 23,2 % des jeunes victimes ne se sont confiées à personne car elles avaient peur de la personne qui avait abusé d’elles. Les enfants abusés sexuellement ont plus tendance que les enfants qui n’ont pas subi d’abus à échouer à l’école, à fumer ou à boire de l’alcool et à ressentir des perturbations psychologiques et physiologiques. Certes, les symptômes diffèrent selon le sexe de la victime. Les filles qui ont subi des abus sexuels tendent à souffrir davantage de stress post-traumatique. Elles présentent aussi des insomnies et de l’anxiété. Les plus jeunes, eux, font notamment des cauchemars et adoptent un comportement sexuel inadéquat.
La guerre de 2006 pourrait avoir contribué à augmenter certains genres d’abus sexuels envers les enfants, notamment le viol ou le filmage d’enfants performant des actes sexuels. Toutefois, seulement 4,8 % de l’échantillon a admis avoir subi au moins une forme d’abus sexuels durant la guerre de 2006, alors que 46 % des enfants ayant été victimes d’au moins une forme d’abus ont indiqué que ces abus ont eu lieu avant la guerre de 2006. L’enquête montre aussi que les garçons ont été plus fréquemment sujets à ces abus que les filles durant la guerre. La plupart de ces abus ont eu lieu à la maison et ont été infligés par un homme non identifié.
Les groupes de discussion qui se sont déroulés en présence d’enfants, de mères de famille et d’éducateurs ont mis en exergue l’ignorance de l’existence d’abus sexuels. Par ailleurs, ce sujet étant considéré tabou dans la société libanaise, les cas où les filles sont victimes d’abus sont traités avec plus de secret que lorsque ce sont des garçons qui en sont victimes. De plus, lorsque l’abuseur est un membre de la famille, les groupes de discussion ont montré la grande résistance des enfants à révéler son identité.
Ce n’est pas la première fois que le sujet de la pédophilie est abordé au Liban. Les registres du ministère de la Justice révèlent que pour la période allant du 1er janvier au 30 juin 2007, 33 cas d’abus sexuels ou de viols perpétrés sur des enfants ont fait l’objet d’accusations. Cette étude a toutefois réussi à confirmer l’existence du phénomène au Liban et son importance, les chiffres des abus sexuels perpétrés sur l’échantillon étant très élevés. Certes, les enfants de tous les milieux sont vulnérables, mais plus vulnérables encore sont les enfants issus de familles fragmentées, où règne la violence. Plus d’ouverture et plus de dialogue au sein de la famille, ainsi que la mise en place d’une structure légale contre les abus sexuels envers les enfants figurent parmi les recommandations que les enfants aimeraient voir adopter dans la lutte contre les abus sexuels envers les enfants. Dans l’espoir qu’une véritable stratégie nationale soit adoptée pour lutter contre ce fléau…
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Près de 16,1 % des enfants ont vécu au moins une forme d’abus sexuels et 12,5 % ont été victimes d’actes sexuels. Les attouchements sont les actes les plus fréquents à l’égard des jeunes victimes. Quant à l’âge moyen au cours duquel les enfants ont été victimes de ces actes, il est de 10,3 ans. C’est la terrible constatation d’une étude sur les abus sexuels envers les enfants menée conjointement au Liban par Kafa Violence and Exploitation, par le Conseil supérieur pour l’enfance du ministère des Affaires sociales et par Save the Children Sweden. Cette étude, qui...