Lélia MEZHER
Mohammad Raad s’est rendu hier à Koraytem pour y rencontrer Saad Hariri à la tête d’une importante délégation du Hezbollah. Les deux parties se sont contentées d’annoncer une prochaine rencontre Hariri-Nasrallah. Ce climat
d’apaisement semble avoir déteint sur la scène chrétienne où des efforts
commencent à être aussi fournis pour réduire les tensions.
Pas de réconciliation de mise entre le Courant du futur et le Hezbollah, car « nous sommes déjà réconciliés », comme l’a rappelé Mohammad Raad. Même si la base sunnite ne partage pas forcément cette manière de voir les choses, ces propos ont été prononcés à Koraytem à l’issue de la réunion de la délégation du Hezbollah avec Saad Hariri. « Cette visite a permis aux deux parties de reconnaître leurs différences, mais en même temps personne ne compte changer ses alliances », a indiqué à cet égard une source proche de Koraytem. « Les deux parties ont convenu que l’instabilité est néfaste et qu’il est nécessaire de crever l’abcès », a-t-elle ajouté. Des sources citées par le site Internet NowLebanon ont par ailleurs indiqué que si le Courant du futur a blâmé le Hezbollah pour les événements du 7 mai, ce dernier l’a simplement « déploré ».
Concernant la réunion entre Saad Hariri et Hassan Nasrallah, aucune date n’a pour l’heure été avancée, mais la délégation devra « remettre à M. Hariri une invitation de M. Nasrallah à se rencontrer pour couronner les efforts de réconciliation politique entre les deux parties », a affirmé la télévision al-Manar. Selon des informations obtenues par la chaîne LBC, cette rencontre aura vraisemblablement lieu « lors de la fête du Fitr, ou peut-être même avant ». Il existe donc de toute évidence une volonté de poursuivre les démarches qui permettront – à terme, et si rien ne vient les ébranler – de consolider le climat d’apaisement soigneusement distillé tant par le Hezbollah que par le Courant du futur, même si personne ne semble réellement pressé d’accélérer le processus ainsi amorcé. Car tout comme le dialogue a été – quasiment – remis aux calendes grecques, la rencontre Hariri-Nasrallah ne devrait pas intervenir de sitôt. Des indications devraient d’ailleurs transparaître dans le discours que prononcera demain le chef du Hezbollah à l’occasion de la Journée de Jérusalem.
Sur un autre plan, le lent processus des réconciliations semble aussi suivre son cours sur la scène chrétienne, puisqu’une délégation de la Ligue maronite présidée par Joseph Torbey a rendu visite à Samir Geagea, hier. Ce dernier a ainsi « salué » les efforts de la Ligue « qui tente de réduire les tensions interchrétiennes » et s’est dit « prêt à participer à toute rencontre bilatérale que la Ligue voudrait organiser ». Reste à savoir si les autres responsables chrétiens sont prêts à lui emboîter le pas. Car il n’est pas uniquement question ici de passer l’éponge sur les divergences des uns et des autres, mais aussi de barrer la voie à d’autres incidents similaires à ceux de Bsarma. Ibrahim Najjar a d’ailleurs prévenu : « Le pays est en proie au chaos et les leaders chrétiens se doivent de tomber d’accord sur un seuil minimum de principes nationaux. » Mohammad Abdel Hamid Beydoun est allé plus loin, en soulignant que ce sont les « sunnites et les chiites qui attisent et financent les différends interchrétiens » et que des élections dans ce climat n’auraient pas de sens, surtout « avec le flux actuel d’argent et d’armement » qui parvient aux différentes parties. Mais si réellement ce sont les leaders sunnites et chiites qui ont transféré leurs différends sur la scène chrétienne, le climat d’apaisement qui est en train d’être distillé au niveau sunnito-chiite devrait automatiquement contaminer la communauté chrétienne, toutes couleurs confondues. Une source parlementaire citée par l’agence al-Markaziya a indiqué que « les efforts actuellement fournis par la Ligue maronite pavent en fait la voie à une initiative de Michel Sleiman qui a d’ores et déjà prouvé sa capacité à gérer les complications ».
Commentant les contacts en cours entre camps politiques rivaux, le député du bloc Joumblatt, Mahmoud Hajjar, a néanmoins indiqué que « les réconciliations ne pourront pas mener à de réelles ententes », car seul le dialogue est en mesure de sceller de tels pactes, surtout si l’objet de ce dialogue portera sur « la stratégie de défense nationale et les armes du Hezbollah ».
Toutefois, en dépit de la perplexité ambiante, il semble bien que le train de l’apaisement soit sur les rails. En soirée, Nabih Berry s’est rendu au Sérail pour discuter avec Fouad Siniora qui l’a probablement tenu au courant des résultats de sa visite en Arabie saoudite, pendant qu’à Rabieh, Élias Murr recevait Gebran Bassil. M. Berry avait dans ce contexte affirmé au quotidien an-Nahar que « les réconciliations suivent leur rythme et l’entente n’est pas une nécessité, mais une obligation ».
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