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Actualités - Opinion

L’éclairage Bien oublié, l’engagement parisien d’Assad… de Philippe ABI-AKL

Félicitant à Paris le président Sleiman, le président Assad l’informait qu’il dépêcherait sous peu Moallem, porteur d’une invitation, à Baabda. Salloukh lui demandant si son émissaire allait, par la même occasion, rencontrer Berry et Siniora, le chef de l’État syrien lui a répondu en ces termes : « Non. Nous traitons avec le président du Liban et nous traitons avec le Liban à travers les institutions. Au Liban, il y a un seul président. Dorénavant, la manière syrienne de traiter avec le Liban sera différente que par le passé. » Il y a eu ensuite le sommet dit de la page tournée. Retournée bien vite, en réalité, au passé antérieur. C’est-à-dire à des rapports qui sucrent allègrement les institutions de l’État, pour privilégier la collusion avec les parties qui le sapent de l’intérieur. Un petit exemple pour preuve : il avait été entendu, lors du sommet, que le ministre syrien de l’Économie visiterait Beyrouth pour arranger, avec son homologue libanais, beaucoup de choses bancales. Or, aujourd’hui encore, bien des semaines plus tard, sur sa tour perchée, Anne, ma sœur Anne, a beau guetter, elle ne voit rien venir… Auparavant, le président syrien a pu participer à la création de l’Union pour la Méditerranée initiée par le président Sarkozy puis assister au défilé du 14 Juillet à Paris. Il a ensuite reçu à Damas son homologue français qui lui a ainsi signé son admission, sa rentrée en scène internationale, son bon de sortie d’un isolement qui a duré nombre d’années. Sous condition de normaliser ses relations avec le Liban, c’est-à-dire de les limiter à un cadre d’État à État. Or, interrompu juste le temps d’amadouer un peu les Occidentaux, le carrousel de politiciens libanais invités à Damas reprend maintenant de plus belle. Et ce n’est certainement pas pour échanger des civilités mondaines. Mais bien pour orchestrer le tempo de ces législatives qui devraient, espère-t-elle, installer ses bons amis libanais au pouvoir. Pas de cadeaux Il se confirme donc qu’après avoir décroché sa réhabilitation des Européens, Français en tête, le régime syrien néglige, simple euphémisme, ses devoirs relationnels étatiques concernant le sujet Liban. Sans vraiment trahir sa parole : lors même de sa fausse lune de miel avec Paris, Assad glissait une petite phrase lourde de sens. À savoir que la Syrie ne fait pas de cadeaux, qu’elle traite avec autrui en fonction des intérêts, qu’elle ne sacrifie pas les siens, pas plus qu’elle ne demande à autrui de sacrifier les siens. Coïncidence troublante (on s’en voudrait de sauter aux conclusions), les menées politiques syriennes s’accompagnent d’une sanglante déstabilisation sur le terrain. Comme avant, comme toujours. Des troubles, des incidents armés, des assassinats pour attiser un climat hideux de haine. Confessionnelle, comme à Saadnayel, ou partisane, comme à Bsarma. Ce qui met la paix civile en péril. Et favorise la dislocation de l’entité libanaise et l’émergence de cantons mini-États. Une tendance, une orientation qui révolte le ministre d’État pour le Développement administratif, Ibrahim Chamseddine. Quittant avec éclat le Conseil des ministres, ce pôle a protesté contre le comportement outrancier de certains de ses collègues agissant, et parlant, dans un esprit sectaire partitionniste, selon ses termes. Il a cité, pour exemple, l’antienne milicienne d’un des intervenants, répétant tout le temps « Ma région propre, ma propre collectivité » veulent ceci ou cela. Sans jamais se référer à la nation et encore moins à l’État. Il reste à savoir si le bon sens et la tendance positive illustrée par les réconciliations vont finalement l’emporter. Pour le moment, la balance oscille. Un exemple : le Courant du futur, le Hezbollah et Amal s’étaient entendus pour un nettoyage des rues des posters, des graffitis, des calicots et des banderoles. Mais le Hezb s’est ravisé en affirmant que l’accord ne concernerait ni son fief de la banlieue sud ni la route de l’aéroport, et tout est donc resté en place. Nul ne semble vouloir suivre l’exemple et le conseil du chef de l’État qui, tout en remerciant la population, l’avait priée de ne pas afficher son portrait sur les places publiques.
Félicitant à Paris le président Sleiman, le président Assad l’informait qu’il dépêcherait sous peu Moallem, porteur d’une invitation, à Baabda. Salloukh lui demandant si son émissaire allait, par la même occasion, rencontrer Berry et Siniora, le chef de l’État syrien lui a répondu en ces termes : « Non. Nous traitons avec le président du Liban et nous traitons avec le Liban à travers les institutions. Au Liban, il y a un seul président. Dorénavant, la manière syrienne de traiter avec le Liban sera différente que par le passé. » Il y a eu ensuite le sommet dit de la page tournée. Retournée bien vite, en réalité, au passé antérieur. C’est-à-dire à des rapports qui sucrent allègrement les institutions de l’État, pour privilégier la collusion avec les parties qui le sapent de l’intérieur. Un...