Le président Sleiman organise, à partir du mardi 16 à 11 heures, une table ronde de dialogue à l’ébénisterie rénovée, modifiée côté parrainage, comme sur le fond politique ou dans ses formes. Résolu à s’installer au plus vite sur sa haute chaise d’arbitre, il a pris son petit monde de court (de tennis) en faisant l’annonce du coup d’envoi du tournoi lors de l’iftar rassembleur qu’il a donné à Baabda.
Au tableau, les quatorze joueurs de la première édition dite Berry. Et au menu, la stratégie de défense. En s’abstenant d’entrer dans les détails, tant sur le nombre que sur l’ordre du jour, le président confirme-t-il les spéculations initiales selon lesquelles il permettrait aux participants de régler ces questions ? Pas du tout, répondent des sources informées. Le chef de l’État a maintenant tranché. Le processus est réservé aux forces vives du Parlement, institution mère du dialogue national. Les formations non représentées à la Chambre, qu’elles soient loyalistes ou opposantes, sont considérées comme participant au débat par le biais de leurs alliés. Si on devait intégrer trop de monde, les échanges deviendraient rapidement cacophoniques, stériles, et il n’en sortirait rien de bon.
Autre point : il n’est pas question que la table ronde de dialogue se transforme en para-institution empiétant sur les prérogatives, et même sur l’horaire, du Parlement et du Conseil des ministres. Les séances auront lieu à des dates et à des heures ne débordant pas sur l’agenda de travail routinier des députés et des ministres. Le principal but du dialogue étant de parvenir à une réconciliation nationale authentique, à l’ombre des institutions étatiques et des lois.
Revenons aux nouveautés. D’abord, le président Sleiman n’entend pas être l’animateur des débats, comme le président Berry se définissait, mais bien leur arbitre. Aussi et ainsi, la table ne sera-t-elle plus ronde, pour mettre à pied d’égalité tous les participants, initiateur compris, mais rectangulaire oblongue. Comme celle du Conseil des ministres, que l’on pourrait d’ailleurs utiliser. Le chef de l’État siégera donc en tête, et les interlocuteurs seront alignés en vis-à-vis, à sa droite et à sa gauche. Exception possible, mais pas encore certifiée, pour Fouad Siniora. On ne sait pas encore, en effet, si on va l’installer au côté, mais en retrait, du président, en sa qualité de chef du gouvernement. Ou s’il va s’asseoir près des pôles du 14 Mars dont il est membre.
Le passé
On note, pour la petite histoire, que, lors de la précédente expérience, nul, pas même les prosyriens, n’avait songé à avancer le nom du président Lahoud pour diriger les échanges. Nul ne souhaitait le sortir de sa tour d’ivoire marginalisée. Marginalisée au point que ni Berry ni Aoun ne lui rendaient visite.
Jamais la présidence de la République n’avait été aussi dévaluée. Ainsi, à Genève dans les années quatre-vingt, Walid Joumblatt avait voulu protester contre le fait que la direction de la conférence était confiée au président Amine Gemayel en faisant valoir qu’il serait juge et partie puisqu’il adhérait au Front libanais. Pour avoir la surprise d’entendre le président Sleimane Frangié, pourtant pilier, à ce moment, de l’opposition, lui répliquer que malgré son hostilité personnelle à Gemayel, il le reconnaissait comme le chef de l’État comme de ses institutions. Et qu’à ce titre, il devait présider la conférence et ne pas siéger aux côtés des membres du Front libanais. Cette position avait déplu aux Syriens, représentés par Khaddam. Et le président Frangié en avait payé le prix par la suite à travers des incidents opposant aux Marada des éléments du PSNS.
Cette fois, en 2008, l’ordre des valeurs est bien rétabli. Nabih Berry sera présent seulement en tant que chef du mouvement Amal. Et le parrainage des débats ne sera exercé que par le président Sleiman. Qui entend assumer ce statut en rassembleur et en homme de consensus. Il interviendrait, sans doute fréquemment, pour arrondir les angles et rapprocher les points de vue. Ainsi que pour mettre en relief les dénominateurs communs en minimisant les divergences autant que faire se peut. Ou, le cas échéant, pour demander le gel de dossiers épineux débouchant sur une irrémédiable mésentente.
Redémarrage
À ce propos, le changement dans la continuité est à l’honneur. C’est-à-dire que le président Sleiman estime qu’il faut commencer là où le précédent dialogue s’était arrêté. Donc qu’il convient d’entamer le débat par le dossier de la stratégie de défense, déjà évoqué, mais laissé en plan et en suspens.
Tout comme pour le nombre de participants, le chef de l’État pense qu’une trop forte multiplication des sujets inscrits à l’ordre du jour provoquerait un cafouillis nuisible à la bonne marche des institutions.
Cependant, les loyalistes soutiennent que discuter de la non-application des précédentes résolutions, comme celle relative aux bases armées palestiniennes hors camp, ne constituerait pas un rajout à l’ordre du jour.
Un détail, mais d’importance : sayyed Hassan Nasrallah pourrait, pour des raisons de sécurité, se laisser représenter par Mohammad Raad. Mais nombre de cadres le pressent d’être présent en personne pour conforter la réconciliation en vue. En parlant avec Hariri et avec Joumblatt. Et pour que la discussion sur la stratégie de défense, donc sur l’armement du Hezbollah, ne donne lieu à aucune équivoque.
Les indications confiées au Safir par le nouveau commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi (qui doit inspecter le contingent au Sud), constituent un repère fiable pour ce qui est de l’orientation que doit prendre le débat sur la stratégie de défense. Il assure en effet que les armements sophistiqués, les missiles, les hélicos ou les avions, les véhicules que l’armée libanaise reçoit régulièrement vont en faire une troupe forte capable de protéger le Liban.
Quoi qu’il en soit, le vent stabilisateur de la réconciliation, qui a commencé à souffler du Nord et qui se trouve renforcé par l’échange d’aménités entre Nasrallah et Joumblatt, est apprécié par les Arabes. Aussi, le président Sleiman a-t-il invité Amr Moussa à Baabda pour assister au lancement du dialogue mardi. Dans le même esprit, le président a pris contact au téléphone avec le président Assad et avec l’émir du Qatar.
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Au tableau, les quatorze joueurs de la première édition dite Berry. Et au menu, la stratégie de défense. En s’abstenant d’entrer dans les détails, tant sur le nombre que sur l’ordre du jour, le président confirme-t-il les spéculations initiales selon lesquelles il permettrait aux participants de régler ces questions ? Pas du tout, répondent des sources informées. Le chef de l’État a...