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Actualités - Opinion

La situation Quand la réconciliation nuit à l’autorité de l’État Mahmoud HARB

Si les heurts miliciens ont considérablement porté atteinte à la crédibilité et à l’autorité de l’État, la vague des réconciliations n’a pas été pour restaurer le pouvoir des institutions et le règne de la loi. Le domaine de l’État a en effet été doublement violé, aussi bien par les combats entre factions armées autour du portrait de tel ou tel zaïm que par l’accord conclu entre le Courant du futur, Amal et le Hezbollah pour retirer les insignes partisans de Beyrouth. L’entente, annoncée hier par Saad Hariri puis par Nabih Berry, est certes fort louable en tant que telle. Car elle permet de mettre un terme à « l’hémorragie qui se poursuit depuis le 7 mai », selon les mots employés par le chef du Courant du futur. Néanmoins, dans le fond, il reste que les parties signataires avaient empiété sur le domaine public en suspendant leur arsenal de portraits et d’étendards sur les constructions payées par le contribuable et sur les bâtisses privées. En déformant le paysage urbain pour délimiter leurs territoires politico-confessionnels réciproques. Et ils ont de nouveau empiété sur l’autorité de l’État en décrétant discrétionnairement l’élimination de leurs repères territoriaux, « en collaboration avec le ministère de l’Intérieur et avec la municipalité de Beyrouth ». Pourquoi donc le Conseil des ministres n’a-t-il pas pris d’office cette décision qui relève de son unique ressort puisqu’elle concerne la voie publique ? Pourquoi le cabinet a-t-il préféré attendre qu’un accord partisan tardif vienne régler un dossier qui a fait couler beaucoup d’encre et de sang ? La guerre civile miniature de mai avait menacé de provoquer une désagrégation du pays. La paix dont on ne peut que se féliciter promet d’engendrer une désinstitutionnalisation progressive du fonctionnement de l’État. Il semble en effet que les grandes décisions seront désormais prises officieusement, en dehors du Conseil des ministres qui se contentera de les applaudir et de faire semblant de suivre leur application. Comme si le Conseil s’était transformé en une Loya Jirga, en un conseil de tribus à l’afghane. Chamseddine récidive C’est que laissait entendre Ibrahim Chamseddine la semaine dernière, lorsqu’il a souligné, en se retirant de la réunion du cabinet avant sa fin, que « le ministre n’est pas censé être le délégué de son parti auprès du gouvernement ». Hier, le ministre d’État pour le Développement administratif a récidivé, en quittant prématurément la séance du Conseil pour protester contre l’incapacité du gouvernement, paralysé par l’hétérogénéité de ses membres, à prendre la moindre décision conséquente. Les ministres ont en effet longuement discuté du dossier de la loi électorale qui sera examinée par le Parlement dès demain samedi, sans pour autant réussir à élaborer une position commune autour de ce point. Pourtant, ils seront appelés à siéger à l’Assemblée pendant que les députés délibéreront autour du texte qui devrait régir le déroulement du prochain scrutin. « Aucun ministre ne pourra s’exprimer au nom du gouvernement à cet égard, a donc noté Ibrahim Chamseddine, lors d’une conférence de presse, car tout simplement l’Exécutif n’a pas élaboré de position autour de ce dossier. Nous avons tous accepté le découpage des circonscriptions tel que défini par l’accord de Doha. Mais nous aurions pu proposer des réformes électorales portant sur d’autres points, si la loi avait été soumise au Parlement ». Une source digne de foi a indiqué à L’Orient-Le Jour que lorsque le ministre d’État avait soulevé ce point devant le Conseil, le Premier ministre Siniora lui avait répondu que « nous sommes dans une situation anormale, du point de vue politique ». « Nous sortons droit d’une période de trouble. Et la marge d’action du gouvernement est fort limitée par l’accord de Doha. Nous sommes tous tenus d’appliquer les stipulations de l’entente nationale. Si les députés s’adressent à nous (demain) samedi, nous défendrons les positions soutenues par le ministre de l’Intérieur en matière de réformes électorales, et par le ministre des Affaires étrangères en ce qui concerne le vote des expatriés », a poursuivi le chef du gouvernement. Outre Ibrahim Chamseddine, un autre ministre s’est également retiré de la réunion du Conseil, pour manifester son irritation. Il s’agit du ministre de l’Intérieur, Ziyad Baroud, qui n’a pas été satisfait de la décision prise par le gouvernement relativement aux carrières de pierre qui éventrent les montagnes du pays et détruisent leur écosystème.  Rappelons que l’autorisation accordée à ces carrières arrive à expiration le 30 septembre prochain. Il appartient, en principe, au ministère de l’Environnement de se prononcer sur l’éventuel renouvellement de cette mesure, en vertu d’un décret pris par le gouvernement. Sauf que ce décret a été gelé, il y a quelques années, et que cette mission a été confiée au ministère de l’Intérieur qui se contentait de renouveler automatiquement l’autorisation accordée aux carrières tous les six mois. Or, selon une source informée, Ziyad Baroud veut mettre un terme immédiat à cette pratique et prône la restauration de la tutelle du ministère de l’Environnement sur les carrières et une application sévère et rigoureuse de la législation encadrant leur fonctionnement. Ce qui mènera à la fermeture instantanée d’un grand nombre de ces entreprises. Néanmoins, le Conseil des ministres a préféré accorder deux mois supplémentaires aux carrières, « pour permettre au ministère de l’Environnement de se saisir de ce dossier et afin de ne pas provoquer une hausse subite des prix des matériaux de construction ». D’où la colère du ministère de l’Intérieur de voir quelques promoteurs bien pistonnés continuer à s’enrichir pendant une soixantaine de journées supplémentaires, au détriment de la nature d’un Liban autoproclamé pays touristique.
Si les heurts miliciens ont considérablement porté atteinte à la crédibilité et à l’autorité de l’État, la vague des réconciliations n’a pas été pour restaurer le pouvoir des institutions et le règne de la loi. Le domaine de l’État a en effet été doublement violé, aussi bien par les combats entre factions armées autour du portrait de tel ou tel zaïm que par l’accord conclu entre le Courant du futur, Amal et le Hezbollah pour retirer les insignes partisans de Beyrouth.
L’entente, annoncée hier par Saad Hariri puis par Nabih Berry, est certes fort louable en tant que telle. Car elle permet de mettre un terme à « l’hémorragie qui se poursuit depuis le 7 mai », selon les mots employés par le chef du Courant du futur.
Néanmoins, dans le fond, il reste que les parties signataires avaient empiété...