Les récentes rencontres de David Hale avec des cadres libanais ont suscité beaucoup de spéculations. Car, pour la première fois, le secrétaire d’État adjoint aux Affaires du Moyen-Orient a rencontré des prosyriens aussi bien que des loyalistes. Certains y décèlent un changement de cap américain vis-à-vis de la Syrie. Et, par voie de conséquence directe, une remise en question de la politique américaine au Liban. Mais des pôles qui ont pu voir Hale affirment qu’il n’en est absolument rien.
Selon leurs indications, à l’orée du départ de l’administration Bush, Washington a tenu à confirmer le maintien de sa ligne concernant la Syrie et le Liban, quel que soit le résultat de la présidentielle US. Il est exigé de la Syrie qu’elle empêche l’infiltration de terroristes en Irak, ainsi que l’afflux d’armes destinées au Hezbollah libanais. Elle doit de même cesser de s’ingérer dans les affaires intérieures libanaises, donner corps sans tarder à l’établissement de relations diplomatiques avec Beyrouth et accepter un tracé des frontières commençant par Chebaa.
D’après ces témoins, en mettant Hale lui-même en action sans se contenter des déclarations répétitives de leur ambassadrice à Beyrouth, ou même d’un communiqué du département d’État, les Américains ont voulu souligner en rouge la force de leur message de continuité. Ce qui leur a paru d’autant plus nécessaire que la désignation d’une ambassadrice, en remplacement d’un élément aussi pesant que Jeffrey Feltman, naturellement appelé à de plus hautes fonctions, a pu être interprétée comme un signe de relâchement, sinon de faiblesse. Alors que ce choix s’explique, techniquement, par la prise en compte du caractère transitoire de la mission des diplomates US accrédités à l’étranger, en période de présidentielle.
À ce même propos, et regardant de l’autre côté du miroir, ces pôles libanais estiment que la Syrie ne va pas non plus changer de ligne de conduite. Du moins pas avant d’avoir vu si la nouvelle administration US va, ou non, accepter de traiter avec elle. Et sur quelles bases.
Finalement, c’est à qui attend l’autre. Car, à bien comprendre le message Hale, démocrates et républicains américains seraient convenus qu’il n’y aurait aucune modification des options relatives au dossier libanais.
À savoir, un plein soutien à l’indépendance libanaise, à la mise en œuvre de l’accord de Doha, processus de dialogue libanais compris, comme à l’application totale des résolutions 1559 et 1701. Bref, l’Amérique ne changerait que si la Syrie le fait positivement. Selon toute vraisemblance, ce n’est pas demain la veille.
De plus, l’inflexibilité américaine prête à doute, au vu des annales. Les Libanais, qui, au fil des périodes, ont placé leurs espérances dans l’appui US, ont bien souvent été déçus. Ainsi en 1958, Camille Chamoun n’avait pu obtenir que la VIe Flotte se mette en mouvement que lorsque le pacte de Bagdad s’était effondré. Trop tard pour l’emporter sur la révolution soutenue par Nasser. C’est Bill Clinton qui, plus tard, se montrera le plus versatile. Avant d’être élu, il s’était déchaîné à fond contre la Syrie, en dénonçant le laxisme de Bush senior face à Damas. Mais une fois en poste, il s’était croisé les bras. Il faut cependant reconnaître que, même en y mettant du sien, Washington se trouve avoir affaire à trop forte partie. Ronald Reagan avait dû retirer ses marines, et la France ses soldats, à la suite d’attentats qui avaient fauché des centaines de leurs soldats.
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Selon leurs indications, à l’orée du départ de l’administration Bush, Washington a tenu à confirmer le maintien de sa ligne concernant la Syrie et le Liban, quel que soit le résultat de la présidentielle US. Il est exigé de la Syrie qu’elle empêche l’infiltration de terroristes en Irak, ainsi que l’afflux d’armes...