Les deux camps, et les autres, voient pareillement dans les législatives de l’an prochain un tournant crucial. Une échéance appelée à déterminer le sort, le système, l’identité du Liban. Et peut-être, même, la viabilité de l’entité qu’il constitue, comme de la formule sur laquelle il repose.
Mais il pourrait bien s’agir, en regard de l’histoire, d’un rendez-vous manqué avec le destin. Car l’instabilité politique et sécuritaire persistante induit un doute, aussi fort que logique, sur la possibilité d’organiser les élections dans les délais légaux.
Doute également sur la validité potentielle du scrutin. À cause de l’intimidation armée ? Certes, mais plus prosaïquement à cause des flagrantes défectuosités de la vétuste formule de 1960. Adoptée à Doha, alors même que la plupart des signataires libanais convenaient que ce code archaïque est pour le moins imparfait. Obsolète, il suit une cartographie, un découpage de cazas-circonscriptions qui n’existe plus, même sur le papier, ainsi qu’une fragmentation démographique qui a totalement changé dans beaucoup de régions. La 1960 ne saurait donc permettre au peuple souverain d’exprimer vraiment, librement, ses volontés.
Surtout si l’on continue à suivre le système du scrutin majoritaire, sans aucune dose de proportionnelle pour corriger un peu le tir, limiter les dégâts en termes de taux de représentativité réelle. En rendant l’électeur un peu plus libre de ses mouvements, en le dégageant de l’obligation de choisir en gros entre des listes dites principales. Sans que les minorités, partisanes, idéologiques, économiques, humanitaires ou communautaires y trouvent la moindre place au soleil. Pour important que soient, parfois, leur rôle et leur action de terrain par rapport à des catégories sociales déterminées.
Risques
Or, quand la démocratie se trouve trahie, elle a tendance à se dévoyer. Lorsque des éléments ou des groupes de valeur se trouvent écartés de la Chambre par un système de vote monolithique, parfois à quelques minces voix de différence, c’est, évidemment, en dehors du Parlement qu’ils sont portés à réagir et à agir. Au niveau de la rue, éventuellement, et il y a là un risque dangereux de retour de boomerang.
Cependant, il n’est pas encore trop tard. Nombre de députés qui ont capté cinq sur cinq le cri de cœur et les remarques de Husseini le démissionnaire militent activement pour la proportionnelle. En démarchant les présidents Sleiman, Berry et Siniora ainsi que les chefs religieux.
Et en faisant valoir un argument global de poids, à savoir que des élections sans proportionnelle risqueraient de reproduire une Chambre coupée en deux. Et de retomber dans l’instabilité, comme dans la paralysie larvée, qui découle d’une neutralisation réciproque. En d’autres termes, on retrouverait une majorité et une minorité dont la différence de poids resterait trop peu significative pour que le pouvoir ne soit pas partagé. Donc bloqué. Avec, de nouveau, danger de recours à la rue-arbitre pour tel ou tel enjeu.
La proportionnelle rendrait, par contre, la Chambre plus disparate, variée et nuancée. Atténuerait largement la mentalité de tranchées et de barricades qui règne place de l’Étoile à travers les blocs énormes qui s’y font face. En permettant, de plus, à des catégories non intégrées au gouvernement d’être au moins représentées à la Chambre et de participer, pour l’enrichir, à la vie publique.
Parallèlement, et tout à fait dans le même esprit de respect d’un pluralisme rassembleur bien compris, comme de service des gens, il faut accélérer la décentralisation administrative. Régionaliser, doter les mohafez et les caïmacams de pouvoirs plus larges, installer les administrations, les services publics dans bien plus de bourgs. Former des conseils de caza, appliquer un plan de développement longue durée et fédérer les municipalités pour en améliorer les recettes.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Les deux camps, et les autres, voient pareillement dans les législatives de l’an prochain un tournant crucial. Une échéance appelée à déterminer le sort, le système, l’identité du Liban. Et peut-être, même, la viabilité de l’entité qu’il constitue, comme de la formule sur laquelle il repose.
Mais il pourrait bien s’agir, en regard de l’histoire, d’un rendez-vous manqué avec le destin. Car l’instabilité politique et sécuritaire persistante induit un doute, aussi fort que logique, sur la possibilité d’organiser les élections dans les délais légaux.
Doute également sur la validité potentielle du scrutin. À cause de l’intimidation armée ? Certes, mais plus prosaïquement à cause des flagrantes défectuosités de la vétuste formule de 1960. Adoptée à Doha, alors même que la plupart des...