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Actualités - Opinion

Après la percée de Tripoli, place à la réconciliation nationale sunnito-chiite Philippe ABI-AKL

«Les Libanais sont de grands enfants incapables de s’autogouverner. » À ce leitmotiv, inlassablement ressassé du temps de la tutelle, Bkerké répliquait sobrement : « Laissez-nous au moins essayer. » La toute récente expérience de Tripoli montre la justesse de ce pari. Dont la réussite tient, cependant, à une condition sine qua non : ne pas se jeter dans les bras de forces extérieures, ne pas en faire le jeu, parler uniquement entre soi, laver le linge sale en famille. C’est ce qui vient d’avoir lieu au Nord. Et il faut espérer que la leçon s’étende dans le temps comme dans l’espace. Ce principe salvateur d’une concertation excluant tout intrus étranger, Saad Hariri l’a donc appliqué en allant à la rencontre du vis-à-vis alaouite, représenté par les anciens députés Ali Eid et Ahmad Hbous. Sans négliger les salafistes ni, pratiquement, personne, sur la scène sunnite tripolitaine. La réconciliation élargie, placée sous l’égide du président Fouad Siniora, induit une équation et un état d’esprit d’apaisement politico-confessionnel généralisé. En clair, cela signifie que la sorte d’armistice observé grâce à Doha, après les événements de mai à Beyrouth et dans la Montagne, doit, elle aussi, se transformer en vraie réconciliation entre sunnites et chiites. C’est ce que soulignent des cadres de tous horizons, en s’appuyant sur les applaudissements de sayyed Hassan Nasrallah à l’initiative tripolitaine de Hariri. Le guide du Hezbollah se dit maintenant prêt à rencontrer le leader du Courant du futur, après avoir longtemps refusé la main qui lui était tendue. Tendue, soulignons-le, même à la sortie de l’invasion de Beyrouth en mai, même pendant les clashes de Taalabaya. En fait, pour être précis, le Hezb ne voulait reprendre langue avec le 14 Mars que si ce front se disait prêt à satisfaire ses conditions. C’est-à-dire, pour résumer, à se soumettre à ses vues, à son projet. Riposte Bien intentionnés ou pas, les protagonistes étrangers en sont donc, aujourd’hui, pour leurs avertissements sans frais. On sait en effet que le ministre égyptien des Affaires étrangères, visitant Beyrouth, avait souligné la gravité de la situation au Liban-Nord. Mettant en garde contre le péril de voir les affrontements déborder à la fois les frontières de ce pays et le cadre sunnito-alaouite, pour dégénérer en confrontation sunnito-chiite gagnant l’Irak et le Golfe. Paris avait également tiré la sonnette d’alarme et le président Sarkozy avait relancé son homologue syrien pour le presser de contribuer à régler le dangereux problème du Liban-Nord. Quant à Bachar el-Assad, nul n’ignore ses redoutables commentaires de la situation de terrain, ses critiques de la faiblesse de l’État libanais et ses allusions, en plein sommet quadripartite, sur un come-back militaire syrien au Liban. À ce propos même, la réponse des Libanais, unis et réunis, s’avère donc également préventive, face aux visées du régime syrien. Il y a, en outre, peu de doute que son appétit déclaré n’ait alarmé les puissances. Non seulement parce qu’elles n’entendent pas lui redonner le Liban, ou le droit d’y rentrer militairement. Mais aussi, et surtout, parce qu’en mettant en cause l’Arabie saoudite, il joue un jeu régionalement dangereux, pouvant provoquer ce choc sunnito-chiite que tout le monde craint. C’est ainsi que, depuis au moins deux ans, l’Iran et l’Arabie saoudite coopèrent pour prévenir un choc qui, se produisant au Liban, étendrait ses ondes ailleurs. Bien que l’un soit proche de la Syrie et que l’autre en reste éloignée, ils ont tous deux, discrètement mais efficacement, épaulé récemment les efforts de paix au Liban-Nord. Du reste, est-il besoin de répéter, après tant de diplomates, que Damas est bien mal placé pour évoquer une conspiration de terrain saoudienne. En effet, selon des sources qualifiées, plus d’une centaine d’agents syriens, fauteurs de troubles ou fournisseurs d’armement, ont été repérés au Nord ces derniers mois. Panorama Plus globalement, l’épisode Tripoli montre, répétons-le, que les Libanais sont en mesure de régler leurs litiges entre eux. De stabiliser leur pays et de veiller, pour peu qu’ils le veuillent, à ce qu’il ne serve plus de bouc émissaire, de lice pour les affrontements de tierces parties, régionales ou internationales. Ni de carte de pression, et de chantage, utilisée dans le cadre de ce que l’on appelle la lutte des axes. À Beyrouth même, le directeur de la Sûreté générale, le général Wafic Jezzini, a rencontré à son bureau, en présence du directeur général des FSI, le général Achraf Rifi, deux représentants du Hezbollah et d’Amal pour un entretien sur les moyens à mettre en œuvre pour apaiser les tensions au niveau de la rue. Il a été notamment question d’interdire formellement les apparences armées, les patrouilles miliciennes, d’enlever les portraits et les calicots à slogans provocateurs, d’effacer les graffitis sur les murs, pour tout remplacer par l’emblème national. Un plan de nettoyage est prévu pour le Grand Beyrouth, de Baabda à Dora. Il inclut également le remplacement des enseignes publicitaires, sur la route de l’aéroport, par des panneaux chantant le Liban. À ce propos, un député de la capitale a rappelé que, juste après son élection, le président Sleiman a prêché d’exemple, en demandant que l’on ôte les posters le représentant des rues. Et en invitant les Libanais à respecter le paysage urbain, sans le défigurer par une forêt noire de banderoles traversières et de photos collées aux murs des quartiers. Dont les carrés sensibles de Ras el-Nabeh, de Tarik Jdidé et de Bourj Abou Haïdar, où des efforts sont déployés en vue d’une réconciliation. En prélude, pour ainsi dire, à la réconciliation nationale, qui doit passer par la table ronde de dialogue prévue à Baabda. Un processus gelé, ou retardé, par les conditions des prosyriens. Mais qui se réactive maintenant, après Tripoli et l’ouverture de Nasrallah.
«Les Libanais sont de grands enfants incapables de s’autogouverner. » À ce leitmotiv, inlassablement ressassé du temps de la tutelle, Bkerké répliquait sobrement : « Laissez-nous au moins essayer. » La toute récente expérience de Tripoli montre la justesse de ce pari. Dont la réussite tient, cependant, à une condition sine qua non : ne pas se jeter dans les bras de forces extérieures, ne pas en faire le jeu, parler uniquement entre soi, laver le linge sale en famille. C’est ce qui vient d’avoir lieu au Nord. Et il faut espérer que la leçon s’étende dans le temps comme dans l’espace.
Ce principe salvateur d’une concertation excluant tout intrus étranger, Saad Hariri l’a donc appliqué en allant à la rencontre du vis-à-vis alaouite, représenté par les anciens députés Ali Eid et Ahmad Hbous. Sans...