C’est une confiance triplée qu’inspire la stratégie de défense que suit la Banque centrale. Triplée, parce que, sans autres armes que le savoir-faire et le concours du privé, cette institution parvient à sauver le pays économique et financier des affres que lui vaudraient les effondrements en kyrielle des marchés mondiaux, pétrole ou cours boursiers, l’instabilité politique chronique et les secousses sécuritaires internes.
L’exception libanaise, positive dans ce domaine, le gouverneur Riad Salamé la souligne sous forme d’assurance. « La crise financière et bancaire qui secoue l’Amérique ne produit ni risques ni effets perturbateurs sur les banques libanaises et sur le marché financier local. »
Même constat, en écho de soutien, de la part du ministre des Finances, Mohammad Chatah, et du président de l’Association des banques, François Bassil.
C’est d’autant plus rassurant que malgré tant de vicissitudes accumulées, le pays est en progrès, et les indices de croissance à la hausse. Ainsi, en avril 2006, avant même le coup, et le coût, économique de la guerre de juillet, Jeffrey Feltman, alors en poste à Beyrouth, soulignait, dans son allocution lors du déjeuner donné par la Chambre de commerce américano-libanaise, que « le système actuellement appliqué au Liban n’est pas durable. Le pays vit sur des fonds empruntés. Le potentiel que représentent les jeunes diplômés et les femmes talentueuses reste inexploité. Pour réaliser la prospérité économique, il faudrait que la transparence se substitue à la corruption. Les marchés des capitaux ont besoin de plus de modernisation. Il n’y a pas d’autre choix à suivre que la réforme, si l’on veut que ce pays devienne stable autant que souverain et démocratique. Pour y arriver, il est nécessaire de passer outre aux polémiques vides de sens ».
À ce propos, il a été vite servi. En effet, la table ronde du dialogue national a été initiée juste après son intervention. Il s’en est d’ailleurs félicité en avouant n’avoir pas imaginé, ou espéré, que des protagonistes aussi opposés puissent se retrouver pour discuter, à tête reposée, de sujets si sensibles qu’ils en devenaient tabous. Ajoutant que le plus remarquable était que ce processus n’était suscité par aucun gouvernement étranger. Et que « Rustom Ghazalé ne siégeait pas dans la pièce attenante » …
Progrès
Deux ans et cinq mois plus tard, bis repetita, reprise du dialogue, et des observations économiques qui vont avec. Cette fois, la parole est à Riad Salamé. Il relève, également devant la Chambre de commerce américano-libanaise, que la solvabilité du Liban est impeccable, la Banque centrale veillant à ce que le pays rembourse toujours ses échéances, en assurant la stabilité monétaire et le flux comptant par des mécanismes appropriés. Il note que la BDL et le gouvernement ont toujours rejeté les appels à la solution de facilité proposant soit l’abolition de la dette, soit la dévaluation de la livre pour réduire la dette publique interne.
Il a ajouté qu’en naviguant au plus près, la Banque centrale est parvenue à disposer de liquidités-records en devises étrangères, ses réserves atteignant les 17 milliards de dollars. Avec l’or et les autres avoirs, la caisse plafonne à 27 milliards et permet à la BDL d’intervenir pour parer les coups durs consécutifs aux troubles sur le terrain ou à l’escalade politique.
Entre-temps, le taux de croissance prévu pour cette année (2008) se chiffre à 5 %. Le tout s’accompagnant d’une baisse des taux d’intérêt sur le dollar, ce qui stimule la demande en livres libanaises et réduit de 79 à 73 % la dollarisation des dépôts bancaires, dont le montant, précise-t-il, est quatre fois plus élevé que le volume de l’économie libanaise.
Mais naviguer au plus près, cela veut dire quoi au juste ? La réponse réside dans des mesures d’une prudence exemplaire. Comme interdire aux banques d’investir sans limites dans des montages de crédit risqués, sans portefeuille de garantie solide. Ou encore des dispositions relatives à des prêts fonciers du premier comme du deuxième niveau, le plafond étant fixé à 60 % ad valorem du devis du projet à financer.
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L’exception libanaise, positive dans ce domaine, le gouverneur Riad Salamé la souligne sous forme d’assurance. « La crise financière et bancaire qui secoue l’Amérique ne produit ni risques ni effets perturbateurs sur les banques libanaises et sur le marché financier local. »
Même constat, en écho de soutien, de la part du ministre des Finances, Mohammad Chatah, et du président de...